Avertir le modérateur

12/10/2007

N'en jetez plus


medium_collabo.jpg

Le Président de la République veut du chiffre.

 

Son fidèle Ministre de l’Identité Nationale s’y emploie.

 

C’est une politique. Qui a sa cohérence.

 

Il y est question de fichage ADN, de quotas, d’immigration choisie sur pied.

 

A lire les compte-rendus de séances de l’Assemblée, la bataille menée par les parlementaires de gauche, les lazzis de la droite (Nadine Morano récusant le généticien et spécialiste des questions éthiques Axel Kahn parce qu’à la différence sans doute de Doc Gyneco, de Steevy et d’Arno Klarsfeld, « il n’a aucune légitimité politique »), à lire ces compte-rendus, on imagine la France que Nicolas Sarkozy nous prépare, la France qu’il rêve, éveillé.

 

Qu’une femme se défenestre, qu’un enfant tombe du quatrième étage, et un moment l’espace médiatique éclaire ce qui se met en place, et accompagne les auditeurs, les spectateurs, dans le versement d’une larme compassionnelle. Puis se remet au service des puissants, les laissant dérouler sur les ondes leur discours patelin sans les interrompre, ou alors juste pour le principe. Combien de temps, encore ?

 

Combien de temps, encore ? C’est la question que se posait Léon Werth, écrivain antimilitariste, juif, ami de Saint-Exupéry, qui lui dédia « Le Petit Prince ». Réfugié dans un petit village des Vosges pendant l’Occupation, il a noté au jour le jour dans son « Journal de guerre 1940-1944 », reparu récemment au Seuil sous le titre « Déposition », ses pensées, ses espoirs, et son effarement devant la vacuité de la propagande qui dégouline d’en haut sur la tête du peuple de France.

 

« Le Maréchal a dit que désormais l’argent serait la récompense du travail », « Le Maréchal veut restaurer la mystique, la chevalerie du travail » et « abattre les frontières entre l’école et la vie », note t’il en 1941, ajoutant : « Quelle puanteur, ce monde de clichés et de cadavres !... C’est à cette poésie du passé, à cette poésie pour échotiers et à un moralisme flou que la bêtise s’accroche ».

 

Et plus tard, un été 42, apprenant ce qui s’est déroulé au Vel d’Hiv, ceci : « Je me sens coupable, comme si j’étais moi-même l’un des bourreaux…L’indignation, c’est presque encore un sentiment de Pharisien. On s’indigne, on a une belle âme, par l’indignation, on se lave de toute complicité avec le crime... Le vrai sentiment révolutionnaire, ce n’est pas la pitié, c’est la honte. »

 

N’en jetez plus, messieurs. Pour la honte, nous sommes servis.

 

(publié dans l'Humanité le 27 Septembre 2007)

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu