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27/02/2020

CHLOROQUINE et Coronavirus: Méfiez-vous des raccourcis pour faire le buzz

CHLOROQUINE et Coronavirus: Méfiez-vous des raccourcis pour faire le buzz


Je ne suis pas infectiologue, ni toxicologue.

J’avais décidé de ne pas parler du coronavirus.

Autant en 2009 pendant l’épidémie de grippe H1N1, il m’avait semblé utile de décrypter les informations médicales étrangères au fur et à mesure de leur parution, en ce qu’elles révélaient l’écart grandissant entres les connaissances scientifiques qui s’accumulaient peu à peu ( de le relative bénignité de cette grippe dans la majorité des cas), et les décisions gouvernementales débiles du couple maudit Sarkozy-Bachelot, avec mise à l’index des médecins généralistes « incapables de respecter la chaîne du froid », mise en place de vaccinodromes dispendieux et inutiles, délire de la DGS sur l’administration de Tamiflu au moindre éternuement, stratégie de la peur et de la tension… autant la gestion actuelle de l’épidémie et la diffusion des informations me semblait rendre inutile d’ajouter à la confusion.

Et puis hier, rapidement, suite à une la mise en ligne par le Professeur Didier Raoult d’une courte présentation sobrement intitulée « Coronavirus: fin de partie! », les choses ont changé.

Je serai court

Oui, on savait que les équipes chinoises testaient diverses molécules déjà existantes pour voir si elles avaient une efficacité contre Covid_19.

Oui, on savait qu’in vitro la chloroquine, un médicament ancien et peu onéreux utilisé pour la prévention du paludisme semblait efficace

On apprend qu’une équipe chinoise aurait rencontré un succès avec cette molécule sur de nombreux patients, in vivo ( mais à ce stade c’est une pré-publication, procédure qui permet de faire passer rapidement l’information mais qui ne préjuge pas de sa véracité parce qu’on n’a pas les données chiffrées et qu’ensuite il faut vérifier)

Ce qui est problématique dans cette affaire, c’est la volonté de faire le buzz. Et ce que cette volonté entraîne ensuite chez une population inquiète.

Les cabinets de médecine générale, mais surtout la régulation du 15, sont submergés d’appels inquiets au sujet du coronavirus, malgré des informations plutôt claires publiées par les autorités de santé et un numéro vert dédié. Au point que cela impacte le fonctionnement de la régulation du SAMU.

Les propos de Didier Raoult se veulent rassurants, mais il fait preuve d’une grande légèreté en insinuant que la messe est dite, l’affaire est pliée, circulez il n’y a à rien à voir « Fin de partie! » ( avec le point d’exclamation qui va bien)

Et surtout, au détour d’une phrase, Didier Raoult classe la chloroquine parmi ces médicaments anciens à tester « dénués de toute toxicité », ce qui n’est absolument pas le cas. 



Au contraire, la chloroquine ou Nivaquine est l’une des molécules dont la dose toxique est très proche de la dose thérapeutique utilisée. Et comme il s’agit d’un médicament, certes accessible uniquement par prescription d’un médecin, mais qui traîne dans un très grand nombre de pharmacies, puisque les gens qui partent dans certains pays où il existe du paludisme s’en voient prescrire par boîte de 100 comprimés… laisser croire que la chloroquine n’a pas de toxicité est extrêmement dangereux. La chloroquine peut entraîner des accidents cardiaques graves d’emblée, sans signe prémonitoire.

Dans le contexte actuel de méfiance généralisée par rapport à la parole scientifique, de défiance par rapport aux gouvernements, de prise de conscience ( tardive et parfois disproportionnée) de l’influence de Big Pharma, et alors que la crainte des débuts laisse place à une véritable panique chez certains à chaque nouveau cas recensé, le risque que des gens inquiets s’automédiquent ( parce qu’on nous cache tout on nous dit rien le gouvernement veut tuer les vieux pour régler le problème des retraites) en prenant de la Nivaquine n’importe comment n’est pas nul

Donc

Si vous avez de la Nivaquine chez vous, n’y touchez pas sans avis médical. N’en prenez pas en pensant vous protéger.

Attendez que les données médicales soient examinées, validées ( ça va aller vite vu l’urgence) et qu’une stratégie de prise en charge cohérente soit adoptée.

PS:
Je ne suis pas infectiologue ou toxicologue.

Je ne suis pas jaloux du grand professeur.

Je sais que vous avez déjà pris de la Nivaquine pendant des semaines sans risque, et votre belle-soeur aussi.

Pour ce qui est de dénoncer cette prise de parole parce que j’aurais sûrement des liens avec Big Pharma ou La République en Marche ou les illuminati reptilien, désolé mais j’ai poney aquatique

 

Mise à jour au 27 Février 2020:  

Depuis sa première vidéo, Didier Raoult a enfoncé le clou, se répandant sur les bienfaits de la chloroquine, fustigeant les imbéciles qui attendent les données vérifiées, ou ceux qui pointent le risque de mésusage du produit dans une atmosphère de panique. La palme de l'irresponsabilité est atteinte avec ceci: "C’est un médicament qui est extrêmement sûr et qui est le moins cher qu’on puisse imaginer. C’est donc une super bonne nouvelle ! Tous les gens qui ont connaissance de ces bienfaits devraient se jeter dessus."   Se jeter dessus.... Ce propos est non seulement anti-déontologique, mais criminel de par sa légèreté

30/12/2019

IVRE DU TEMPS PERDU

« Il revint, posa sur le rebord du lavabo un tee-shirt coloré, un short en jean. Il appuya du pied sur la pédale d’une poubelle en inox, y jeta mes vêtements. Je voulus protester mais n’en fis rien. Je n’avais plus qu’une envie: m’habiller et m’en aller.

-Tiens, dit-il en me jetant une brosse à dents neuve dans son étui de plastique et un tube de dentifrice.

Je les saisis, dévissai le tube et commençai à me brosser les dents comme je l’avais vu faire dans les publicités, en étalant la pâte, grasse comme du fromage blanc, sur les poils lisses.

L’homme sourit, hocha la tête d’un air approbateur:

-Tu prends bien soin de tes dents, n’est-ce-pas? C’est la première chose que je remarque chez un garçon. C’est très important, tu sais, d’avoir une bonne hygiène, d’autant qu’à voir tes guenilles, tu ne dois pas souvent dormir dans un vrai lit, n’est-ce-pas? »

 

La Nature du Mal, Christian Lehmann, 1998, Ecole des Loisirs

 

IVRE DU TEMPS PERDU

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Pendant près de trente ans je me suis posé  ( comme quelques autres, certainement ) les questions qu’aujourd’hui la publication de l’ouvrage de Vanessa Springora ( Le consentement, Ed. Grasset) amène à toutes les consciences. Comment Gabriel Matzneff, un pédocriminel revendiqué, a t’il pendant si longtemps pu bénéficier d’une telle impunité?

 

Parce que je suis un boomer, que j’ai connu cette période, que j’ai côtoyé Matzneff un temps, j’aimerais porter ici témoignage, celui d’un étranger à la marge du clergé culturel français, un pied dedans, un pied dehors. Pour ne pas laisser les admirateurs de Matzneff mettre en doute la parole ou les motivations d’une victime, pour ne pas les laisser salir les rares lanceurs d’alerte de l’époque, pour ne pas leur permettre une fois de plus de prétendre qu’ils font face à une résurgence puritaine en se drapant dans la bannière de la libération sexuelle quand toute leur vie ils sont restés muets et aveugles face à un système de prédation organisé sur les plus vulnérables.

 

J’ai publié mon premier roman, « La folie Kennaway », en septembre 1988. D’emblée j’ai eu la chance d’être remarqué par la critique, porté au pinacle, republié en format de poche. Dans la foulée, un newsmagazine médical ( du format de l’Express), Impact-Médecin, m’a ouvert ses colonnes dans les pages Culture. La dernière rubrique de l’hebdomadaire, « Humeurs », consistait en une chronique de deux feuillets tenue à tour de rôle par quatre écrivains: Eric Neuhoff, Denis Tillinac, Anne Bragance et Gabriel Matzneff. Je devins la cinquième roue du carrosse.

 

J’avais quelque temps auparavant adressé un courrier au journal, où je me moquais des auteurs installés qui avaient leur rond de serviette pour tenir cette chronique, m’imaginant à leur place. Entre deux papiers sur « C’était mieux avant », Denis Tillinac, futur patron des éditions La Table Ronde, parlait de la Corrèze, vantait Jacques Chirac, ou se lançait dans une ode à Khadafi, un homme, un vrai, un chef de guerre doublé d’un grand spiritualiste. Eric Neuhoff, directeur du Figaro Madame, s’emmerdait mollement dans des festivals, et de cocktail en soirée annonçait que le cinéma était mort. Gabriel Matzneff discourait sur la religion orthodoxe, ou ses vacances aux Philippines.  Dans ma lettre à la rédaction, je m’étais ouvertement moqué de lui: « Sur les plages dorées d'Ibiza ou dans les chambres d'étudiantes de cités universitaires, ma verge d'airain y arracherait à de petites amoureuses anonymes des soupirs d'extase. Je rejoindrais la cohorte des mauvais sujets, des histrions pitoyables que l'establishment littéraire français ravale, d'Apostrophes en Caractères, en "grands amoureux ».

Je les avais feuilletés, les uns et les autres, et j’avais lu « Ivre du vin perdu », de Matzneff. D’abord intrigué par cette histoire d’un homme, adulte, qui aime une très jeune fille, puis l’a perdue. Il est malheureux. C’est très touchant. Très photogénique la souffrance de l’artiste maudit. Je lis parce que j’essaie de comprendre. Le personnage est à l’époque connu comme le loup blanc dans le milieu de l’édition. Il ne fait pas mystère de sa vie, mais, en bon pervers narcissique, se présente toujours au mieux en fonction de son public, détaillant ses ébats avec de très jeunes mineurs ( 10, 11 ans) dans les livres que liront ses admirateurs ou dans des émissions dont les animateurs sont acquis à sa cause, parlant plutôt seulement de jeunes filles en fleurs en 17-18 ans et de catéchisme orthodoxe lorsqu’il s’agit de subjuguer un public plus conservateur. Je lis, donc, parce que j’essaie de comprendre. Matzneff est-il cet artiste maudit, victime de passions que le vulgum pecus ne peut comprendre ? ( ce qu’il serine à qui veut l’entendre à l’époque et jusqu’aujourd’hui, reléguant dans le même purgatoire tous ces culs-bénits, ces hystériques, ces mal baisés qui jalouseraient sa folle liberté) Je lis, donc, cette ode sensuelle à la jeune fille aimée, et au cours de cette lecture je tombe sur un passage qui m’éclaire brusquement sur le type d’homme qu’il représente. Le narrateur a perdu son amoureuse depuis des années et la retrouve par hasard assise à une table dans un restaurant. ( Pardonnez-moi mais je me refuse à retrouver le livre et à vous citer exactement le passage, je m’en réfère à ma seule mémoire). Et là, c’est le drame. Car la jeune vierge qui avait été toute à lui, sur laquelle il avait emprise, est aujourd’hui, à vingt ans passés, assise à table avec un jeune homme de son âge, barbu qui plus est. Un mâle, quoi. Avec une queue. Dieu du Ciel, le monde est cruel avec l’archange Gabriel. Celle qu’il aimait est maintenant ramonée par la grosse queue d’un autre homme. C’est dégueulasse. Le monde est un cloaque. Lui l’avait eue enfant, l’avait fait sienne. Aujourd’hui, ayant englouti des kilomètres de verge, elle est souillée. Berk. En le quittant, elle s’est perdue…. Je lis, à trente ans, ce passage effarant, qui me révèle à l’évidence quel type d’homme se cache derrière le masque du Casanova des collèges. Un masculiniste de la pire espèce, haïssant les femmes si elles lui échappent, terrifié à l’idée d’être comparé à d’autres hommes. Et je réalise que celui que les Jaccard, les Marsan, les critiques de ces années-là, comme les Beigbeder et Moix d’aujourd’hui, veulent nous faire passer pour un surhomme bien éloigné de notre conformisme moral, un Lord Byron magnifique, un martyr de l’amour pur, n’est en fait qu’une merde masculiniste, qui a peur des femmes dès qu’elles ont du poil et une opinion, ainsi que des hommes qu’elles aimeront et qui les aimeront. Cette obsession de la virginité, qu’on retrouve aujourd’hui chez les incels, dégoûtés par le vagin des femmes non vierges, constamment occupés à les dénigrer parce qu’elles baisent, et pas eux…, elle est là, éclatante, chez Matzneff. Haine des femmes « mûres » qui se déclinera chez l’un ou l’autre de ces grands malades selon leurs propres critères de choix et de jugement, mais d’où le mépris patriarcal ne sera jamais absent. On se souvient de Moix, avec sa gueule d’accident de poussette sur un passage à niveau, expliquant que les femmes de cinquante ans lui «sont invisibles » et que « Le corps d'une femme de 50 ans n'est pas extraordinaire du tout. » Plus fort encore, Roland Jaccard: « Le double avantage de vivre avec elles( les jeunes filles), c’est qu’elles trouvent un père en moi et qu’elles prennent conscience de l’obscénité qu’il y a à devenir mère. » ou encore « Vieilles, elles ne sont plus des femmes, mais au mieux des sorcières, au pire des loques. »

 

Peu de temps après avoir lu « Ivre du vin perdu », je fus invité à une grande soirée parisienne donnée par Impact-Médecin. Un ballet dans un théâtre du côté de l’Etoile, suivi d’un cocktail. On nous avait assis, nous les écrivains du journal, les uns à côté des autres. Ma femme, à ma droite, regardait Matzneff, accompagné d’une jeune adolescente silencieuse, et de ses parents… Lui, bonze svelte d’une extrême préciosité, me fit savoir en fin de ballet que la rédaction lui avait fait passer ma lettre moqueuse: « Je ne comprends pas, mon cher, cette pique. Nous devrions en parler autour d’un déjeuner. » Au lieu de quoi je profitai quelque temps plus tard pour demander des éclaircissements au directeur de la rédaction, un aristocrate gaulliste féru de théâtre qui m’avait à la bonne, moi le seul « gauchiste » de son quarteron d’écrivains mâles. J’avais profité d’un instant de fugace camaraderie au séminaire annuel du journal pour lui parler de Matzneff, dont les chroniques ne faisaient pas mystère de son appétence pour le tourisme sexuel. Dans l’une d’elles, ce chantre de l’anti-américanisme vantait les mérites du Président des Philippines Ferdinand Marcos. Tout le monde savait que Marcos était un dictateur, que les rares appareils de dialyse du pays avaient été confisqués dans son palais. Mais Matzneff insistait pour que les occidentaux enlèvent leurs oeillères et reconnaissent les avancées du régime… parmi lesquelles les rafraichissants programmes télévisés du matin ( Oui, c’étaient les années 90, et Télématin semblait à l’époque une bonne idée…) J’imaginais Matzneff dictant sa chronique depuis son lit dans un hôtel de Manille, entouré des deux petits garçons qu’il avait sodomisés la nuit précédente. J’en fis part au directeur de la rédaction, et j’eus droit à une non-réponse. Certes, Matzneff était « sulfureux », mais quelle plume, et ce n’était pas rien d’avoir un écrivain aussi renommé dans le journal, ça couchait du poney, ça classait son homme. Je n’avais pas insisté, je n’étais rien. Mais j’avais continué à lire Matzneff. « Les moins de seize ans », hallucinant pamphlet dans lequel, après avoir asséné que tout homme normalement constitué ne pouvait que bander en voyant les fesses d’un garçonnet, il expliquait ses méthodes pour circonvenir les parents, ces abrutis bornés et égoïstes dont la seule utilité au monde était de fournir à des éphèbes comme lui de nouveaux culs imberbes. Le mépris pour les mères qui lui procuraient leurs filles en imaginant coucher avec un écrivain célèbre par procuration, le plaisir qu’il prenait à tripoter des enfants sous la table devant leur père inconscient.

 

Puis vint l’épisode Pivot, et la prise de parole de Denise Bombardier, condamnant, indignée, la veulerie généralisée qui accueillait les minauderies de Matzneff, « professeur d’éducation sexuelle » qui titillait la bourgeoisie de plateau. A ce stade, il faut éviter de se moquer du monde et prétendre que les invités sur le plateau qui n’ont pas réagi ne savaient pas à qui ils avaient affaire. Certes Matzneff avait de tout temps eu des ventes médiocres ( L’Express nous révèle qu « Ivre du Vin Perdu», son best-seller, a atteint 20.000 exemplaires, que la plupart de ses livres s’écoulent à 1500 à 2000 exemplaires, et que « Séraphin c’est la fin », affublé du Prix Renaudot par un jury complice d’amis et d’obligés du gratin germano-pratin, ne dépassa pas 3500 ventes, ce qui est assez risible. ( Mais ceci dit, on appréciera le courage qu’il faut pour primer devant le Tout-Paris un livre dont le titre pourrait avoir été pondu par Patrick Sebastien à 3 grammes…). Mais soyons clair: personne dans le monde de l’édition n’ignorait qui il était, ce qu’il revendiquait. Etre invité par Bernard Pivot était une consécration pour un écrivain, j’en sais quelque chose. Et au-delà du côté mondain de nombreux invités, Pivot lisait les livres, appréciait particulièrement que s’engage, plutôt qu’une suite de tunnels promotionnels, une conversation entre les écrivains présents sur le plateau. Même le plus autocentré, le plus stupide des écrivains savait que feuilleter le livre des autres invités, voire le lire, participer à une vraie conversation littéraire, était le meilleur moyen de gagner l’estime de l’animateur et d’être réinvité. Prétendre avoir découvert le fonds de commerce de Matzneff sur le plateau est, selon moi, assez pitoyable.

 

C’est dans ces années là, je crois, qu’ayant lu l’un des carnets du Journal de Matzneff, je l’ai fourré sous le nez du rédacteur en chef des pages Culture. Matzneff est à Manille, une fois de plus, dans ce riant pays où la dictature ferme les yeux sur le tourisme sexuel. Comme une vieille touriste américaine près de ses sous, il chouine sur les prix, et bien installé au Harrison Plaza, hôtel très bien tenu où le personnel sait se faire discret quand il monte avec ses proies, il se met en quête d’un de ses petits protégés, appelons le Miguel. Il le cherche. Demande après lui. On le renseigne. Il le retrouve enfin, c’est une obsession. Et là, cruelle déception artistique, c’est le drame. Miguel, qui doit avoir quatorze ans, est complètement tapé. Où est passé le frais gamin de douze ans qui courait sur le sable et couvrait son « bienfaiteur » de baisers? A la place, Matzneff découvre un gosse de quatorze ans durci, vieilli prématurément, cassé. Et note sur son Journal ( sur lequel se pignolent encore aujourd’hui Yann Moix, Frédéric Beigbeder, Nicolas Rey, Josiane Savigneau, David Abiker, Luc Le Vaillant, Guillaume Durand…): Mais comment se fait-il que ces jeunes éphèbes voluptueux vieillissent aussi vite et aussi mal?

Quelque temps plus tard, Impact Médecin se séparera de Neuhoff, de Tillinac et de Matzneff, et engagera de nouvelles plumes: Michel Serres, Jean François Deniau, Theodore Zeldin.

 

En 1998, toujours hanté par ce personnage, je baserai dans « La nature du mal » l’un de mes personnages sur Matzneff. Un pédophile français savourant le tourisme sexuel dans un petit pays d’Amérique Latine, dont la rencontre avec le personnage principal aura des conséquences désastreuses. Une façon pour moi de tenter d’exprimer une dernière fois ma révulsion pour l’homme qu’il est.

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Aujourd’hui, avec la publication inespérée du livre de Vanessa Springora, je réalise que nous sommes devant un moment de bascule important, dans le sillage de #MeToo. La parole des victimes, inaudible pendant des années, écrasée par la domination masculine et la bonne conscience patriarcale d’un clergé culturel auréolé de la mystique de la transgression, bouscule la complaisance d’antan. Les admirateurs de Matzneff, ses facilitateurs, dont le silence et la complicité lui ont permis de se maintenir en place pendant si longtemps, n’ont plus comme par le passé la dragée haute, la main-mise sur les publications. Sur les réseaux sociaux, leurs prises de position obscènes, hurlant au retour de l’ordre moral, mettant en cause les motivations de Vanessa Springora, raillant Denise Bombardier pour sa supposée absence de style, vantant la supériorité littéraire de l’auteur inoubliable de « Yaourt et Yoga », sont immédiatement raillées par les twittos, prompts à dénoncer cet insupportable entre-soi.

Acculés parce que confrontés à la vacuité exaspérée de leurs tweets, ils vacillent, sonnés, dans les cordes, ne saisissant plus que le monde a changé, que les sempiternelles défenses utilisées pour Polanski, pour Cantat, pour DSK, ne tiennent plus à l’heure des Valentine Monnier, des Adèle Haenel, de #NousToutes et de Vanessa Springora. C’est l’heure des comptes. Pour Gabriel Matzneff. Pour ceux qui lui ont permis de continuer son oeuvre de prédateur qui faisait fantasmer une certaine bourgeoisie lettrée.

 

A ce stade, il me semble utile de clore en rappelant, car beaucoup dans le marigot politique tentent d’utiliser ce scandale à leurs fins, que les soutiens de Matzneff ne peuvent se résumer à un camp, celui de la gauche, forcément soixante-huitarde et libertaire. Oui, on trouvera dans les archives de Libération et du Monde des articles élogieux sur la pédophilie et le style de Matzneff. Mais il suffit de compulser les archives de Valeurs Actuelles, de Causeur, du Point et de Radio-Courtoisie pour savoir que comme tous les grands pervers, Matzneff sut toute sa vie donner des gages et s’entourer de zélateurs aveugles, dans tous les milieux. A gauche il prônait son immense liberté, à droite, entouré de douairières enamourées, il dissertait sur la beauté de la religion orthodoxe avec une dialectique surannée et était encensé par Alain Soral et Alain de Benoist.

 

Aujourd’hui Matzneff se dit blessé par le livre de son ancienne proie. Ce grand pervers narcissique, dont le journal fourmille d’annotations assommantes témoignant de son nombrilisme: obsession de son poids sur la balance, séjours diététiques en Suisse, peur de vieillir, reste totalement inconscient. Bien qu’ayant par le passé lancé des pétitions en faveur de criminels pédophiles, il a toujours voulu se différencier des ogres, se voir comme un « gentil philopède ». Jeffrey Epstein avait sa rabatteuse, Ghislaine Maxwell. Toute sa vie, Matzneff a été entouré de facilitateurs complaisants, et aveugles. Chacun de ceux qui l’a soutenu a facilité ses crimes, au nom de la littérature.

 

« Un homme était là, assis sur un divan dans la pénombre devant la fenêtre grande ouverte. Un des nombreux invités de la délégation française. J’avais poussé la porte sans faire de bruit, et il ne m’entendit pas arriver. Une jeune garçon en uniforme de serveur, un gosse des rues qu’on avait sans doute embauché le jour même, était assis sur le divan à côté de lui. Comme dans un rêve, j’entendis l’homme murmurer:

-C’est très important, tu sais, d’avoir une bonne hygiène…

En un bond je fus sur lui. Il cria, appela à l’aide. Je le traînai vers le balcon, à la lumière de la lune, tandis que son protégé s’enfuyait sans demander son reste.

Les années n’avaient pas eu de prise sur mon bienfaiteur, ou si peu. Son front s’était légèrement dégarni. Ses yeux bleus avaient perdu de leur éclat. Mais sa peau était toujours aussi lisse, ses poignets et ses mains aussi fins, comme si, tel un vampire, il s’était nourri pendant tout ce temps de la vie qu’il avait flétrie.
-Que faites-vous là, demandai-je?

C’était une question stupide, due à la surprise, à l’incrédulité.

-Je suis membre de la délégation française. Je suis conseiller du Président.

Effectivement, je l’appris plus tard, mon bienfaiteur n’était pas, comme je l’avais cru, un quelconque homme d’affaires américain aisé, mais un artiste, un écrivain français, célèbre dans votre pays pour ses romans autobiographiques dans lesquels il narrait par le menu ses aventures amoureuses avec des petits crève-la-faim de toutes nationalité….

Il secouait la tête, comme pour chasser une vision de cauchemar. Puis brusquement il comprit, et ce fut comme si une lumière s’était allumée au fond de ses yeux.

-A l’aide! Par pitié, à l’aide!

Les membres de la garde présidentielle sortirent de leur immobilisme, s’avancèrent vers nous. je m’agrippai à mon bienfaiteur, saisis mon pistolet Mauser et lui forçai le canon dans la bouche.

-Tu prends bien soin de tes dents, n’est-ce-pas? C’est la première chose que je remarque chez un garçon. »

 

Christian Lehmann

 

05/12/2019

Au revoir et adieu, jolie fille madrilène

Ce blog va disparaître, et avec lui douze années d'articles. Ceux qui le désirent pourront en retrouver certains sur mon site en construction, christian-lehmann.org , et de nouveaux textes et de nouvelles informations plus axées "littérature" que "médecine". 

En récupérant chaque post séparément et en les archivant, j'ai pu mesurer le passage du temps, la futilité de certaines dénonciations, la pérennité ou la nécessité de certains combats, l'utilité de ne pas laisser disparaître certains éléments de preuves ( les politiques dégueulasses ne doivent pas compter sur un droit à l'oubli). 

A bientôt, et merci

 

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04/07/2019

Le sens des responsabilités ( Lettre ouverte à Edouard Philippe, Premier ministre)

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Monsieur le Premier ministre

 

je vous écris cette lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps. Je vous écris parce que vous êtes un homme d’action, un homme qui ose, et vous l’avez maintes fois prouvé.

En ralliant Emmanuel Macron, vous avez osé dire adieu à l’ancien monde, et adhérer au projet disruptif du présidentiable: plus rien ne serait comme avant. Vous alliez balayer les anciennes féodalités, tout remettre à plat, redémarrer le système.

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Je vous écris en tant que médecin, car récemment, sur les questions de santé publique, vous avez à nouveau fait preuve d’audace. Car il en fallait, de l’audace, pour monter à la tribune de l’Assemblée alors que les personnels des services d’urgence, avant même la canicule et les pénuries de l’été, mettaient genou à terre, et rappeler ces soignants épuisés, désespérés, dont certains en grève depuis des mois « au sens des responsabilités ». Il fallait oser.

 

Avec plus d’une centaine de mes collègues, médecins, pharmaciens, nous avons justement fait preuve de ce sens des responsabilités, il y a maintenant seize mois, en interpellant l’Ordre des Médecins, et par ricochet le gouvernement, au sujet de l’article 39 du code de déontologie et du code de Santé Publique, et puisque selon le premier article de la Loi Santé: « L’Etat est responsable de la politique de santé en France ». Cet article 39, je vous le rappelle, stipule: « Les médecins ne peuvent proposer aux malades ou à leur entourage comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé. Toute pratique de charlatanisme est interdite »

 

Nous pointions l’exception française que demeure le remboursement dans notre pays d’une pratique ésotérique dont les fondements scientifiques empiriques posés il y a deux cent cinquante ans, (à une époque où on ne connaissait pas même encore l’existence des microbes et où on imaginait que souffler dans le cul d’un noyé avec une trompette pouvait le réanimer), n’ont jamais été remis en cause par la puissance publique alors même qu’ils contreviennent aux données de la science, aux règles basiques de la physique et de la chimie. Remboursée par la lubie de Georgina Dufoix sous François Mitterrand, l’homéopathie trônait, indéboulonnable, en France, alors que les académies des sciences européennes considéraient cette pratique obsolète, que le National Health Service britannique cessait de le rembourser, que les universités espagnoles supprimaient leurs formations à l’homéopathie en reconnaissant avoir envoyé de jeunes étudiants dans le mur avec une pratique scientifiquement infondée, que l’Australie recommandait aux médecins de cesser ces prescriptions.

 

minis

 

Vous nous avez lu, monsieur le Ministre. J’en veux pour preuve que sous quarante-huit heures, vos services ont publié, le 20 Mars 2018, sur le site service-public.fr, le site officiel de l’administration française, un texte édifiant « Quelles différences entre la médecine conventionnelle et les pratiques de soins non conventionnelles ? » signé de la Direction de l’information légale et administrative ( Premier ministre)  dont je cite la conclusion: « Le ministère rappelle également que les PSNC ne s’appuient pas sur des études scientifiques ou cliniques montrant leurs modalités d’action, leurs effets, leur efficacité ou encore leur non dangerosité »

 

Interpellé par nos soins, l’Ordre des Médecins s’est tourné vers l’Académie de Médecine et le Ministère de la Santé, qui a lui-même sollicité la Haute Autorité de Santé. Tout cela a pris du temps, mais les verdicts sont tombés, l’un après l’autre, défavorables a la poursuite du remboursement d’une pratique bien ancrée dans le public uniquement du fait du lobbying de ses promoteurs, mais sans fondement scientifique. Pendant ces seize mois, les signataires de l’appel initial ont récolté pour tout salaire de leur démarche de santé publique des accusations complotistes délirantes, portées par les adeptes de l’homéopathie dont les représentants n’hésitaient pas à mentir sur leurs propres liens d’intérêt avec les laboratoires lors de leurs interventions médiatiques, alors que, comme vous le savez « les membres des professions médicales qui ont des liens avec des entreprises ou des établissements produisant ou exploitant des produits de santé… sont tenus de faire connaître ces liens au public lorsqu’ils s’expriment… dans la presse écrite ou audiovisuelle » A plusieurs reprises, après avoir annoncé mon absence de liens d’intérêt, j’ai été confronté dans les médias ( France Culture, RTL) à des homéopathes contradicteurs qui mentaient sciemment sur leurs propres liens d’intérêt, ce qu’une simple consultation du site transparence-sante.gouv permet de vérifier. Dans le même temps, les laboratoires pharmaceutiques vendant des produits homéopathiques ont distribué des dizaines de millions d’euros à des officines, à des agences de communication, allant même jusqu’à payer des influenceuses sur Instagram ( oui, c’est à ça qu’on les reconnaît, monsieur le Premier ministre), pour soutenir l’homéopathie. A coups de com cher payée, nous avons vu fleurir les fake pétitions ( censées avoir obtenu 1.100.000 signataires à ce jour alors qu’une vidéo assez pitoyable produite par #MonHoméoMonChoix permet de supposer qu’un grand nombre des cartons de pétition présentés…. est vide.)

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Compte tenu de l’absence de démonstration d’efficacité des produits homéopathiques, de la médiocrité des études fournies par ses représentants, la Haute Auorité de Santé a sans grande surprise donné un avis défavorable au maintien de la prise en charge par l’assurance maladie. Il s’agit là d’une décision de l’agence qui représente la plus haute autorité scientifique dans ce pays, une décision longuement mûrie, que la ministre de la Santé, Agnes Buzyn, s’est engagée à plusieurs reprises à suivre.

 

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Dès que cette décision a été connue, le lobbying des laboratoires a atteint des sommets. Grandes manifestations annoncées à Paris et à Lyon! A Paris, une soixantaine de personnes sur l’esplanade des Invalides… A Lyon, quelques centaines… d’employés des laboratoires Boiron, ayant fait le voyage en autocar. On peut rêver plus massif soutien de l’opinion quand on se targue d’avoir récolté 1.100.000 signatures! Sur Twitter, la députée LREM Blandine Brocard lançait elle aussi un sondage, indiquant son opposition au remboursement et demandant l’avis des internautes. Le verdict, 20.958 votes réels plus tard, était sans appel: 88% des sondés étaient opposés au maintien du remboursement de l’homéopathie…

 

Sur les réseaux sociaux, le vieux monde se fait entendre. Des sommités scientifiques viennent soutenir le laboratoire Boiron. Ainsi Laurent Wauquiez tweete: « Après l’avis de @HAS_sante, je redis mon inquiétude : c’est toute une filière d’excellence qui est menacée, ce sont de nombreux patients attachés à l’#homeopathie qu’on prive de choisir. » Curieuse défense de l’argent public de la part de celui qui s’était illustré, on s’en souvient, pour considérer que : « Si jamais, quand vous tombez malade, cela n'a aucun impact sur votre indemnité et votre salaire, ce n'est pas très responsabilisant. » Faut-il comprendre qu’un malade doit être pénalisé, mais que les choix personnels d’un consommateur de produit sans effet médical reconnu doivent être pris en charge par la collectivité?

 

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Xavier Bertrand, ex ministre de la Santé, excusez du peu, prend lui aussi fait et cause pour l’homéopathie. Sur la photographie où il apparaît entouré des employés d’une des usines Boiron de sa circonscription, son sourire crispé dit assez le malaise du politique roué écartelé entre électoralisme et conscience de se ridiculiser durablement: on ne peut pas avoir porté, avec raison, des textes prônant la nécessité d’indépendance des médecins vis à vis des firmes pharmaceutiques et se livrer à ce type de soumission publique au lobbying en imaginant que cela passe sans encombre. En observant le visage de votre ancien collègue sur cette photo, derrière une bannière #MonHomeoMonChoix qui ressemblait à ces gros chèques en carton qu’on distribue dans les jeux télévisés, je me suis  souvenu avoir vu de plus francs sourires chez des otages du Hezbollah.

 

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Cerise sur le gâteux, Gérard Collomb, dont le fief compte aussi ses usines Boiron, se fait le fervent défenseur d’une pratique délégitimée par la Haute Autorité de Santé, et, même sourire crispé aux lèvres, se fait photographier entouré d’affidés Boiron, au nom du maintien de l’emploi. Mais depuis quand le budget de la Santé doit-il composer avec les manoeuvres pré-électorales?

 

De l’autre côté du spectre politique, c’est Michèle Rivasi, EELV, entre deux saillies complotistes antivaxx, qui nous accuse d’oeuvrer pour les laboratoires pharmaceutiques, et s’asseyant sur la méthode scientifique, explique que nous voulons « éradiquer une pensée médicale alternative ». Si vous lui donnez raison, qui empêchera demain les scientologues de faire du lobbying pour exiger le remboursement de la dianétique en mettant en avant quinze adeptes barrés et une pétition #MonEngrammeMonChoix ?

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Seize mois après notre interpellation, la Haute Autorité de Santé a rendu son verdict. Nous ne sommes pas dupes. Nous savons très bien les pressions qui s’exercent sur vous, et sur l’Elysée, à ce sujet. Après la crise des Gilets Jaunes, vous craignez de voir se lever un nouveau front de protestation, et c’est dans ce but que les agences de com des laboratoires alignent les fakenews pour faire croire à un engouement généralisé qui n’existe pas. Chaque année, le nombre de médecins homéopathes diminue, du fait du peu d’attrait de jeunes médecins formés à la lecture critique d’articles et peu enclins à des pratiques paternalistes sous couvert d’ésotérisme.

Nous mesurons aussi assez bien les tractations qui s’opèrent, les pressions pour gagner du temps en période pré-électorale, les manoeuvres pour garder ou gagner telle ou telle ville.

Nous avons bien entendu Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, qui assume « mentir pour protéger le Président »  déclarer qu"une balance doit être réalisée entre l’apport scientifique… et des questions évidemment économiques", preuve que le lobbying de la famille Boiron avance ses pions, pour qui la science doit pouvoir s’effacer devant les petits arrangements entre amis.


Mais vous êtes Edouard Philippe, l’homme qui ose. Vous avez , avec le Président, coupé les amarres avec l’ancien monde. Vous avez promis de révolutionner la politique. de balayer les anciennes féodalités.

Heureusement, à vos côtés, certaines voix se font entendre, comme celle de votre ministre du Budget, Gérald Darmanin, qui demandent que soient suivies les recommandations de la HAS. Et nous vous incitons à prendre conscience de la gravité de la décision que vous allez prendre collectivement...

Bafouer l’avis de la Haute Autorité de Santé, bafouer les prises de positions claires de l’Académie de Médecine, de l’Académie de Pharmacie, céder à des pressions clientélistes, c’est faillir. C’est enterrer l’illusion du progressisme, c’est rendre caduque toute notion de régulation des dépenses de santé en France. N’allez pas demander à des médecins de rationaliser leurs prescriptions, si le gouvernement n’est pas capable de prendre en compte l’état de la science…

 

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Chaque jour, 350.000 euros sont volatilisés pour rembourser du sucre à 5000 euros le kilo: 170 millions d’euros par an quand vous avez peiné à dégager 70 millions pour la crise des urgences. Alors que les urgences agonisent, que des personnes âgées souffrent sur des brancards, que des soignants épuisés tiennent à bout de bras le système dans des services non climatisés, ces tergiversations sont criminelles. A plusieurs reprises Agnes Buzyn a affirmé qu’elle se tiendrait à l’avis de la Haute Autorité de Santé. Aujourd’hui, elle hésite, explique qu’il faut donner du temps, que l’actualité c’est la canicule. Mais la canicule, justement, cet évènement climatique amené à se reproduire cet été avec les conséquences qu’on imagine sur les urgences et les hôpitaux en tension dont certains services devront fermer car les personnels, comme les soignants de ville, ont droit à des congés… cette canicule, cette crise des urgences, vous somment d’agir, et d’agir vite.

 

Ou alors cela signifierait que nous n’avons pas quitté les rives de l’ancien monde, que les manoeuvres d’appareil politique prônent sur la réflexion scientifique et la santé publique. Que ceux qui à la tête de l’Etat demandent aux soignants toujours plus d’effort… ne sont pas capables de faire face à leurs responsabilités.

 

Et ça, monsieur le Premier ministre, je ne peux me résoudre à y croire. Pas vous. Pas Emmanuel Macron. Vous n’oseriez pas.

 

Christian Lehmann

médecin généraliste et romancier, signataire de l’appel #NoFakemed

(aucun lien d’intérêt avec les firmes pharmaceutiques)

30/06/2019

"No Pasaran Le Jeu": la trilogie de Christian Lehmann est disponible en édition de poche à l'Ecole des Loisirs

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Lorsque j’ai mis la touche finale au manuscrit de « No Pasaran le Jeu », hier… c’est à dire il y a près d’un quart de siècle, je ne pouvais imaginer que ce roman, mon premier roman « jeunesse » rencontrerait un succès aussi retentissant. 400.000 exemplaires vendus en France, des traductions dans le monde entier, mais surtout toute une génération qui, à travers les pérégrinations d’Eric, Thierry, Andreas dans « Le Jeu Ultime », ce programme informatique pervers et dangereux, découvrait le thème essentiel de la responsabilité morale individuelle, à travers un parcours aux allures de montagnes russes dans la fresque sanglante de l’histoire du XXème siècle.

Libraires, professeurs de français ou d’histoire, bibliothécaires, documentalistes, furent les passeurs qui amenèrent l’Education Nationale à inscrire « No Pasaran le Jeu » dans ses recommandations. C’est ainsi que pendant des années j’ai été invité à rencontrer très régulièrement mes lecteurs dans les collèges et lycées. Leurs questions, leurs interrogations, sont d’autant plus passionnantes qu’à travers une culture commune, celle du jeu vidéo, nous abordons des sujets pour moi essentiels: l’humain, la fraternité, le mal ultime que représentent le racisme et la haine de l’autre.

Lorsqu’en 2003 la Guerre d’Irak nous fut présentée sur les écrans comme un jeu vidéo, avec ses frappes chirurgicales, ses civils pulvérisés à distance, s’est imposé à moi, contre toute attente, le besoin de revenir à mes personnages, que mes lecteurs, de rencontre en rencontre, avaient maintenu en vie, quand souvent, le roman terminé, les personnages s’effacent pour laisser place à d’autres. « No Pasaran le retour » vit le jour en 2005, et la suite et fin de la trilogie paraît aujourd’hui en poche: « No Pasaran endgame » clôt ce cycle romanesque en une plongée en parallèle dans la France vert-de-gris de 1943 où des policiers traquent des enfants et où des miliciens prêtent main forte aux nazis, et la France contemporaine, dans laquelle leurs héritiers aimeraient d’un passé encombrant faire table rase.

L’histoire ( dont à l’époque je n’aurais jamais pu imaginer le dénouement) est terminée. La boucle est bouclée. Je croyais écrire un roman adolescent sur les jeux vidéo, et je me suis retrouvé à questionner la banalisation de la violence, l’indifférence à la souffrance de l’étranger, la dédiabolisation des pires théories raciales, la montée des intégrismes.

Je parle à mes lecteurs, jeunes et moins jeunes, depuis toutes ces années, de notre commune humanité, imaginant que le message de fraternité contenu en filigrane dans cette intrigue romanesque complexe et foisonnante porterait ses fruits.

Nous sommes en 2019, les faussaires sont partout, et la haine est à son comble. Le programme d’Histoire de Terminale propose de traiter en seulement douze heures la montée des totalitarismes et la Seconde Guerre Mondiale. Des escrocs se réclament de la Résistance et se filment mimant des quenelles au-dessus de mémorials de déportés, des éditorialistes médiatiques martèlent que la France de Vichy sauvait des Juifs… Comme dans la trilogie No Pasaran, l’histoire est toujours à refaire, les combats sont toujours à mener. Le pire est toujours possible, et il nous appartient de tout faire pour l’éviter.

Christian Lehmann, Juillet 2019.

 
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