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21/04/2019

La connivence de plateau ( J'étais une Grande Gueule )

 

En dix ans, radios et télévisions ont élargi le champ de ce spectacle aussi insolite qu’insensé: remplir le vide avec du néant.

 

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En 2005, et pendant trois ans, je me suis retrouvé parmi les Grandes Gueules de RMC. Entouré d’hommes et de femmes que je n’aurais jamais côtoyé dans ma vie quotidienne, et que les animateurs de la chaîne avaient rassemblé pour commenter l’actualité, ou l’idée qu’une radio populiste se fait de l’actualité. Lobbyistes vinicoles, spécialistes autoproclamés de la Sécurité biberonnés au sarkozysme, syndicalistes à trois bandes, se relayaient au micro, trois par trois, avec pour seule mission d’avoir un avis sur tout, et surtout un avis.

 

Chaque matin, les sujets du jour étaient arrêtés, après une rapide lecture de la presse, essentiellement Le Parisien. Lors d’un briefing de départ, les règles du jeu nous avaient été expliquées: on n’était pas dans un salon, mais au comptoir du bar des amis. Il n’était pas nécessaire de laisser un chroniqueur terminer une prise de parole, une démonstration. Il était recommandé de lui couper la parole, à l’unique condition de faire un bon mot ou de le ridiculiser. Une vacherie bien sentie aurait toujours plus de poids qu’un appel à la raison. Chacun se pliait à ce jeu du cirque pour des raisons différentes: certains y voyaient le moyen de maintenir une visibilité en berne, d’autres se rêvaient des carrières politiques, d’autres enfin jouissaient de cette présence médiatique.

Après avoir refusé une première sollicitation, j’avais accepté la seconde lors de la mise en place de la réforme du médecin traitant, ce coup de passe-passe piloté par deux anciens assureurs d’AXA, Frédéric Von Roekeghem ( placé à la direction de la Caisse Nationale d’Assurance-Maladie par Jacques Chirac), et Xavier Bertrand ( qui tirait les ficelles derrière un Philippe Douste-Blazy flanqué en tête de gondole pour donner l’impression que cette déconstruction méthodique de la Sécu, débutant par la mise à mort de la médecine générale, résultait d’une réflexion en Santé). Face au rouleau-compresseur que constituaient les équipes de communication du Ministère et de la Sécu new-look, le tout relayé par les économistes du think-tank « indépendant » de l’Institut Montaigne ( financé par le patron d’AXA, Claude Bébéar), j’avais accepté afin de pouvoir, de temps en temps, porter le fer sur des sujets touchant à la médecine et à la protection sociale.

Rapidement, je me suis retrouvé catalogué comme gauchiste de service, étant le seul des quinze chroniqueurs réguliers à voter NON au référendum, dont le résultat laissa tout ce beau monde interloqué. Soyons clair: mes camarades m’aimaient bien, même si nombre d’entre eux se désolaient de mon positionnement. « Mais enfin, un type intelligent comme toi, comment fais-tu pour être de gauche? », et autres amabilités du même genre, dont un jour cette saillie de Sophie de Menthon « Oh tu nous fatigues à la fin. Tes pauvres, on te les laisse. » Je suis resté accroché à mon siège, trop longtemps, plus de trois ans, avant de prendre la décision de partir, peu après avoir croisé dans l’ascenseur de la station l’un des dirigeants, qui me tint ce discours surréaliste:
« Ah Christian je vous ai entendu. Vous avez été bon, très bon… Très percutant, surtout dans le deuxième heure… ( sourire….. silence……) Ceci dit, je me demandais…. Comment dire…. J’aime beaucoup votre personnage, qui est très bien identifié: le médecin de gauche, valeureux, humaniste…. c’est très très bien, un bon segment. Mais je me demandais… avez-vous pensé, de temps en temps, à prendre une position contradictoire, qu’on n’attendrait à priori pas de vous? Cela permettrait d’étoffer votre personnage, de rajouter une dimension, d’éviter de vous retrouver cantonné dans un rôle trop stéréotypé »
Tout ceci fut débité d’une voix onctueuse, ponctuée de sourires complices, et je pense que du fond du gouffre j’ai moi-même souri, balbutié quelque platitude du genre: « Je vais y penser… »
De retour dans ma voiture, dans le parking, je suis resté immobile quelques minutes. Je me suis souvenu d’un incident mineur, survenu quelques semaines auparavant. Un des chroniqueurs, bien estampillé à droite, avait tenu des propos plus que limite sur les bénéficiaires de minima sociaux, ou les mères célibataires, enfin, l’une des différentes catégories sur lesquelles ces gens adorent s’essuyer les pieds. Et au moment de la coupure publicitaire, il s’était tourné vers moi, m’avait saisi le poignet et murmuré avec un sourire complice: « Ne m’en veux pas, Christian, je n’en pense pas un mot mais c’est pour animer la conversation »
Quelques semaines plus tard, de retour de la station, je me suis arrêté sur le bas-côté de la route et j’ai craqué. J’ai appelé les petites mains qui géraient l’émission et fait part de ma décision de ne plus revenir. Il y a eu cet après-midi là une conférence téléphonique un peu tendue, où j’ai expliqué que continuer ne m’était plus possible, et où je me suis vu reprocher d’avoir perdu la fraîcheur de mes débuts, de m’être enfermé dans un antisarkozysme primaire qui avait nui à mon personnage. Du jour au lendemain, j’ai disparu de la grille, et mes camarades de plateau, y compris ceux qui pendant trois ans avaient déjeuné avec moi, m’avaient fait part de leurs hésitations sur la ligne politique à suivre pour obtenir un poste ( avant l’élection présidentielle de 2007), m’avaient conseillé sur les placements boursiers indispensables qu’il me fallait absolument souscrire ( avant le crash boursier de 2008), ont perdu mon 06. Ce qui a plutôt été un soulagement, je l’avoue. Car au-delà du caractère populiste de l’émission, l’une des choses qui m’a le plus marqué alors, et dont je garde aujourd’hui un souvenir trouble, c’est ce que j’appelerais « la connivence de plateau ».

En dix ans, radios et télévisions ont élargi le champ de ce spectacle aussi insolite qu’insensé: remplir le vide avec du néant. Les chaînes d’info en continu déversent en permanence les commentaires avisés de spécialistes autoproclamés de tout et n’importe quoi. Les rares invités bénéficiant d’une compétence reconnue dans tel ou tel domaine se retrouvent mis à mal par des mollusques de plateau accrochés à leur siège, déroulant avec une louable agilité verbale le spectre de leur connerie. Sur le déremboursement de l’homéopathie, par exemple, on aura droit aux platitudes insanes d’un avocat médiatique, ou aux gloussements d’une ex-Ministre qui expliquera soigner son teckel à coups de granules. Sur la procréation médicalement assistée, le communautarisme, les prénoms à consonance pas bien catholique «  parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles », le ban et l’arrière-ban de la droite réactionnaire feront le buzz, enchaîneront platitudes et propos de café du commerce, sous le regard sentencieux ou amusé d’un animateur qui compte les points. Il n’est pas question de réfléchir, d’éclairer, mais de marteler avec le plus de conviction possible des propos de télévangéliste aviné.

Et il ne me surprend pas, dans ce marasme, de voir ces têtes de gondole interchangeables s’épauler les uns les autres. Que serait Eric Zemmour, ce matamore masculiniste au sex-appeal digne d’un accident de poussette sur un passage à niveau, sans Ruquier et Naulleau? Sans Ruquier qui, une fois les dommages faits et le révisionniste installé dans les média, se fendit d’une molle contrition et aimerait aujourd’hui « qu’on ne l’emmerde plus avec ça »? Sans Naulleau, brillant critique littéraire autrefois, abonné à un duo avec Zemmour qui légitime celui-ci et drape la connivence de plateau du manteau d’une supposée contradiction: cinq minutes pour les raflés, cinq minutes pour Pétain en bouclier protecteur des Juifs.


Dans cette grande tambouille du n’importe quoi où il importe surtout de passer à l’antenne et d’enchaîner les polémiques stériles, les invités récurrents redoublent de prévention les uns pour les autres. Habitués à se retrouver aux mêmes places sur les mêmes plateaux, Jean-Luc Mélenchon défendait Eric Zemmour, « brillant intellectuel ». Philippe Bilger fait de même: « On peut dénier beaucoup de choses à Eric Zemmour mais pas l’intelligence ni le courage de ses convictions. Et il a eu du mérite dans l’émission de l’excellent Thierry Ardisson face à un aréopage inégal » Ne parlons pas du naufrage intellectuel d’une Rachel Garrido rémunérée par Bolloré pour faire le buzz sur le plateau du dit Ardisson, toujours ravi quand une polémique abjecte explose comme un furoncle dans son émission…Se croisant dans les mêmes loges de maquillage, des invités qu’on nous vend comme opposés par les idées ou le parcours en viennent à se congratuler de leurs prestations, quel qu’en soit le contenu, en fonction de l’audimat ou du buzz.

Je me souviens être passé sur le plateau d’Yves Calvi à C dans l’air en 2011 pour y affronter enfin, après des années de dérobade, mon meilleur ennemi, Frederic Van Roekeghem. J’avais en poche des documents internes de la Caisse d’Assurance Maladie qui démontraient comment les chiffres des arrêts de travail « injustifiés » étaient truqués à des fins politiques depuis des années. Durant quarante cinq longues minutes, dans la loge de la maquilleuse puis dans une petite pièce attenante où on nous proposait un café, j’ai eu soin de ne jamais lui adresser la parole ou un regard. J’affrontais un ennemi sur le plan politique et social, je n’étais pas dans un salon. Au moment de passer en plateau, une assistante nous a amené derrière le rideau, nous a indiqué nos positions à la grande table en verre. Littéralement collés l’un contre l’autre dans ce petit réduit, j’ai adressé un « Bonjour » à peine audible à mon adversaire. Le directeur de la CNAM, ancien directeur d’audit chez AXA, proconsul en tête du démembrement du concept même de Sécu solidaire, a poussé un soupir fébrile « Ah… quand même… » Et au lieu d’une séance d’autocongratulation, nous avons eu un débat sur le fond.

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Talentueux essayiste politique, George Orwell expliquait refuser de rencontrer les personnes avec lesquelles il avait un différent sévère, afin de ne pas retenir ensuite sa plume dans ses tribunes. Il serait temps de se souvenir de son exemple, et de refuser l’indigence de ces matchs de catch truqués, le dispositif spectaculaire permanent de la connivence de plateau.

Christian Lehmann

 

 

Ce texte est paru le 12 Octobre 2018 sur A.O.C. media, de Sylvain Bourmeau. www.aoc.media puis republié le 26 Décembre 2018. J'ai rétabli mon titre original "La connivence de plateau". ( Il est possible de lire des articles gratuitement en renseignant simplement son adresse mail, ou de s'abonner à AOC Media)

06/10/2018

Obligation vaccinale: un pari orwellien

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a donné jeudi 25 janvier 2018 un délai de trois mois aux parents pour réaliser les 11 vaccins désormais obligatoires de leur enfant. Une obligation visant à pallier le manque de confiance dans ce geste indispensable mais qui risque de produire l’effet inverse.

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 En décembre 2017, je reçois dans mon cabinet médical ce père de famille, que je connais de longue date, et qui, m’amenant sa fille pour une angine, me déclare : « De toute façon, moi, les onze vaccins obligatoires pour elle, c’est niet. Je refuse. » Je ne rappelle pas que l’obligation ne s’adresse qu’aux enfants à naître après le 1er janvier 2018. J’ouvre le carnet de santé, et je compte…

Diphtérie coqueluche tétanos polio haemophilus rougeole oreillons rubéole tuberculose hépatite B pneumocoque méningocoque… votre fille a douze vaccins.

Il me regarde, fronçant les sourcils, puis :

Ah bon ? Mais alors pourquoi on fait tout ce foin ?

Excellente question

«  Pour chaque problème complexe, expliquait l’humoriste américain H. L. Mencken, il existe une solution simple, évidente, et fausse ». L’obligation vaccinale est la dernière en date de ces « solutions » technocratiques déconnectées du réel, et un petit retour sur les conditions de sa mise en œuvre est nécessaire.

En janvier 2016, Marisol Touraine lançait l’idée d’une concertation nationale citoyenne sur les vaccins, dont l’objectif affiché était de « rétablir la confiance des Français dans la vaccination ». Jurys citoyens et auditions se succèdent, sous la houlette du professeur Alain Fischer. En décembre 2016, celui-ci convoque une conférence de presse, et annonce que des vaccins hier encore recommandés mais non obligatoires deviendront gratuits ET obligatoires, de manière temporaire : « Dans le contexte actuel de perte de confiance et de baisse de la couverture vaccinale, note le comité, il apparaît nécessaire de réaffirmer le bien-fondé de la vaccination. » Le ministère de la Santé s’empare de ces conclusions, peaufine une loi, subordonnant l’admission en crèche ou à l’école à la réalisation des onze vaccins. De manière temporaire, rappelons-le, avant que, la confiance ayant été rétablie, cette mesure disparaisse d’elle-même.

Après Marisol Touraine, Agnès Buzyn, médecin, nouvelle ministre de la Santé, s’appuiera à chaque interview sur cette concertation, sans jamais s’arrêter sur de fâcheux détails : le jury citoyen ne s’est pas prononcé pour ou contre l’obligation, et le jury de professionnels a pris position… en faveur de sa levée, y compris pour les trois vaccins déjà obligatoires antérieurement ! Au final, le professeur Fischer et son comité d’experts ont tranché, à l’encontre des conclusions des jurys citoyen et professionnel, en fonction de leurs intimes convictions. À compter du 1er janvier 2018, onze vaccins sont donc obligatoires chez tous les nouveau-nés.

Pour comprendre comment nous sommes arrivés là, nouveau flash back.

Printemps 2009. Alerte à la grippe « porcine » H1N1 en Amérique centrale. Des systèmes de santé apparemment débordés, et des cas graves de détresse respiratoire touchant parfois, au-delà des cibles usuelles de la grippe, des patients jeunes en bonne santé, dont certains décèdent. L’OMS sonne le branle-bas de combat, les laboratoires pharmaceutiques rivalisent pour élaborer au plus vite un vaccin. Le système de santé français se prépare à affronter une crise sanitaire d’ampleur, d’autant que certains experts en cour, au doigt mouillé, extrapolant de manière ascientifique par rapport à de petites cohortes, prédisent des centaines de milliers de morts. Mais dès l’automne 2009, les premiers articles décryptant l’épidémie dans l’hémisphère Sud relativisent la mortalité du virus. Et les laboratoires britanniques, cherchant des volontaires sains pour des essais de vaccins… se rendent compte qu’une partie non négligeable de la population est déjà porteuse d’anticorps, ayant contracté le virus sans s’en rendre compte pendant l’été. Mais la machine est lancée, les contrats signés : impossible de revenir en arrière. Roselyne Bachelot mène la charge, emportant tout sur son passage pour justifier les choix financiers et industriels de son ministère, dont le plus emblématique et le plus ridicule est la commande de millions de vaccins par flacon de dix doses. Les Français sont sommés de se rendre dans des vaccinodromes pour se faire injecter à la hâte des vaccins fabriqués en masse, en dépit des risques évidents de contamination, leurs médecins généralistes étant considérés « incapables de respecter la chaîne du froid » par leur ministre de tutelle. La survie du pays est en jeu, et le consensus politique est total. Tous ensemble contre la pandémie mortelle. Les médecins qui, sur internet, tentent de pointer les données rassurantes publiées à l’étranger, l’impraticabilité du dispositif, sont soupçonnés de chercher à discréditer le gouvernement pour pouvoir gagner de l’argent en vaccinant à leur cabinet. Après François Chérèque de la CFDT, c’est Jean-Luc Mélenchon qui vient soutenir Roselyne Bachelot et Nicolas Sarkozy sur France Inter : « Eh bien parce que si vous allez dans le centre vous faire vacciner c’est gratuit si vous allez chez votre médecin vous devrez le payer à l’acte avec tous les débordements habituels auxquels ces gens se livrent sur le dos de la Sécurité sociale et de la santé publique… Il y a une décision qui peut être prise par le pouvoir politique qui est de dire et ben ça vous êtes tous à la corvée, vous êtes tous réquisitionnés et vous serez payés tant par vaccin, ça ça prend cinq minutes à décider. » Avant de conclure avec cette forte pensée : « Devant les campagnes de santé publique, on fait d’abord la campagne on discute après, pas l’inverse… »

Au final, le virus H1N1 passera sur le territoire, avec son cortège de rhinopharyngites fébriles, de rhumes, d’états grippaux plus sévères, et quelques cas graves touchant parfois des sujets jeunes, comme l’avaient laissé prévoir les premiers articles étrangers. Le dispositif « grippe aviaire » mis en place se révélera totalement disproportionné, inadapté à la réalité d’une épidémie dont la mortalité n’aura pas été supérieure à celle de la grippe saisonnière. Et les Français, de plus en plus sceptiques au fur et à mesure que la ministre s’égosille à la télévision pour annoncer l’Apocalypse en jouant sur les peurs, tandis que la Direction générale de la santé, habituée à faire là où le pouvoir politique lui dit de faire, exhorte au final les médecins à écouler le stock de l’antiviral Tamiflu en en prescrivant aux patients se présentant avec une simple rhinite malgré l’absence de preuve de son efficacité, se réveillent après l’épidémie avec plus de questions que de réponses sur les liens entre le pouvoir politique et les firmes commercialisant les vaccins. Dans les années qui suivront, le fiasco total de la gestion Bachelot entraînera une chute sensible du taux de vaccination contre la grippe saisonnière, et une défiance plus généralisée envers la gestion politique des questions de santé. Une commission d’enquête verra même le jour à l’Assemblée nationale, et pondra au final un document accablant de plusieurs centaines de pages, totalement édulcoré par un rapporteur aux ordres qui conclura que cet épisode a… utilement servi de préparation et permettra au pays de mieux anticiper une prochaine crise.

Défiance. Mais envers des politiques opaques et incompétentes.

À cette défiance réactionnelle à l’incurie de la gestion ministérielle de l’épidémie H1N1 vont se superposer, les années suivantes, une succession de ruptures de stock des vaccins les plus usuels, obligeant les parents cherchant à faire vacciner leurs enfants à des semaines, voire parfois des mois, d’attente et à de fréquentes visites chez des pharmaciens qui finissent par refuser de prendre commande tant leurs approvisionnements sont aléatoires. Cette situation, de plus en plus fréquente dans le domaine du médicament, causera à l’évidence un frein énorme à la vaccination des nourrissons et des jeunes enfants, sans que le gouvernement intervienne de manière efficace auprès des firmes pharmaceutiques, et dans un relatif silence médiatique. Plus gênant pour le gouvernement, des parents saisissent le Conseil d’État car les seuls vaccins obligatoires jusqu’ici, DTPolio, ne sont pas disponibles depuis des mois. Dans l’incapacité de faire pression sur les laboratoires pour assurer leur fabrication et leur commercialisation effective, Marisol Touraine, puis Agnès Buzyn, vont donc choisir une « solution » radicale : rendre l’ensemble des vaccins obligatoires, pour masquer la défaillance de l’État.

On voit ici que la « défiance envers la vaccination » mise en avant par Marisol Touraine puis Agnès Buzyn, et répétée à l’envi dans les éléments de langage des communicants, des agences, et de nombreux médias, est surtout une défiance à l’encontre de politiques gouvernementales opaques, ou clairement incompétentes. Et si on se penche sur le pourcentage de couverture vaccinale en 2015, on obtient des taux oscillant entre 85 et 95 %… Pas mal pour une population prétendument défiante envers « la » vaccination, confrontée à des pénuries répétées de vaccins usuels !

Ce qui se joue dans cette affaire, bien au-delà de la santé publique, c’est la fragilisation d’un pouvoir politique, lorsque l’expertise scientifique sur laquelle il prétend s’appuyer est sujette à caution, et que son indépendance vis-à-vis des firmes pharmaceutiques ne peut être établie de manière transparente. Le changement de paradigme né d’internet et des réseaux sociaux prend de cours une génération de décideurs habitués à l’absence de contradiction. On l’a vu lorsque des hommes politiques comme Pierre Moscovici, Jérôme Cahuzac, François Hollande, François Fillon, Gérard Collomb, Richard Ferrand, et bien d’autres, se sont pris les pieds dans leurs tweets et déclarations de principe vite décortiqués et mis à nu par une agora d’anonymes qui portent la plume, ou le clavier, dans la plaie. On le voit aussi en médecine quand les experts masquent leurs liens d’intérêt en espérant que cela passera inaperçu. Et l’une des grandes fautes d’Agnès Buzyn aura été de ne pas comprendre cette évolution, de ne pas saisir que rien ne sera plus comme avant, que l’émergence des réseaux sociaux, et les diverses affaires touchant le monde du médicament, ne permettent plus l’amateurisme ou l’opacité. En 2013, alors présidente de l’Institut national du cancer, elle déclarait : « L’industrie pharmaceutique joue son rôle, et je n’ai jamais crié avec les loups sur cette industrie. Il faut expliquer que vouloir des experts sans aucun lien avec l’industrie pharmaceutique pose la question de la compétence des experts. » Comme le traduira la journaliste Pascale Pascariello dans Mediapart quand, en mars 2016, Agnès Buzyn sera nommée présidente de la Haute autorité de santé : « Agnès Buzyn regrette de ne pouvoir prendre des chercheurs qui ont, avec l’industrie pharmaceutique, des liens d’intérêt pourtant susceptibles d’influencer leurs expertises. » Dans le même journal, fin 2017, le professeur Fischer déclarera lors d’un débat vidéo n’avoir aucun lien avec les firmes, passant sous silence un prix de 100 000 euros versé en 2013 par Sanofi-Pasteur. L’Agence de presse médicale, dans la foulée, pointera les liens d’intérêt de trois des seize experts de la concertation citoyenne… et les liens non déclarés de deux autres experts, soit au total… six experts sur seize, dont le rapporteur…

« De l’obligation naîtra la confiance. » Comment lire cette injonction sans songer à George Orwell, et au double-speak de Big Brother : « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. L’obligation, c’est la confiance. » Médecin, je suis bien placé pour savoir que la confiance, le respect, se méritent, se gagnent au quotidien. Comment une ministre en charge de la santé, et des agences, qui sans relâche pointent la nécessité pour le médecin de quitter les postures paternalistes du passé pour considérer le patient comme un égal, peuvent-elles se fourvoyer à ce point dans une attitude aussi paternaliste que contre-productive pour la santé publique ? L’obligation vaccinale ne réduira en rien la défiance des patients. Bien au contraire, et au-delà même des vaccins, qu’il aurait fallu examiner au cas par cas et de manière totalement indépendante, cette obligation vaccinale creusera encore le fossé entre le public et la science, ouvrant une voie royale aux complotistes les plus délirants. Comme s’il était plus important pour nos décideurs de masquer les erreurs du passé que de construire une politique de santé publique débarrassée des liens d’intérêt des puissants.

 

Christian Lehmann,

médecin généraliste et écrivain

 

Post-scriptum: 

A la fin de l'année 2017, Sylvain Bourmeau, qui fut mon éditeur et est mon ami, m'a proposé d'écrire dans un nouveau média en ligne,  AOC media

AOC est un quotidien d’auteurs. Conçu par des journalistes, il est écrit par des chercheurs, des écrivains, des intellectuels, des artistes et… des journalistes.

AOC entend prendre de la hauteur. Tenter de remettre un peu de verticalité dans un espace public désormais destructuré et horizontalisé en publiant des textes qui visent autant que possible à (re)faire autorité et à structurer le débat.

AOC est l’acronyme d’Analyse Opinion Critique.

AOC publie, du lundi au vendredi, trois articles par jour : une Analyse, une Opinion et une Critique.

AOC publie le samedi un grand entretien d’idées ou de parcours biographique selon les cas.

AOC publie le dimanche un texte littéraire inédit.

A ma grande fierté, le texte que vous venez de lire a été publié dans le tout premier numéro d'AOC. J'y ai publié d'autres textes depuis, et lu les contributions d'auteurs riches et divers. Je vous conseille de vous abonner, tout en sachant qu'il est possible, en suivant le lien sous un article d' , de créer un compte lecteur qui vous permettra de lire gratuitement 3 articles par mois...  

24/02/2018

"Un minimum de dignité, est-ce trop demander aux fossoyeurs de la médecine générale?"

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C'est un courrier des lecteurs comme il y en a tant, s'offusquant du manque de médecins et de l'incapacité à trouver un médecin traitant, ou à obtenir une visite à domicile. A classer dans la catégorie bien connue des médecins encore en exercice #OnPeutMourir.

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Mais ce courrier-là n'est pas publié n'importe où, et pas par n'importe qui. Il est publié dans un hebdomadaire médical, Le Généraliste, par Dinorino Cabrera, ancien syndicaliste, Président du Syndicat de la Médecine Libérale de 1981 à 2008, qui coule aujourd'hui une retraite qu'on espère ensoleillée en République Dominicaine.

 

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Pour ceux d'entre nous, médecins généralistes, qui approchons de la fin de notre carrière, le nom de Dinorino Cabrera n'est pas inconnu. Nous l'avons subi pendant un quart de siècle. Mais en le lisant, il me semble injuste que la jeune génération médicale, qu'il fustige, ainsi que le grand public, ignore ce que lui doit le système de santé français. Ce n'est pas tous les jours qu'un des fossoyeurs de la médecine générale en France vient se plaindre du désastre qu'il a contribué à créer. Mais, comme le soulignait Michel Audiard: "Les cons, ça ose tout, c'est à ça qu'on les reconnaît"

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Longtemps la médecine générale a été le parent pauvre de la médecine de ville. Taillables et corvéables à merci, dénigrés par la nomenklatura médicale, les généralistes n'étaient alors bons à rien le jour, et soudain parés de toutes les vertus quand tombaient la nuit et les gardes obligatoires. Une génération de Français n'a vu de généraliste qu'à trois heures du matin, pauvre type blafard montant l'escalier avec sa mallette pour la fièvre du petit entre deux journées de travail sans repos compensateur. Au mi-temps des années 90, la Caisse Nationale d'Assurance-Maladie, pas encore sous la coupe des assureurs, mit en place un système innovant, le système du médecin référent. Sans refaire le match,rappelons que le référent respectait les tarifs conventionnels, pratiquait le tiers-payant ( tiers-payant simplifié car la Sécu se chargeait de le payer et d'obtenir ensuite remboursement auprès des complémentaires), tenait pour chaque patient un dossier informatisé et se formait indépendamment des firmes pharmaceutiques. En contrepartie, le généraliste recevait une somme de 45 euros par an et par patient optant ( car le référent était une option, pas une obligation) sensée lui permettre de mettre son outil de travail aux normes et rémunérer le travail de coordination hors-consultation. En 2004, seuls 15% des médecins avaient choisi l'option référent, en grande partie du fait du tir de barrage des opposants, menés par deux syndicats réactionnaires, la CSMF du Docteur Michel Chassang, et le SML du Docteur Dinorino Cabrera. Pour le faire simple, et court, la CSMF défendait les intérêts des médecins spécialistes, le SML défendait le secteur 2 avec dépassements d'honoraires. 

L'existence d'un corps de généralistes bien rémunérés, à même de coordonner peu à peu les soins de leurs patients optants, était pour ces deux syndicats une hérésie. 

En 2004, Jacques Chirac nomma à la tête de l'Assurance Maladie Frédéric Van Roekeghem. Ce proconsul, ancien directeur d'audit chez AXA ( et qui ses forfaits accomplis retournerait dans le giron de l'assurance-privée), avait tout pouvoir décisionnaire, placé comme il l'était au-dessus des représentants des syndicats médicaux et des syndicats de salariés. C'est sous sa présidence que Philippe Douste-Blazy ( tête de gondole à mèche juste bonne à passer dans les média et totalement ignorant de la médecine de ville) et son âme damnée d'alors, Xavier Bertrand ( lui-même ancien assureur chez AXA, promu à de hautes fonctions par la suite) mirent en place la réforme dite "du médecin traitant". Sur le papier, cette réforme obligeait chaque patient à désigner un médecin traitant afin que ses soins soient correctement remboursés. Dans la réalité, ce système présenté comme une simple extension du médecin référent à l'ensemble de la population souffrait d'une faille énorme: l'absence de toute rémunération forfaitaire. Michel Chassang et Dinorino Cabrera avaient longtemps bataillé sur ce point, et obtenu gain de cause. Pour Frédéric Van Roekeghem, c'était l'assurance ( ah ah) de dépenses en moins. Pour les deux syndicalistes, c'était une victoire à la Pyrrhus. 

Après avoir dissuadé, pendant des années, les généralistes de rejoindre un système optionnel, incitatif, rémunéré et non pénalisant pour les patients, Chassang et Cabrera avaient bataillé ferme pour le détruire, à la veille de mettre en place un système obligatoire, non rémunéré et pénalisant pour les patients.

Dans un éditorial de sa revue, "Médecin de France", Michel Chassang pérorait: "Jusqu'au dernier moment il a fallu batailler ferme pour que nos interlocuteurs acceptent de renoncer au médecin référent au profit du médecin traitant".

Dinorino Cabrera, dans une lettre à ses adhérents, n'était pas en reste: "Nous avons dû batailler ferme et tenir bon ( la collaboration CSMF-SML et Alliance a été efficace et sans faille, puisque nous n'avons pas cédé). Tout le monde doit prendre conscience que le médecin référent constituait une menace grave, dont nous devions nous débarrasser".

Je le répète tant la formulation est singulière, provenant d'un président de syndicat parlant de certains de ses collègues: "Une menace grave, dont nous devions nous débarrasser".

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                                                                      Dinorino Cabrera

 

Confrontés à la réforme de 2005, destinés à devenir "médecin traitant" sans rémunération adaptée à cette fonction, nombre de généralistes qui avaient aveuglément suivi les consignes de la CSMF et du SML pendant des années restaient quelque peu perplexes, réalisant, mais un peu tard, qu'on leur imposait gratuitement une fonction proche de celles que leurs syndicats avaient conspué pendant des années lors qu'elle était rémunérée, au prétexte fallacieux de ne pas aliéner leur statut libéral.

Qu'importe. La "menace" était éloignée. Sans rémunération adaptée, le système du médecin traitant était destiné à ne pas fonctionner, à devenir une simple usine à gaz de remboursement. La coordination des soins vantée en paroles avait été reléguée aux oubliettes.

Dans les années qui suivirent, j'ai vu nombre de mes confrères et consoeurs dévisser, déplaquer: ceux qui s'étaient investi dans le système référent, qui avaient opté pour une médecine différente, plus lente, moins dispendieuse ( sur  le seul poste pharmaceutique, l'Assurance Maladie économisait 20.000 euros par an par médecin référent, en tenant compte de la rémunération de celui-ci); ceux qui avaient cru et espéré exercer leur art différemment étaient relancés dans la course à l'acte et à la prescription. J'ai leurs noms. J'ai les noms de ceux qui économiquement n'ont pas survécu à cette grande première syndicale en France, comme le souligne Jean-Paul Hamon, Président de la Fédération des Médecins de France ( FMF) : "supprimer un avantage acquis sans contrepartie et léser des confrères". Philippe F... Pierre C... Bernard B...Catherine D... Jacques M... Patrice M... J'ai les noms de ceux qui ont abandonné la médecine de ville pour se recaser dans des postes administratifs. Je fais partie de ceux qui se sont adaptés à ce nouvel environnement, sans gloire. La médecine générale que je voulais exercer, celle à laquelle aspirait la jeune génération, ces fossoyeurs l'ont assassinée en 2005.

Chassang et Cabrera voulaient une médecine générale à genoux, des généralistes le nez sur le guidon, incapables de  coordonner l'accès aux soins des patients. Sans chef d'orchestre, pensaient-ils, la médecine spécialisée serait libérée de contraintes d'organisation du système de soins. Evidemment, l'inverse eût lieu.

La médecine générale, déjà peu attrayante de par la charge de travail et les horaires, gagna en complexité administrative. Sans les moyens de rémunérer un secrétariat, nombre de médecins âgés accélérèrent leur départ en retraite. Le manque d'attractivité de cette profession, dont les actes étaient moins rémunérés et la charge administrative plus lourde, dissuada les jeunes de s'installer comme généraliste. Ce qui était prévisible dès 2005 est aujourd'hui notre réalité quotidienne. Le nombre de généralistes diminue, rapidement. La moyenne d'âge est élevée, la pyramide des âges tient sur la pointe, en l'absence de renouvellement. Chaque année, dans des grandes villes comme à la campagne, des médecins partent sans remplaçant, aggravant la charge de travail de ceux qui restent, et qui pour beaucoup sont quinqua ou sexagénaires. 

Et dans ce désastre qu'il a contribué à créer, depuis sa retraite dorée en République Dominicaine, Dinorino Cabrera, ce fossoyeur tout droit sorti d'un sketch d'Audiard, interpelle les survivants: 

"Il n'est pas normal que la profession libérale ne s'organise pas pour suivre et prendre en charge les personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer. Les Yvelines ne sont pourtant pas un désert médical !"

L'homme qui a contribué à désorganiser la médecine générale et à dissuader les jeunes de s'installer vient nous faire la morale... Les Yvelines, j'y exerce. C'est un désert médical, dans l'un des départements les plus riches de France, à 20 kilomètres de Paris. Le Chesnay, ce n'est effectivement pas dans la Creuse. 

Et ce final, qui ne manque pas de panache: "J'ai envie de dire à la profession, il faut que vous vous réveilliez ! Organisez-vous au plus vite notamment par des délégations ou transfert de charges. (Peu importe l’expression). Ou il ne faudra pas s'étonner si les politiques cognent !"

L'homme qui a mis la médecine générale à terre menace les survivants de la schlague bien méritée. Imagine-t'on un coach sportif trancher les jarrets de ses joueurs puis leur reprocher de ne pas courir assez vite? On croit rêver, mais c'est un cauchemar. 

Si je m'adressais à Dinorino Cabrera ( mais ma réserve de métoclopramide est dangereusement basse), je lui dirais:

"Cher confrère,

Vous récoltez ce que vous avez semé. Vous vouliez des généralistes sans moyens, courant après l'acte sans jamais relever la tête. Vous pensiez que cela laisserait toute liberté aux médecins spécialistes, et aux dépassements d'honoraires. Vous avez mis la médecine générale à terre, et en l'absence de première ligne de soins en ville, la médecine spécialisée de ville a suivi, parce que la population s'est tournée vers l'hôpital, le surchargeant de demandes.

Dans le même temps, les jeunes ont fui la médecine libérale, optant pour un travail en maison de santé, sous la tutelle hélas d'agences administratives aujourd'hui, d'assureurs demain, qui imposeront leurs conditions, comme l'Assurance-maladie, grâce à vous, impose aux médecins une rémunération à la performance sur des indicateurs parfois médicalement ridicules. La dernière chance d'auto-organisation indépendante de la médecine de ville, vous l'avez étouffée dans l'oeuf.

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J'ai commencé avec Audiard, je finirai avec Ridley Scott, et le personnage de Maximus, interprété par Russel Crowe: "Ce que l'on fait dans sa vie résonne dans l'éternité". Oh, je sais que l'éternité est bien trop vaste pour un fossoyeur de votre espèce. Mais j'aurais été sincèrement peiné que vous n'ayez pas vous aussi votre quart d'heure de gloire warholien. Que les Français, et parmi eux mes jeunes collègues médecins, oublient ce qu'ils vous doivent:  la mise à genoux de la profession, la désorganisation du système de soins français, la main-mise progressive des assureurs sur la médecine, la désertification médicale et ses drames.

La médecine générale a été poignardée en 2005. Vos empreintes sont sur le manche. Est-ce trop vous demander de montrer un minimum de dignité au-dessus de son cadavre agonisant, et de vous taire?

Bien confraternellement"

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Docteur Christian Lehmann

16/10/2017

Lettre ouverte aux députés contre le projet d'extension de l'obligation vaccinale des nourrissons

"Mais que diable allait-il faire dans cette galère? "

Molière, les Fourberies de Scapin

 

Courant Septembre 2017, des confrères se sont rapprochés de moi dans le but d'écrire une lettre commune destinée aux représentants de l'Assemblée Nationale au sujet du projet d'extension de l'obligation vaccinale des nourrissons.

Aucun d'entre eux, aucun d'entre nous, n'est un "antivaxx". Et si dans mon cas j'ai évité jusqu'ici ce sujet, après avoir été l'un de ceux qui ont alerté en 2009 en amont contre la catastrophique gestion de l'épidémie H1N1 par Roselyne Bachelot et son orchestre, cela a été dans un premier temps parce qu'il me semblait impossible d'aborder ce sujet de manière cohérente dans une guerre de tranchées où le complotisme délirant affrontait l'autoritarisme borné.

Mais les pouvoirs publics ont tranché, selon l'adage hélas jamais démenti de l'humoriste américain H.L.Mencken: "Pour chaque problème complexe, il existe une solution simple, évidente et fausse".

A plusieurs reprises, la ministre de la Santé aura expliqué que "De l'obligation naîtra la confiance"

Je ne peux pas laisser passer ça.

Pas plus que je ne laisserais passer ça:

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Ce long texte suivi d'un argumentaire fourni n'est pas destiné à donner du grain à moudre aux convaincus du complot militaro-industriel judéo-maçonnique reptilien des Illuminati de l'aluminium, mais à alerter les députés sur les failles décisionnelles qui ont abouti à ce double-langage orwellien: "l'obligation créera la confiance".

Tous les jours, dans nos cabinets, nous avons la preuve inverse: le passif des agences de santé et du ministère est tel que bien au contraire, et comme toute personne sensée pourrait le deviner, l'obligation crée la méfiance.

Nous nous retrouvons dans cette situation ubuesque de faire face à des parents qui commencent par refuser l'obligation vaccinale à venir, avant de découvrir, en feuilletant le carnet de santé de leur enfant avec nous, que celui-ci, que celle-ci, a déjà reçu dans certains cas 8, 9, 10 ou 12 vaccins. 

La réponse est alors unanime: "Ah bon... mais alors pourquoi on fait tout ce fouin?"

 

"On fait tout ce fouin" parce que des experts au doigt mouillé qui prédisaient l'apocalypse en 2009, des professeurs rémunérés par maints laboratoires, et des directeurs d'agence habitués à faire là où on leur dit de faire, sont incapables de se remettre collectivement en cause et de modifier leurs façons de travailler, dans un monde hyperconnecté où l'information est partagée instantanément ( ainsi que la désinformation, d'ailleurs).

"On fait tout ce fouin" parce que des agences et un ministère ayant présidé au pitoyable fiasco que fut H1N1 en 2009, avec des généralistes ignorés par Roselyne Bachelot parce qu'ils n'étaient pas capables d'assurer la chaîne du froid pour des vaccins achetés en toute incompétence par lots de dix, avec des vaccinodromes vides et des entrepôts pleins de comprimés de Tamiflu qui finirent à l'incinérateur, ne peuvent reconnaître leur responsabilité.

"On fait tout ce fouin" parce qu'il leur est de même impossible de reconnaître que la baisse très relative de la vaccination des nouveaux-nés est en grande partie, outre la défiance créée, liée aux ruptures de stocks fréquentes et répétées des vaccins les plus usuels, contre lesquels les gouvernements successifs n'ont rien fait.

Et nous voilà ce soir, comme dirait Jacques Brel, forcés de parler, non pas pour créer le doute dans la population, mais pour questionner les députés. Il est urgent de réformer notre système d'expertise, de mettre de côté, sur ce dossier sur sur beaucoup d'autres, les experts dont les liens d'intérêt évidents corrodent le jugement, afin de refonder la confiance des Français envers la santé publique.

Docteur Christian Lehmann

 

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Le Labyrinthe de Pan, Guillermo del Toro, 2006

Capitan Vidal: "You could have obeyed me!" 
Doctor Ferreiro: "But captain, to obey - just like that - for obedience's sake... without questioning... That's something only people like you do."

 

 

Professionnels de santé et citoyens                                                                     11 octobre 2017

concernés par le projet d’obligation

vaccinale pour les nourrissons.

 

A Mesdames et Messieurs les députés

Copie à : Monsieur le premier Ministre

Copie à la Ministre de la Santé et de la Solidarité

Copie aux présidents de groupes parlementaires

Copie au Président de la République française M. Macron

 

Mesdames et Messieurs les député(e)s :

Nous, citoyens et professionnels de santé éduqués, rationnels et responsables, vous demandons de ne pas voter l’article 34 du PLFSS 2018 élargissant les obligations vaccinales à huit vaccins supplémentaires chez les nourrissons de moins de 2 ans à compter du premier janvier 2018 pour une durée indéfinie. Nous estimons que cette obligation groupée est injustifiée, contraire aux données de la science,  aux droits des patients et aux principes du Droit en démocratie.

 

Parce que nous sommes des citoyens et des professionnels de santé concernés par la santé publique, nous vous écrivons pour nous opposer au projet de loi visant à élargir à onze vaccins au lieu de trois l’obligation vaccinale chez les nourrissons.

Nous ne nous situons pas dans une perspective qui serait celle d’une controverse stérile et idéologique entre partisans et opposants à la vaccination en général.

Nous sommes simplement soucieux de vous sensibiliser au fait que l’histoire des vaccinations en France n’est pas linéaire, qu’elle a connu des succès et des échecs, que des vaccins sont apparus et ont disparu pour cause d’efficacité/inefficacité, voire de dangerosité. Mais nous souhaitions surtout  réaffirmer que chaque vaccination s’inscrit dans une démarche globale de santé publique qui doit associer l’acte vaccinal lui-même à l’amélioration des conditions de vie régnant dans la société et notamment des conditions socio-économiques de certains milieux défavorisés, grâce aux structures sociales d’accompagnement et à des campagnes de prévention primaire et de promotion de la santé.

Pour la première fois en France un gouvernement voudrait faire voter par le Parlement une obligation groupée pour 11 vaccins. La dernière fois que le Parlement a voté une obligation vaccinale c’était pour le vaccin contre la poliomyélite en 1964. Ensuite et à ce jour, considérant que la population était plus instruite que par le passé et en raison de l’inefficacité de l’obligation vaccinale, les autorités n’ont pas jugé utile d'imposer de nouvelles obligations vaccinales.

 

Donc, pourquoi revenir sur cette décision des années 60 ?

Madame la ministre des solidarités et de la santé indique que l’obligation vaccinale permettra de restaurer la confiance, d’augmenter la couverture vaccinale et par là d’apporter un bénéfice majeur en termes de santé publique. C’est ce bénéfice qui justifierait l’obligation de vaccination des nourrissons par 11 vaccins.

Elle déclare fonder sa décision sur le constat d’un accroissement de la  défiance de la population française à l’égard des vaccins qui se traduirait par le déclin de la couverture vaccinale des nourrissons. Or, ces deux arguments nous paraissent sujets à caution. La population française n’est pas fondamentalement méfiante envers les vaccins, comme le montrent différentes enquêtes d’opinion (Annexe I). Mais un infléchissement de la confiance est survenu, et les raisons n’en sont pas mystérieuses. L’origine de cet infléchissement réside  dans  deux épisodes survenus ces dernières années dont les autorités alors en place portent l’entière responsabilité.

 Le premier est le précédent de la décision de la vaccination anti grippale de masse contre le virus A (H1N1). Cette crise, qui s’est produite en 2009, a été provoquée par le défaut de prise en compte des données plutôt rassurantes venant de l’hémisphère sud, qui a mené à la décision d’appliquer le plan « grippe aviaire » (mortalité extrême) à une grippe d’intensité normale et par l’exclusion des médecins généralistes du dispositif mis en place, les vaccins fabriqués en masse étant injectés à la hâte dans des  lieux de vaccination collectifs en dépit des risques évidents de contamination.

                Cet épisode représente un double échec : celui de l’expertise scientifique qui prédisait des dizaines de milliers de morts et celui de la concertation et de la prise de décision partagée entre les politiques, les professionnels de santé et surtout les citoyens. Nul doute que la confiance des Français a été fortement entamée par cette succession d’erreurs.

 Le deuxième épisode est celui, non encore résolu, des pénuries récurrentes et durables de vaccins recommandés pour les nourrissons, les enfants et adolescents depuis le début 2015 devant lesquelles les gouvernements successifs sont restés sans réaction alors qu’elles pénalisaient de très nombreux parents. Ces pénuries peuvent facilement expliquer à elles seules la modeste baisse de couverture observée à partir de cette période du fait des contraintes pratiques pour les parents qui ne trouvaient plus les vaccins recommandés dans les pharmacies.

Malgré le risque de baisse de couverture vaccinale dû à cette pénurie, les différents  gouvernements n’ont  pas jugé utile d’intervenir pour mettre fin à cette situation. Pourtant, comme l’a précisé le Conseil d’Etat dans sa décision du 8 février 2017 concernant l’indisponibilité depuis 2008 sur le marché français du vaccin Diphtérie-Tétanos-Polio obligatoire non combiné à d’autres valences, le gouvernement et la ministre des Solidarités et de la Santé disposent de nombreux moyens légaux pour sanctionner les laboratoires pharmaceutiques défaillants et/ou se substituer à eux. En dépit de cela les ministres successifs ont toujours refusé d’utiliser ces moyens légaux à l’encontre des laboratoires . Cet épisode a également entamé la confiance des Français dans les recommandations vaccinales.

                En tant que citoyens éduqués, et en application de la loi du 4 mars 2002, les Français ont le droit d’exiger  des informations précises, claires et robustes sur les tenants et les aboutissants de la vaccination et n’ont pas à être soumis à des décisions précipitées et à une interprétation maximaliste de la concertation sur les vaccins. A plusieurs reprises dans les médias Madame la ministre a évoqué des chiffres inexacts sur la couverture vaccinale alors que celle-ci était en hausse constante chez les nourrissons jusqu’à 2015 (Annexe II), illustrant ainsi l’impréparation, le manque de réflexion et l’absence de fondements solides à sa décision.

En outre, cette décision ne s’inscrit pas dans une vision globale et cohérente de la santé publique. Lorsque le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) émettait des recommandations concernant les vaccins, sa mission n’était pas de déterminer des priorités de santé publique. Le HCSP devait décider si le rapport bénéfice-risque de chaque vaccin recommandé pour la vaccination universelle des nourrissons pouvait apparaître comme acceptable sur la base de différentes hypothèses d’efficacité et d’une connaissance partielle des risques. Ces recommandations comportent donc une part importante de subjectivité et d’incertitude et ne tiennent pas compte du contexte global de santé publique. Les décisions concernant les recommandations vaccinales ont aussi passé outre à plusieurs reprises le mauvais rapport coût-efficacité des vaccins recommandés. Ces aspects ne sont pas un détail dans le cadre du PLFSS et dans  un contexte de restrictions budgétaires où il s’agit de définir des priorités en favorisant les actions de santé publique les plus coûts-efficaces (Annexe III).

Dans une perspective de santé publique, il faut savoir qu’il y a en France environ 2700 décès d’enfants de moins de un an, ce qui permet de définir la mortalité infantile, et 4000 décès au total chez les moins de 15 ans. Toutefois, 99% de ces décès ne sont pas évitables par l’extension de la vaccination à huit vaccins supplémentaires. Même dans l’hypothèse irréaliste d’une couverture vaccinale à 100 % et d’une efficacité vaccinale à 100 % stable dans le temps, ce qui signifierait l’éradication de toutes les maladies à prévention vaccinale visées par les recommandations actuelles, les huit vaccins supplémentaires recommandés ne peuvent permettre de prévenir  plus de 1% des décès survenant à ces âges. A titre de comparaison, les causes accidentelles représentent 8 à 9% de la mortalité des moins de 15 ans et 25% des décès soit un décès sur quatre entre 1 et 14 ans.

D’autre part, le  modèle de la rougeole, constamment mis en avant, maladie pour laquelle la diminution du nombre de cas est proportionnelle à l’augmentation de la couverture vaccinale, n’est pas généralisable à toutes les maladies et à tous les vaccins et constitue plutôt une exception.

On peut ainsi noter que parmi les huit vaccins supplémentaires que l’on voudrait rendre obligatoires, certains concernent des maladies qui font déjà l’objet d’une prévention ciblée et qui ne circulent pas parmi les enfants en France.  Ce qui signifie qu’on ne peut pas espérer prévenir des contaminations entre enfants  par l’obligation vaccinale et ainsi  obtenir un  bénéfice en termes de santé publique (hépatite B). Cela signifie aussi que les enfants nés en France admis en collectivité et non vaccinés contre l’hépatite B ne représentent aucun risque pour les autres enfants. Pour d’autres vaccins, ces maladies sont rarissimes même en l’absence de vaccination (méningite à méningocoque C, 120 cas par an en moyenne  dans l’ensemble de la population en l’absence de vaccination et un à  trois décès par an chez les moins de 15 ans). Dans ce cas la vaccination universelle risque de provoquer plus d’effets indésirables graves chez les nourrissons, que de bénéfices dans la population générale. Cette vaccination  est donc préconisée non pour éviter une menace sanitaire grave mais dans l’espoir illusoire, comme le montre l’exemple d’autres pays européens, d’une éradication possible de cette maladie rare. Pour d’autres vaccins enfin, l’efficacité est instable, et leur généralisation a même pu favoriser l’accroissement significatif de la fréquence  dans la population de la maladie que le vaccin devait combattre (vaccin contre le pneumocoque). (voir Annexe III).

Pour chacun des onze vaccins concernés par cette mesure, les parents, vont être privés de la possibilité d’exercer un choix sous peine d’être exposés à des sanctions. Si cette mesure est appliquée, l’absence sur le carnet de santé d’un seul des onze vaccins concernés entraînera pour les parents l’impossibilité d’inscrire l’enfant concerné en collectivité (crèche, maternelle, école, collège, lycée). Le droit d’accéder à l’école étant lui-même étroitement lié à un droit fondamental, celui de l’accès à l’éducation. Or, comment justifier de faire peser de telles contraintes et sanctions sur les parents alors que les risques que feraient courir les enfants non vaccinés à la collectivité sont, pour certains des vaccins concernés par l’obligation groupée, inexistants ou infinitésimaux ?

 On peut faire les mêmes objections pour les bénéfices de santé publique attendus qui sont, pour certains vaccins visés par l’obligation, marginaux ou très discutables.

Les sanctions envisagées apparaissent à la fois critiquables moralement  et éthiquement mais surtout, la privation de la liberté de choix et la lourdeur des sanctions associées posent la question de la proportionnalité des contraintes. Cette proportionnalité garantit la défense des droits fondamentaux en assurant que la puissance publique ne puisse limiter la liberté des citoyens que « dans la mesure indispensable à la protection des intérêts publics ».

A l’aune de cet ensemble d’arguments il nous paraît donc légitime que la représentation nationale donne son avis pour chacun des vaccins concernés et qu’elle le fasse en toute indépendance, sur des critères qui soient clairs, démontrés et pertinents  sans déléguer à un groupe d’experts dont certains présentent des conflits d’intérêts financiers avec les laboratoires pharmaceutiques commercialisant ces vaccins, la responsabilité de décisions qui ne devraient avoir pour seul objectif que la protection des individus, ici des nourrissons et des enfants, et l’amélioration de la santé publique.

L’affaire Levothyrox est également là pour confirmer que le manque d’anticipation des autorités sanitaires, le déficit d’information et de concertation avec les professionnels de santé prescrivant et délivrant ces médicaments, et surtout l’oubli initial qu’il y avait trois millions de patients traités ne pouvaient que mener à des incompréhensions, des souffrances, des non-dits, et des rumeurs. Certains patients sont même allés jusqu’à arrêter leur traitement au risque de mettre leur santé en péril.

Madame la ministre des solidarités et de la santé a placé cette obligation sous le signe de la peur, insistant sur les dix décès dus à la rougeole depuis dix ans, mais n’a pas apporté les preuves que cette obligation serait suivie d’effets positifs à court et à moyen terme tant en termes de baisse de la mortalité et de la morbidité qu’en termes d’écologie infectieuse (apparition de résistances et/ou de changements d’âge de survenue des maladies).

Il nous semble donc impossible que vous puissiez voter cette loi en l'état, sans que les réelles conditions d'un débat démocratique aient été instaurées.

En annexe, plusieurs documents vous sont présentés afin d’illustrer cette lettre et de vous éclairer. L’un d’entre eux, l’annexe III, met en évidence les contradictions et les insuffisances dans les motifs ayant mené à cette décision et fait la démonstration que pour au moins trois vaccins sur les onze concernés par l’obligation cette mesure n’apportera aucun bénéfice de santé publique.

 

 

 

Premiers signataires :

Dr Claudina Michal-Teitelbaum, médecin généraliste

Dr Jean-Claude Grange, médecin généraliste ; Dr Christian Lehmann, médecin généraliste ;

Dr Sylvain Fèvre, médecin généraliste ; Dr Jean-Baptiste Blanc, médecin généraliste ;

Dr Marc Gourmelon, médecin généraliste ; Dr Bertrand Stalnikiewicz, médecin généraliste.

 

 

 

 

Annexe I

 

Evolution de l’adhésion à la vaccination en général (% - base : 18-75 ans) (Annexe rapport concertation p79)

 

 

 

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Annexe II

Tableau de couverture vaccinale , synthèse INVS pour les enfants de 2 ans

Couverture vaccinale BCG, diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, Hib, pneumocoque, hépatite B, ROR et méningocoque C à l’âge de 24 mois, France, 1998-2015 (source : Drees, Remontées des services de PMI – Certificat de santé du 24ème mois ; Echantillon généraliste des bénéficiaires Cnam-TS -  Traitement Santé publique France) (%)

Année de collecte

1998

1999

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2014

2015

Année de naissance

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

BCG

81,1

82,6

83,1

83,9

84,5

84,2

85,1

81,2

 83,3

78,2

44

 

 

 

 

 

 

 

Diphtérie, tétanos primovaccination*

97,3

97,7

98,1

98,1

97,5

96,5

98,5

98,5

98,8

98,8

98,5

98,4

98,5

98,7

98,7

98,5

98,4

98,9

Polyomyélite primovaccination*

97,2

97,6

98

98

97,4

96,2

98,5

98,4

98,7

98,6

98,3

98,4

98,5

98,7

98,7

98,5

98,4

98,9

Diphtérie,tétanos, poliomyélite rappel **

87,6

87,7

88

87,9

88,4

89,3

89,3

89,4

90,8

91,5

91,9

91,7

91,3

91,3

91,7

91,1

 

96,7

Coqueluche primovaccination*

96,4

96,8

97,4

97,5

97,1

96,7

98,2

98,2

98,5

98,4

97,9

98,2

98,2

98,4

98,4

98,3

98

98,6

Coqueluche rappel**

86,7

86,8

87,2

87,2

87,9

88,8

88,9

89

90,3

91

91,1

91,4

90,8

90,5

90,9

90,3

 

96,3

Haemophilus influenzae b primovaccination*

79,4

84,5

86,1

85,8

86,5

86,6

96,6

96,6

97,1

96,7

96,6

97,3

 97,3

97,6

97,5

97,5

97,3

98,0

Haemophilus influenzae b rappel**

 

 

 

 

 

 

87,2

87,5

88,7

88,9

89,3

89,9

89,2

88,6

89

88,4

 

95,7

Pneumocoque conjugué 3 doses

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

88,6

88,8

88,8

89,2

89,3

91,4

Hépatite B 3 doses

27,5

23,9

26

28

29,2

27,6

34,5

35,1

39,3

41,9

47

51,0 

 64,6

 74,2

78,1

81,5

83,1

88,1

ROR 1 dose

82,5

82,7

84,1

84,6

85,9

87,3

87,5

87,2

89,4

90,1

89,1

 

89,2

89,4

90,5

90,3

90,6

90,5

ROR 2 doses

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

60,9

67,3

72

74,5

76,8

78,8

Méningocoque C ***

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

48

54,1

56,4

64

69,8

* Jusqu’en 2014, la primovaccination correspond à 3 doses de vaccin et le rappel à 4 doses.

** A partir de 2015, la primovaccination correspond à 2 doses de vaccins et le rappel à 3 doses. En 2014, les données pour le rappel ne sont pas présentées en raison de la transition entre les deux calendriers vaccinaux.

***Couverture vaccinale estimée à partir des données de l’EGB

 

Suite annexe II : évolution de la couverture pour les huit vaccins recommandés visés par l’élargissement de l’obligation (rougeole-oreillons-rubéole, coqueluche, haemophilus I de type b, hépatite B, pneumocoque, méningite à méningocoque C)

 

 

ror.JPG

                      

NB : la couverture visée pour l’élimination de la rougeole est de 95% pour la première dose et de 80% pour deux doses à deux ans.

 

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Annexe III

 

                                                                 Argumentaire  

 

 

                Le gouvernement et la Ministre de la Santé vous demandent de voter une mesure d’exception en élargissant l’obligation vaccinale et en la faisant passer de trois à onze vaccins, ce qui représente donc huit vaccins supplémentaires entrant dans le cadre d’une obligation. Parmi ces onze vaccins inscrits dans le calendrier vaccinal pour la vaccination universelle des nourrissons trois sont actuellement obligatoires  (diphtérie, tétanos, poliomyélite) et huit sont recommandés [1].

Les précédentes mesures d’obligation vaccinale universelle des nourrissons votées par le parlement français ne concernaient qu’un seul vaccin à la fois et étaient  alors justifiés par des données de santé publique concernant la maladie visée. C’est la première fois dans l’histoire qu’on demande aux parlementaires français de voter  des obligations vaccinales groupées.  Les précédentes mesures d’obligation votées en France au cours du vingtième siècle et encore en vigueur  concernaient la diphtérie en 1938, le tétanos en 1940, et la poliomyélite en 1964. Par la suite, plus aucun vaccin n’a été rendu obligatoire pour la vaccination universelle car, après 1969, l’obligation a été  jugée inefficace et inadaptée vis-à-vis d’une population de plus en plus instruite.

               

LA vaccination ou DES vaccins ? Il y a-t-il un modèle unique pour la vaccination ou les vaccins doivent-ils être évalués un par un ?

 

                C’est le modèle du vaccin contre la rougeole qui est constamment mis en avant dans le discours des autorités pour justifier l’obligation vaccinale. Pour ce vaccin la réduction de la fréquence de la maladie est proportionnelle à la couverture vaccinale

 

On invoque ainsi souvent « l’immunité de groupe », théorie mise au point par Hedrich dans les années 30, justement en observant les épidémies de rougeole et en notant que les épidémies ne se produisaient que lorsque la proportion d’individus immunisés par la maladie était inférieure à un certain seuil.

Par la suite, cette théorie de l’immunité de groupe a été interprétée comme la possibilité d’éliminer une maladie en empêchant l’agent infectieux de circuler dans une population. Ceci pouvait donc être réalisé si une certaine proportion de cette population était immunisée. L’agent infectieux ne circulant plus la maladie devait donc s’éteindre et être éliminée. Les individus non vaccinés seraient ainsi protégés indirectement par les individus vaccinés.

 Dans le cadre de cette théorie des modèles mathématiques établissent, pour chaque maladie,  des seuils minimaux de couverture vaccinale à atteindre pour que la maladie soit éliminée. Ces seuils dépendent notamment de la contagiosité de la maladie.

Et il est vrai que, dans le cas de la rougeole, le nombre de cas symptomatiques et le risque d’épidémies et de complications diminuent lorsque la proportion des individus  vaccinés augmente.

 

Mais le cas de la rougeole n’est pas la règle mais plutôt une exception parmi les maladies à prévention vaccinale.

Par exemple, contrairement à huit vaccins sur les onze visés par l’obligation le vaccin contre la rougeole, comme ceux contre les oreillons et la rubéole avec lesquels ce vaccin est administré sous la forme du vaccin trivalent rougeole-oreillons-rubéole, est un vaccin à virus vivant atténué. Il est donc destiné à provoquer  une véritable infection mais de virulence moindre que l’infection à virus sauvage de telle sorte que celle-ci ne provoque pas de symptômes dans 95% des cas environ. Ces vaccins à virus vivant atténué ont d’ailleurs une autre caractéristique, celle de ne pas nécessiter l’adjonction d’adjuvants.

 

On voit que l’immunité de groupe, présente plusieurs aspects : protection indirecte des individus non vaccinés par les individus vaccinés et, au-delà d’un certain seuil de couverture  vaccinale, variable selon les vaccins, perspective d’élimination de la maladie en empêchant la circulation de l’agent infectieux.

 

                Mais la rougeole présente une configuration qu’on peut qualifier d’idéale et, pour d’autres maladies, le concept d’immunité de groupe ne peut pas fonctionner si un ensemble de conditions ne sont pas remplies.

 

                Pour qu’une perspective d’élimination de la maladie existe il faut que l’agent infectieux n’ait pas d’autre réservoir que l’Homme et ne circule pas dans d’autres espèces ce qui est donc le cas pour la rougeole. Si l’agent infectieux est transmis autrement que de personne à personne on ne peut pas espérer éliminer la maladie. Si la transmission de personne à personne n’existe pas  on ne peut  pas obtenir de protection indirecte et la protection ne peut être qu’individuelle. C’est le cas pour le tétanos transmis à partir de la terre (réservoir de la bactérie clostridium tétani tellurique).

Pour que la fréquence de la maladie diminue en proportion de l’augmentation de la couverture vaccinale il faut que la pression de sélection exercée par la vaccination ne modifie pas l’agent infectieux au point de le rendre résistant au vaccin. Face à un vaccin vivant, le virus de la rougeole s’est montré génétiquement stable.

Pour qu’un bénéfice de santé publique existe il ne faut pas que l’agent infectieux visé soit remplacé par un autre de virulence égale ou supérieure occupant la même niche écologique.

 

Cette liste de conditions n’est pas exhaustive, mais permet de remettre en question la théorie qui voudrait réduire l’ensemble des vaccins à un même modèle où les bénéfices apportés par une vaccination universelle seraient simples, constants et proportionnels à la couverture vaccinale.

 

 

Voici trois exemples de vaccins faisant partie du groupe des huit vaccins que la nouvelle loi rendrait obligatoires, qui ne remplissent pas les conditions pour représenter un apport de santé publique justifiant l’obligation et les sanctions lourdes imposées aux parents.

 

La proportionnalité des contraintes peut alors être mise en cause.

 

Le vaccin contre la méningite à méningocoque C

 

Prenons comme exemple la méningite à méningocoque C, efficacement contrôlée en France par une stratégie de vaccination ciblée autour des cas pendant les années 90 à 2010 . Cette stratégie, consistant à mobiliser les moyens publics pour prévenir d’autres cas dès qu’un cas de méningite se déclare a probablement contribué à réduire l’incidence de l’ensemble des méningites à méningocoque  en France et à classer notre pays parmi les pays à faible incidence pour l’ensemble des méningites à méningocoque avec moins de 1 cas pour 100 000 habitants par an (environ 600 cas) au début des années 2000. Les pays dits «  à forte incidence » comme la Grande Bretagne, l’Espagne ou l’Irlande, comptaient alors plus de 4 cas pour  100 000 habitants par an.

 

Le méningocoque est une bactérie et il existe plusieurs groupes  de méningocoque. Les groupes  A, B, C , W et Y, occupant tous la même niche écologique.

 

Le méningocoque du groupe  C est le deuxième groupe  de méningocoque le plus fréquent en France et en Europe après le méningocoque du groupe  B qui représente environ 70% des cas.

 

Avant  2010 et les recommandations de vaccination universelle des nourrissons, la France, faisait partie des pays à faible incidence pour les infections dues au méningocoque du groupe C avec 120 cas par an en moyenne de méningite dus à cette bactérie entre 1990 et 2010. Dit autrement, cela représente 2 cas par million d’habitants  ou 0,2 cas pour 100 000.  Avec  une létalité  de l’ordre de 11% , cela signifie qu’environ 15 décès par an dans l’ensemble de la population dont 1 à 3 décès en moyenne avant 15 ans sont provoqués par cette bactérie [2].

 

 Les méningocoques sont des bactéries habituellement présentes dans le pharynx et le méningocoque du groupe C est présent  dans le pharynx de 10% de la population sans provoquer de symptômes. C’est ce que l’on appelle le portage asymptomatique des porteurs sains.

 

 

La stratégie de vaccination ciblée autour des cas de méningite utilisée en France avant 2010 s’oppose à celle de la vaccination  universelle des nourrissons. La vaccination universelle contre la méningite à méningocoque C est  recommandée pour les nourrissons en France depuis 2010.

 

 

 

Pour le vaccin contre le méningocoque du groupe C, les effets indésirables graves  du vaccin, nécessitant à minima une hospitalisation, seraient de l’ordre de un pour 20 000 doses de vaccin (ou 5 pour 100 000 doses), augmentant, logiquement, avec le nombre de doses [3].

 

En 2010, on a d’abord recommandé la vaccination par une seule injection de vaccin administrée à l’âge de 12 mois de manière concomitante au vaccin triple contre la rougeole les oreillons et la rubéole. En plus de cette vaccination, le  Haut Conseil pour la Santé publique (HCSP) a recommandé une vaccination de rattrapage par une dose de vaccin jusqu’à 24 ans représentant environ 18 millions de doses de vaccin. Le rapport coût efficacité de cette mesure était jugé mauvais, même avec des hypothèses optimistes de succès.

 

Depuis janvier 2017, le HCSP a ajouté une deuxième dose de vaccin à l’âge de 5 mois en primo vaccination.

La vaccination recommandée consiste donc désormais en une primo-vaccination à 5 mois et un rappel à 12 mois par un vaccin  polyosidique conjugué à l’anatoxine tétanique. Il s’agit du vaccin Neisvac du laboratoire Pfizer qui est le seul qui possède l’AMM pour ce schéma vaccinal. La vaccination de rattrapage est toujours recommandée.

 

La protection conférée par ce vaccin, avec deux ou même trois doses  ne persiste que quelques années lorsqu’on vaccine des nourrissons ou des jeunes enfants. Cela était connu et mentionné dans l’avis du HCSP recommandant la vaccination datant de 2010.

 

L’objectif affiché, officiel, de cette vaccination serait de diminuer fortement le portage pharyngé, c'est-à-dire la présence chez 10% de la population  environ, de méningocoques de type  C , en espérant ainsi éliminer totalement l’infection par ce sérogroupe.

 

Mais la vaccination   ne peut pas garantir, même avec une couverture à 100% par deux doses comme cela est recommandé depuis janvier 2017,  l’élimination de la maladie.

Sans compter que avec deux doses pour une maladie aussi rare, même dans l’hypothèse d’une efficacité maximale, le rapport coût-efficacité de ce vaccin devient très défavorable et dépasse largement le seuil habituellement toléré de 50 000 euros par année de vie théoriquement gagnée selon des hypothèses d’efficacité souvent optimiste.

 

L’exemple  britannique, comme celui  d’autres pays européens, où la vaccination a été généralisée depuis plus de 15 ans, a démontré que l’élimination n’était pas un objectif accessible.

 

En Grande Bretagne, qui est un pays où les infections à méningocoque C rapportées par le système de surveillance étaient environ 10 fois plus fréquentes qu’en France avant la vaccination,  trois doses  de vaccin ont été recommandées depuis 1999 chez le nourrisson de moins de un an, avec une couverture vaccinale très rapidement supérieure à 90%.

Après plus de 15 ans de vaccination universelle par trois doses et malgré l’introduction d’un rappel à l’adolescence,  le nombre de cas de méningite à méningocoque C, a été réduit sans que la maladie ne soit éliminée.

Le niveau actuel du nombre de cas de méningite à méningocoque de type C en Grande Bretagne est comparable à celui de la France (30 à 40 cas par an) . En outre, un autre méningocoque (groupe W) émerge fortement chez les adolescents depuis que le rappel à l’adolescence a été recommandé et génère des épidémies chez les collégiens nécessitant des campagnes de vaccination massives et spécifiques.

Globalement, la vaccination de masse  contre la méningite à méningocoque dans certains pays européens n’a pas modifié le classement des pays. Malgré la vaccination les pays à forte incidence pour le méningocoque sont restés ceux où ces infections sont les plus fréquentes [13].

 

En Grande Bretagne, le méningocoque du groupe W semble bien  prendre la place laissée vacante par le  méningocoque du groupe C. et à l’échelle européenne, la fréquence des infections par le méningocoque du groupe Y est en augmentation.

 

D’autre part s’il existe une réduction importante des méningites à méningocoque en Europe, pendant les années 2000, cela est dû en grande partie à l’importante diminution de la fréquence des infections par les méningocoques du groupe B. Le nombre de cas pour ce groupe est passé de 3400 en 2007 à 1766 en 2014 [4], soit une diminution de 50% en 8 ans.

Le mérite du vaccin contre le méningiocoque du groupe B ? Non, puisqu’il n’y avait pas de vaccin contre le méningocoque du groupe B. Cette évolution est probablement due à la réduction de certains facteurs de risque connus pour favoriser l’infection comme la promiscuité, et le tabagisme. Donc à l’amélioration de facteurs socio-économiques et relevant de la prévention.

 

Devant une maladie aussi rare et bien contrôlée par la vaccination ciblée,  la stratégie de vaccination universelle, qui risque de beaucoup augmenter le nombre d’  effets indésirables cheez les nourrissons sans permettre un bénéfice de santé publique, est discutable et ne représente pour le moins pas une urgence de santé publique.

 

Le rapport coût-efficacité de ce vaccin pour deux doses dépasse le niveau acceptable, même dans les hypothèses les plus optimistes sur son efficacité.

Compte tenu de la rareté de la maladie en France, de l’efficacité très partielle du vaccin, le risque que font courir des enfants non vaccinés à la collectivité est très discutable.

 

 

 

 

 

 

Voici deux autres exemples de vaccins pour lesquels la vaccination universelle obligatoire a un intérêt très discutable.

 

 

 

 

 

Vaccin contre l’hépatite B : pourquoi augmenter la couverture vaccinale des nourrissons ne peut apporter aucun bénéfice

 

Les vaccins contre l’hépatite B commercialisés en France , sont les vaccins hexavalents des laboratoires Sanofi et GSK et des vaccins monovalents, ne contenant que les vaccins contre l’hépatite B, de ces mêmes laboratoires. Les vaccins hexavalents sont administrés à 2, 4 et 11 mois selon les recommandations inscrites au calendrier vaccinal.

 

L’hépatite B est une maladie virale qui se transmet essentiellement par voie sexuelle,   et par voie sanguine (toxicomanie , tatouages, activité professionnelle pour les professionnels de santé notamment) dans les pays à hauts revenus, et qui touche le foie.  Dans les pays pauvres d’Afrique noire et d’Asie du Sud-Est elle se transmet fréquemment de la mère à l’enfant pendant la grossesse, et aussi, parfois, entre enfants ou entre parents et enfants. Ce sont essentiellement les porteurs de la forme chronique qui transmettent la maladie.

 

En France, où la maladie est beaucoup plus rare sous ses différentes formes,   la transmission entre enfants n’existe pas, et la transmission entre parents et enfants après la naissance  est exceptionnelle et concerne très majoritairement les groupes à risque, c'est-à-dire des enfants ou adultes nés à l’étranger,  dans des pays à forte incidence. Le virus ne circule donc pas parmi les enfants et ne sera pas transmis en collectivité.

 

L’infection se présente  principalement sous trois formes : les nouveaux cas peuvent être aigus symptomatiques, la personne déclenche alors la maladie pendant quelques semaines, ou aigus asymptomatiques. Cette dernière forme représente environ 60% de ces nouvelles infections. La personne est alors infectée mais l’infection passe inaperçue. Une personne ainsi infectée sera immunisée par la suite.

Les enfants de plus de 5 ans et les adultes guérissent de l’infection et sont immunisés dans 95 à 98% des cas. Dans les 2 à 5% des cas restants la maladie peut devenir chronique. Dans ce cas, le virus dégrade progressivement le foie, et une personne sur cinq parmi celles présentant une forme chronique va évoluer, généralement au bout de plusieurs décennies, vers la cirrhose. Pour les enfants de plus de 5 ans et les adultes le risque d’évolution vers la cirrhose est donc de d’environ un  pour 100 personnes infectées.

 

Pour les jeunes enfants le risque de passage à la chronicité est plus important. Il va de 90% à la naissance, lorsque la mère est infectée et transmet le virus à l’enfant, puis diminue à 50% après 6 mois puis à 30% entre 1 et 4 ans  [5]. En France, les femmes enceinte sont dépistées systématiquement, depuis 1993, pour savoir si elles sont porteuses de la forme chronique de  l’hépatite B. Cela permet de faire une prévention à la naissance qui réduit de plus de 90% le risque d’infection du nouveau-né et de passage à la chronicité.  Aucun nourrisson ne peut naître dans un hôpital ou clinique en France sans que l’on sache si lui ou sa mère sont porteurs du virus .

 

Les cas d’hépatite B sont en constante diminution en France depuis le milieu des années 80 et donc avant  la campagne de vaccination menée au milieu des années 90 [6].

L’INVS estime actuellement à 291 cas le nombre d’hépatites aigües en France, ce qui représenterait quelques 700 infections  annuelles en tenant compte des cas asymptomatiques  [7]. Parmi ces cas 90% sont des adultes. D’autre part, plus de 80% des nouveaux cas d’hépatites chroniques en France sont constatées chez des personnes nées à l’étranger.

 

Si l’on tient compte des nouveaux cas d’hépatite aigüe cela signifie que le nombre de cas d’enfants habitant en France contractant une infection par le virus de l’hépatite B est très faible, quelques 70 par an. Une étude britannique, réalisée alors que le dépistage systématique des mères n’existait pas au Royaume Uni, montrait que 50%  des enfants porteurs d’une hépatite B chronique étaient nés à l’étranger et que 25% autres  avaient des parents nés dans des pays à forte incidence pour l’hépatite B [8].

 

Autant dire, que, avec 70 cas chez les enfants et un risque de 1% de cirrhose parmi ces cas on ne peut espérer empêcher aucun cas de cirrhose en vaccinant des enfants nés en France de parents sans facteurs de risque particulier, qui représentent quelques 90% des enfants vaccinés.

 

Ce sont pourtant les 1500 cas de cirrhose qui sont mis en avant pour justifier la vaccination des nourrissons.

 

On peut retorquer que le vaccin protégera ces enfants à l’âge adulte. Mais la raison pour laquelle la vaccination universelle contre l’hépatite B des nourrissons n’a pas d’utilité en termes de santé publique  est aussi la durée de protection limitée du vaccin. Le groupe d’experts  SAGE (Strategic advisory group of experts) de l’OMS  a établi  qu’aucune protection n’avait été démontrée pour des enfants vaccinées jeunes à l’âge adulte [9].

 

Pour un tel vaccin l’obligation vaccinale pour l’ensemble des nourrissons nés en France dont la quasi-totalité subiraient les risques d’effets indésirables associés au vaccin, sans pour autant pouvoir en attendre le moindre bénéfice, serait  totalement injustifiable.

 

Il faut ajouter aux considérations épidémiologiques des considérations commerciales et noter que les laboratoires GSK et Merck ont acheté les brevets les plus importants pour ce vaccin ce qui leur permet de bénéficier financièrement de tous les vaccins contenant la valence hépatite B distribués dans le monde [10]. Or, l’influence des laboratoires dans la recherche et les décisions concernant les vaccins se manifeste notamment à travers les conflits d’intérêts et n’est pas absente en France.

 

Vaccin contre le pneumocoque

 

Il ‘agit du Prevenar 13, vaccin du laboratoire américain Pfizer. Ce vaccin est indiqué pour la  vaccination universelle par trois doses à 2 mois 4 mois et 11 mois en même temps que le vaccin hexavalent. Il n’est pas indiqué  chez les enfants en bonne santé après l’âge de deux ans car le taux d’infections invasives à pneumocoque diminue très rapidement après cet âge .

 

Le pneumocoque est une bactérie qui est considérée comme un hôte normal du pharynx. 60 à 70% des enfants  de moins de 2 ans sont des porteurs sains de cette bactérie. Ils en ont dans le rhinopharynx et peuvent la transmettre sans être malades. Le portage diminue avec l’âge et devient faible vers 8 ans. Le portage permet l’immunisation des enfants contre les sérotypes concernés.

 La transmission du pneumocoque se fait par les gouttelettes de salive.

 

A la faveur de facteurs favorisants, comme les traitements antibiotiques, la promiscuité, l’exposition à la fumée du tabac, ces bactéries peuvent coloniser le pharynx et provoquer des otites ou des pneumonies. Beaucoup plus rarement, en particulier chez des enfants fragiles comme les nourrissons prématurés ou les enfants porteurs de maladies chroniques ces bactéries peuvent provoquer des infections invasives à pneumocoque en passant dans le sang (bactériémies et septicémies) , ou dans les méninges (méningites).

 

Comme pour la plupart des maladies infectieuses, le risque des infections invasives est relativement plus important chez les enfants de moins de deux ans pour qui les infections invasives à pneumocoque représentaient 27 cas pour 100 000 nourrissons avant l’introduction du vaccin. Toutefois cette tranche d’âge ne représente que 5 à 10% de l’ensemble des   infections invasives à pneumocoque tous âges confondus.

 

Le pneumocoque comporte 91 sérotypes capsulaires différents, et chaque sérotype répond à des anticorps différents et nécessite donc une immunisation spécifique . Les infections invasives à pneumocoque auront statistiquement plus de risques de se produire si des circonstances favorisantes interviennent .

 Ces circonstances, décrites ci-dessus, tiennent principalement à l’état de santé des enfants et à leur environnement  (notamment exposition au tabac) mais aussi aux modes de garde ou à l’importance de la fratrie, sont connues.

 Les sérotypes impliqués dans les infections invasives à pneumcoque ne sont pas les mêmes selon les pays. Il y a, par exemple, une différence importante, de l’ordre de 20%, entre les sérotypes retrouvés dans le pharynx en Amérique du Nord et en Europe.

Les sérotypes impliqués varient aussi avec l’âge et avec la pathologie. Ils ne sont pas les mêmes aux différents âges et ne sont pas les mêmes pour les méningites à pneumocoque, les otites ou les pneumonies.

 

Cette variabilité des sérotypes impliqués dans les manifestations cliniques et présents dans le pharynx est due à  la grande capacité d’adaptation de cette bactérie.

 Les différents sérotypes peuvent échanger du matériel génétique entre eux et ainsi modifier leurs antigènes capsulaires pour échapper aux anticorps dirigés contre eux : c’est ce qu’on appelle le switch capsulaire.

Le pneumocoque est aussi capable de s’adapter  aux pressions de sélection, telle celle exercée par le vaccin, en remplaçant des souches présentes dans le vaccin par d’autres : c’est le phénomène de remplacement.

 

Le Prevenar 7, contenant 7 sérotypes du pneumocoque introduit en France au début des années 2000, était conçu par le laboratoires américain Wyeth pour combattre les infections invasives dues au pneumocoque chez les enfants de moins de 5 ans aux Etats-Unis.  Dans ce pays il couvrait plus de 95% des sérotypes retrouvés dans des infections invasives dans cette tranche d’âge  mais seulement 65%   des sérotypes des enfants de moins de deux ans en France.

Aux Etats-Unis le vaccin fut généralisé d’emblée.

 

L’idée était de diminuer le portage rhinopharyngé  du pneumocoque par les jeunes enfants afin de diminuer la fréquence globale des infections graves à pneumocoque. On pensait que la diminution allait être proportionnelle à la présence des sérotypes  couverts par le vaccin. Par effet indirect, on pensait pouvoir diminuer dans des proportions semblables l’ensemble des infections invasives à pneumocoque dans la population.

 

Ces projections péchaient, comme souvent s’agissant de vaccins,  par un excès d’optimisme.

 

En France, le CSHPF  (Conseil Supérieu d’hygiène publique de France) voulut d’abord limiter la recommandation de vaccination aux groupes à risque  et aux enfants exposés à la vie en collectivité ou avec des fratries nombreuses.  La crainte du comité était aussi qu’un phénomène de remplacement des sérotypes ne se produise neutralisant ainsi l’effet positif du vaccin d’un point de vue de santé publique . Il estimait que l’effet espéré du vaccin : éviter de 8 à 45 décès par an et 54 séquelles, n’était pas suffisant pour justifier une vaccination universelle, compte tenu du risque de remplacement des souches et des effets indésirables [11].

 

Mais sous la pression commerciale du laboratoire les pédiatres, en dehors de toute recommandation officielle, élargirent la cible vaccinale en vaccinant  50% des enfants de moins de deux ans en 2006. Le CSHPF, subissant lui aussi les pressantes demandes du laboratoire et des experts prit acte de cette situation et recommanda le vaccin pour la vaccination universelle des nourrissons en juin 2006.

 

Néanmoins, comme le résume un avis du HCSP daté de 2012 [12], la généralisation du vaccin produisit une pression de sélection forte sur le pneumocoque provocant le phénomène redouté par le CHSPF en 2002,  le remplacement des souches présentes dans le vaccin. 

 

Un autre phénomène inquiétant, qui n’avait pas été anticipé, se produisit sous la pression du vaccin, l’émergence rapide d’un sérotype  peu présent auparavant, multirésistant aux antibiotiques et souvent  létal, le sérotype 19A. Celui-ci devint prédominant chez les enfants de moins de deux ans, représentant  jusqu’à 30% des sérotypes impliqués dans des infections invasives à cet âge.

 

 

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 A partir de 2004, la généralisation de la vaccination se traduisit par le remplacement rapide dans toutes les tranches d’âge des souches présentes dans le vaccin. Il y eut une diminution modérée de la fréquence des infections invasives avant l’âge de deux ans avec une augmentation de la proportion des sérotypes 19A mais une augmentation de la fréquence des infections invasives à pneumocoque dans toutes les autres tranches d’âge.

 

Les infections avant 2 ans ne représentant que 5 à 10% de l’ensemble des infections invasives à pneumocoque, pendant la période allant de 1998 à 2002 et 2008-2009, il y eut, d’après le HCSP, 1618 cas supplémentaires d’infection invasive à pneumocoque dans l’ensemble de la population chaque année faisant passer leur nombre de 3800 à 5400 par an environ.

 

En 2006, déjà, dans la population des moins de 18 ans, il y avait plus de méningites à pneumocoque chez les vaccinés que chez les non vaccinés [13].

 

Malgré cette augmentation globale, du nombre de cas d’infections invasives, malgré les échecs vaccinaux de plus en plus nombreux et les effets indésirables graves constatés par la pharmacovigilance, parmi lesquels des décès de nourrissons, le HCSP ne souhaita pas revenir sur l’indication de vaccination universelle.

On peut  légitimement penser qu’entre 2006 et 2010 la vaccination fut non seulement inutile mais nuisible à la santé publique ne faisant que contribuer à augmenter le nombre d’infections invasives et provoquant, de plus, de nombreux effets indésirables.

 

En ce qui concerne les effets indésirables graves, nécessitant des hospitalisations, pouvant laisser des séquelles ou causant le décès, leur fréquence selon les déclarations spontanées varie d’une période à l’autre. Lors de la première période de  vaccination ciblée, pendant 19 mois, où on vaccina les enfants à risque et où l’on mit en place une pharmacovigilance renforcée on déclara 8,4 effets indésirables graves ou inattendus pour 100 000 actes (mais pas de décès). Cela correspond environ à 20 effets indésirables graves pour 100 000 vaccinés ou un effet indésirable grave pour 5000 enfants vaccinés. Dans 67% des cas le Prevenar était administré seul [14] .

 

Pendant la période de surveillance suivante, de 2004 à 2007, où la surveillance n’était plus renforcée, 221 effets indésirables graves soit un taux de 2,8 effets indésirables graves pour 100 000 doses furent déclarés. Parmi ces effets indésirables des convulsions hyperthermiques, des purpuras thrombopéniques, des décès considérés comme des morts subites et 60 cas d’infections invasives à pneumocoques dont 43 méningites.  Le sérotype était connu dans 32 cas et il s’agissait du 19A dans 12 cas c'est-à-dire dans 37% des cas où le sérotype était connu.  Dans 70% des 221 effets indésirables graves les nourrissons guérirent sans séquelles, dans 15 cas ils gardèrent des séquelles, il y eut 12 cas d’évolution fatale, dont 11 suite à des infections à pneumocoque [15].

 

Ces 12 décès en 39 mois représentent un nombre important quand on sait que, avant la vaccination, entre 2000 et 2002, le nombre de décès  annuels dus à des infections invasives à pneumocoque  chez les nourrissons de moins de un an était de 9 en moyenne.

 

En 2010 fut introduit un nouveau vaccin, le Prevenar 13, contenant  six sérotypes supplémentaires dont le 19A.

 

Ce nouveau vaccin permit de réduire jusqu’à environ 28% l’incidence globale des infections invasives à pneumocoque et jusqu’à 66% celle des nourrissons de moins de un an. Mais, dès 2015, son efficacité s’épuisait de par le remplacement des sérotypes vaccinaux et l’incidence des infections invasives à pneumocoque augmentait à nouveau, en particulier chez les nourrissons de moins de un an (cf Epibac).

 

Le dernier bilan de pharmacovigilance, en 2015, montrait, entre 2010 et fin 2014, donc sur 5 ans, 252 effets indésirables graves soit un pour 12000 enfants vaccinés et 12 décès dont 5 ont été jugés imputables au vaccin [16].

 

Le bilan de 13 années de vaccination est une diminution de 1,8% de l’incidence  globale des infections invasives à pneumocoque par rapport à la période allant de 1998 à 2002 comparée à l’ensemble de la période de vaccination  (de 9,16 pour 100 000 à 8,99 pour 100 000). Tandis que les effets indésirables graves seraient  au minimum de 70 à 160 par cohorte d’enfants vaccinés chaque année selon les déclarations spontanées d’effets indésirables . Si on estime que quelques 8 millions de nourrissons ont été vaccinés cela représenterait  au moins 700 à 1600 effets indésirables graves chez des nourrissons.

 

Pendant la prériode  de vaccination, le portage pharyngé chez les enfants de 6  à 23 mois est passé de 71 à 60% et n’a pas été réduit de manière importante. De plus les sérotypes qui ont remplacé ceux présents dans le rhinopharynx à la période pré-vaccinale ont le même potentiel pour générer des infections invasives  (CNR pneumocoque, rapport 2015).

 

 Enfin, le vaccin perd actuellement son efficacité sur plusieurs sérotypes vaccinaux qui s’y sont adaptés : il s’agit des sérotypes 3 et 19F et surtout du 19A dont nous avons évoqué la virulence particulière (rapport du centre national de référence).

 

Le bénéfice du vaccin sur les pneumonies ou les otites n’a pas été démontré en France mais uniquement aux Etats-Unis, dans le cadre d’études de faible qualité financées par le laboratoire commercialisant le Prevenar.

 

Le cas de la France n’est pas isolé en Europe et la réduction de l’incidence des infections invasives à peumocoque dans les pays nordiques, avec des couvertures vaccinales très élevées, n’a pas dépassé 20% .

 

Pour l’aspect financier, le vaccin Prevenar représente pour le laboratoire Pfizer un chiffre d’affaires de 6 milliards de dollars chaque année soit environ 12% de son chiffre d’affaires.

 

Existe-t-il des alternatives à la vaccination universelle ?

 

Lorsque la vaccination universelle ne présente pas une utilité évidente, une alternative bien connue est la vaccination ciblée des groupes à risque. Elle permet d’optimiser le rapport bénéfice-risque en ne vaccinant que les personnes qui ont le plus de risques de contracter la maladie et en évitant aux autres de subir les effets indésirables alors qu’un  bénéfice faible  ou nul est attendu.

 

C’est une stratégie de contrôle de la maladie qui permet souvent d’en diminuer la fréquence sans l’éliminer mais aussi  de diminuer les coûts et les effets indésirables de la vaccination. Or, plusieurs vaccins visés par l’obligation présentent un rapport coût efficacité  défavorable. Et ces évaluations médico-économiques ne tiennent compte que du prix du vaccin et ne prennent pas en compte les coûts spécifiques comme les consultations spécifiques nécessaires, le financement des centres de vaccination et la promotion des vaccins par les agences publiques.

Il faut aussi noter que la charge de l’indemnisation en relation avec les effets indésirables reviendra intégralement à l’Etat, donc au contribuable, en cas d’obligation.

 

La vaccination ciblée devrait toujours s’appliquer quand la vaccination universelle n’est pas adaptée à l’élimination de la maladie.

 

Nous avons vu aussi que des mesures de prévention non spécifiques, comme la réduction du tabagisme et de l’exposition passive au tabac, pouvaient probablement avoir un impact très favorable sur certaines formes graves d’infections bactériennes visées par la vaccination.

 

 

Il faut rappeler qu’il  y a en France 73 000 décès attribuables au tabac  et 49 000 décès attribuables à l’alcool et que la France est mal classée au sein de l’OCDE pour la mortalité prématurée due à ces fléaux. L’épidémie d’obésité continue sa progression, par ailleurs, dans les couches défavorisées de la population et chez les adultes.

 

 On peut envisager que dans une période de restriction budgétaire dont on n’aperçoit pas la fin les fonds destinés à la prévention pourraient être mieux utilisés que sur des interventions ayant un mauvais rapport coût efficacité, bénéfice-risque et une portée très limitée en termes de santé publique.

 

Regagner la confiance ?

 

                Nous avons décrit les raisons principales de l’infléchissement de la confiance dans notre lettre. Néanmoins, il y en a d’autres.

                Lorsque l’Etat, les institutions et les agences ne garantissent pas l’indépendance des experts et des commissions émettant des avis, la  population se tourne vers d’autres sources d’information en cherchant des réponses sur le rapport bénéfice-risque des vaccins, sans être pour autant fondamentalement opposée, pour la majorité de ceux qu’on appelle « les hésitants », au principe de la vaccination.

 

                Or, la compostion de la nouvelle Commission technique de vaccination, rattachée à la HAS, qui a pour présidente le Pr Elizabeth Bouvet, n’est pas de nature à renforcer la confiance.

 

                En effet, il faut savoir que quatre laboratoires seulement détiennent la totalité du marché des vaccins utilisés pour la vaccination universelle du nourrisson de l’enfant et de l’adolescent en France. Il s’agit des laboratoires Sanofi, GSK, Pfizer et MSD.

 

                On peut trouver sur le site de la HAS, deux déclarations publiques d’intérêts dy Pr Bouvier où elle déclare avoir perçu  environ 20 000 euros de rémunération de la part de divers laboratoires entre 2014 et 2017, mais les chiffres varient d’une déclaration à l’autre [17] , [18]. Mais elle déclare aussi qu’un organisme qu’elle préside, le GERES, groupe d’étude sur le risque d’exposition des soignants, a perçu 500 000 euros en 2012 de la part de divers organismes privés dont les quatre laboratoires dominant le marché des  vaccins en France. Sa déclaration sur le site de la HAS apparaît très incomplète au regard des données accessibles sur le site de la base transparence santé où on peut voir qu’entre 2012 et 2016, Mme Bouvet a reçu 47 avantages et signé 26 conventions avec des laboratoires pharmaceutiques, et notamment les quatre précédemment mentionnés.

 

                Est-ce de nature à permettre un regain de confiance ?

 

 

En conclusion on peut dire, que contrairement aux arguments utilisés pour justifier l’extension de l’obligation vaccinale à 11 vaccins, il n’y a pas, en France, de réduction nette de la couverture vaccinale des nourrissons mais seulement la crainte d’une réduction de cette couverture. L’obligation  vaccinale ne garantit pas une augmentation de la couverture vaccinale et l’augmentation de la couverture vaccinale et aucun bénéfice de santé publique significatif ne peut être espéré pour certains de vaccins concernés par l’extension de l’obligation.

 

Lorsqu’une population éduquée et informée manifeste le désir de comprendre le rapport bénéfice-risque des vaccins qu’on administre à ses enfants la réponse ne peut pas être la coercition car cela est à la fois contraire aux droits des malades et aux principes juridiques garantissant la pérennité de la démocratie.

 

 

Nous contestons la légitimité de cette mesure d’obligation « en bloc » pour huit vaccins supplémentaires et mettons en cause la proportionnalité des sanctions infligées aux parents par rapport aux objectifs de santé publique qu’on peut espérer pouvoir atteindre par cette mesure.

 

Nous vous demandons donc de ne pas voter cette mesure et de demander que l’obligation puisse être examinée par les parlementaires vaccin par vaccin, et en s’appuyant sur une expertise  indépendante.

 

 

 

 

 

[1] Ces  onze vaccins comprennent les vaccins contre la diphtérie (D), le tétanos (T) et la poliomyélite (P), actuellement obligatoires, et également le vaccin contre la coqueluche (C), contre l’haemophilus (Hib)B et l’hépatite B (HépB). Ce n’est que depuis 2006, le CSHPF a recommandé d’associer aux vaccins DTPCHib le vaccin contre l’hépatite B .

Ces 6 vaccins sont regroupés au sein d’un vaccin multivalent dit « hexavalent » dont il existe deux versions commercialisées en France, la plus utilisée étant l’Infanrix hexa du laboratoire GSK, la deuxième étant l’Hexyon de Sanofi Pasteur. 

Les onze vaccins comprennent aussi le vaccin contre les infections invasives à pneumocoque, le Prevenar13 du laboratoire Pfizer. Ce vaccin est dirigé contre 13 souches de pneumocoque, alors qu’il en existe une centaine. D’abord recommandé pour les groupes à risque au début des années 2000, le CSHPF puis en vaccination universelle depuis 2006 .

 Ces deux premiers vaccins, hexavalent et celui  contre les infections invasives à pneumocoque,  sont des vaccins inactivés, particulaires,  des anatoxines  ou des vaccins protéiques recombinants qui sont recommandés dans le calendrier vaccinal à 2 mois 4 mois et 11 mois de manière concomitante.

Il faut y ajouter 3 vaccins à virus  vivants atténués contre la rougeole , la rubéole et les oreillons, associés dans un vaccin multivalent,  qui sont recommandés à 12 mois et dont une deuxième dose est recommandée depuis 2005. D’après le calendrier vaccinal 2017 cette deuxième dose doit être effectuée entre 16 et 18 mois. Deux vaccins associant les trois virus sont commercialisés en France, le Priorix de GSK et le M-M-RVAXPRO du laboratoire MSD.

Depuis 2010, le vaccin contre le méningocoque du groupe C, une des multiples bactéries pouvant provoquer des méningites  et des infections invasives est recommandé aussi chez le nourrisson à l’âge de 12 mois. Depuis janvier 2017  le HCSP a souhaité ajouter une deuxième dose de ce vaccin à 5 mois. Le seul vaccin recommandé à cet effet et commercialisé en France est le Neisvac du laboratoire Pfizer.

Ainsi, depuis le début des années 2000, trois vaccins supplémentaires (hépatite B, pneumocoque, méningite à méningocoque C) ont été ajoutés au calendrier vaccinal pour la vaccination universelle des nourrissons Cela représente au total 8 valences  supplémentaires de vaccins entre 0 et 18 mois (3 contre l’hépatite, 3 contre le pneumocoque, 2 contre la méningite à méningocoque C).

 Un quatrième vaccin oral, le vaccin contre le rotavirus  destiné à combattre certaines gastro-entérites virales chez le nourrisson a , en outre, été recommandé. Mais le processus menant à la décision de remboursement du vaccin a été interrompu en mai 2015 en raison d’effets indésirables notifiés spontanément anormalement fréquents et graves et à un âge très précoce (invaginations intestinales, nécroses intestinales, décès…) http://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=...

[2] INVS, les infections invasives à méningocoque en France en 2014. http://invs.santepubliquefrance.fr/Dossiers-thematiques/M...

 

 

[2] Commission technique de vaccination , HAS https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2755844/fr/commis...

« La commission a pour missions, dans le cadre de la participation de la HAS à l’élaboration de la politique de vaccination, de préparer les délibérations du collège relatives notamment :

  • aux recommandations vaccinales, y compris en urgence à la demande du ministre chargé de la santé ;
  • au calendrier vaccinal arrêté par le ministre chargé de la santé ;
  • aux mentions minimales obligatoires des campagnes publicitaires portant sur des vaccins. »

[3] Bulletin d’information du département de pharmacologie du CHU de Bordeaux, N° 64, décembre 2004. http://www.pharmacologie.u-bordeaux2.fr/documents/pharmac...

[4] Rapports annuels européens sur les infection invasives de l’ECDC

[5] Antona D., Hépatite B en France. Aspects épidémiologiques et stratégie vaccinale, INVS, 2004. http://opac.invs.sante.fr/doc_num.php?explnum_id=3713

[6]  INSERM , Incidence et prévalence de l’hépatite B en France , http://www.ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/205/?s... .

 

[7]  Cécile Brouard. INCIDENCE ET MODES DE TRANSMISSION DE L’HÉPATITE B AIGUË DIAGNOSTIQUÉE EN FRANCE, 2012-2014, Santé Publique France déc 2016. http://invs.santepubliquefrance.fr//beh/2016/13-14/pdf/20... .

 

[8]   Shalez N, Epidemiology and Clinical Features of Childhood Chronic Hepatitis B Infection Diagnosed in England, Pediatric Infectious Disease Journal, Vol. 33, No. 2, 02.2014, p. 130-135. https://kclpure.kcl.ac.uk/portal/en/publications/epidemio...

 

[9]  http://www.who.int/immunization/hepb_grad_duration.pdf

 

[10]   IP Handbook of best practices , DNA Hepatitis B Vaccine: International Vaccine Institute, Korea. http://www.iphandbook.org/handbook/case_studies/cs09/

 

[11]   CSHPF, Avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France, section maladies transmissibles

Relatif à la vaccination par le vaccin pneumococcique hexavalent. Séance du 8 mars 2002.

 

[12]  HCSP, Vaccination du nourrisson contre les infections invasives à pneumocoque par le vaccine pneumcoccique 13 valent, 02/02/2012.

 

[13]  Lévy, Méningites à pneumocoque de l’enfant en France : 832 cas de 2001 à 2007

Pneumococcal meningitis in children in France: 832 cases from 2001 to 2007

Archives de pédiatrie
Volume 15, n° S3
http://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=...

[14]  Bensouda-Grimaldi, Suivi de pharmacovigilance du vaccin Prevenar , Archives de pédiatrie, janvier 2007. http://www.em-consulte.com/en/article/64571

 

[15]  Commission nationale de pharmacovigilance du 27 janvier 2009. http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/ab6de4eceefb6b2645865f74256fbaeb.pdf

 

[16]   Réunion du Comité technique de pharmacovigilance du 17 mars 2015. http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/appli...

 

[17]  https://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2017-06/dir35/1bouvetelisabeth06-06-17.pdf

 

[18] https://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2017-04/dir7/1bouvetelisabeth07-04-17.pdf

 

 

 

 

 

 

31/05/2017

Richard Ferrand. Tranquille le gland

Richard Ferrand, Stéphane Plaza, Emmanuel Macron, Marisol Touraine, Gabriel Attal, tombé du nid, Jean Christophe Cambadélis, MNEF, LMDE, Solférino on ferme, Catherine Lemorton, un ca peut pas être une moyenne,

 

De l’affaire elle-même, je ne dirai rien que n'aient déjà dit Le Canard, Mediapart, Le Parisien, Libération... Les éléments de langage distribués par la compol de l’Elysée au fur et à mesure que s’enferre Ferrand suffisent à la délimiter: 

« Mais puisqu’on vous dit que c’est légal »,
« La justice n’a constaté aucune anomalie »,
« Si maintenant les journalistes s’érigent en juge… ».

Viendront, à mesure que le naufrage d’une moralisation promise de la vie politique progressera, les chapitres suivants:

« J’ai ma conscience pour moi »,
« J’aime ma femme et mes enfants »,
« Je ne le referai probablement pas aujourd’hui mais vous n’allez pas m’en chier une pendule », puis
« Mais tout le monde a toujours fait comme ça ».

Ce qui est intéressant, à ce stade, outre les cris d’orfraie des fillonnistes d’hier ( qui soudain applaudissent Le Monde et Mediapart) , c’est le concert de perfidies en provenance du camp ex-socialiste.

Jean-Christophe Cambadélis, Kofi Yamgnane, Catherine Lemorton, chacun y est allé de sa petite banderille, maintenant que Ferrand, hier enfant du sérail, a changé d’écurie. Et ce que disent ces gens, qui connaissent bien le sujet, est assez éclairant.

On a quoi, en fait? Un type, directeur de mutuelle, qui fait réaliser une opération immobilière au terme de laquelle, sans coup férir, sa compagne s’enrichit personnellement de quelques centaines de milliers d’euros. Tranquille le gland. En toute légalité, puisque la mutuelle n’a jamais porté plainte, et que de toute façon ( je cite) il n’était pas dans les attributions de celle-ci de se créer un patrimoine immobilier.

La presse semble alors découvrir, pelure d’oignon après pelure d’oignon, les petites affaires de Richard Ferrand, l’incessant mélange des genres public-privé de ce nouveau parangon de vertu.

Lorsque les médecins dénonçaient, sous le quinquennat Hollande, le passage en force de la loi sur les réseaux de soins, qui préfigurait la mutuelle obligatoire pour tous, personne n’écoutait. Ils pointaient que Ferrand, rapporteur de la loi, était dans le même temps député et salarié des Mutuelles de Bretagne, et ça faisait pschiitttt.

Sous la pression, Ferrand avait dû comme ses coreligionnaires ex-mutualistes Fanélie Carrey-Compte et Bruno Le Roux, restreindre les réseaux de soins au dentaire et à l’optique ( abandonnant pour l’instant les réseaux de soins mettant les médecins sous tutelle directe des assurances complémentaires). Il ironisait même en direction des opposants: « Il ne faut pas crier avant d’avoir mal ».

On sait ce qu’il advint de Le Roux, ex de la MNEF. On sait comment finit la LMDE, assez ignominieusement, malgré le soutien appuyé des Touraine, Sapin et autre Hamon, qui jusqu’au bout et en dépit de l’évidence auront tenté de faire perdurer cette gabegie qui laissa des milliers d’impayés aux professionnels de santé, dissuada des milliers d’étudiants de faire rembourser leurs soins.

Mais au détour des vacheries des uns et des autres, on voit le noyau dur du PS se déliter, et les camarades d’hier baver leurs secrets.

C'est Jean-Christophe Cambadélis, comdamné dans l'affaire de la MNEF pour "recel d'abus de confiance", qui en orfèvre conseille à Ferrand de démissionner.

C’est Kofi Yamgnane, ex secrétaire d’Etat sous Mitterrand, qui benoîtement explique comment on devient directeur de mutuelle, quand on est l’obligé du député socialiste local: Ferrand a été son conseiller en communication à partir de 1991, et ne voulait pas revenir sur Paris lorsque Kofi Yamgnane a perdu les législatives en 1993. Qu’à cela ne tienne! « On avait un ami qui était le président des Mutuelles de Bretagne. Il y est rentré et il en est devenu le directeur en 1998. » Elle est pas belle, la vie des tâcherons multicartes du Parti « Socialiste »?

La presse s’est fait l’écho des passerelles multiples entre Solférino et le monde merveilleux et solidayyyyre des mutuelles. De Jean-Marie Le Guen à Laurence Rossignol, tous ces curriculum vitae estampillés MNEF ou LMDE donnent le tournis. Expliquent la tendresse particulière du clan Hollande, de Marisol Touraine, pour ces mutuelles auxquelles elles permettaient en 2012 de repousser encore d’un an la divulgation de leurs frais de gestion, « dont nous connaissons les difficultés qu’elle créait pour vous » ( on croit rêver).

Nous eûmes ensuite droit au tiers-payant, que la ministre utilisa comme marqueur social d’un quinquennat qui le fut bien peu, au profit d’assurances complémentaires qui y voyaient un moyen de contracter directement avec les médecins en mettant fin au monopole de la Sécurité Sociale. Puis les thuriféraires du benêt Hollande acclamèrent l’accord national interentreprises, et son cadeau-surprise, la mutuelle obligatoire pour tous, plus chère et moins avantageuse en terme de remboursement. Aujourd’hui, la messe est dite, chacun sait qu’il s’est fait baiser sous Hollande, mais longtemps, le slogan « Une mutuelle pour tous! » fit fureur. Il est sûr que c’était clair, direct, concis, plus vendeur que « Une mutuelle pour tous, et une SCI pour madame ».

Le Parti « Socialiste » prend l’eau de toutes parts, et tandis que certains tentent désespérément de relier les chaloupes d « En Marche », d’autres font mine de découvrir l’évidence.

C’est Catherine Lemorton, présidente de la commission des affaires sociales à l’Assemblée quand même, qui découvre aujourd’hui, éberluée, que Ferrand était payé par les mutuelles alors qu’il rapportait la loi en leur faveur ( Le fait, ainsi que le montant des émoluments, étaient écrit noirs sur blanc sur sa déclaration de liens d’intérêt à la Haute Autorité, mais Catherine a parfois du mal avec les chiffres, elle qui explique que « Un ça peut pas être une moyenne ». Il faut dire que le PS n’est pas avare de pointures de compétition quand il est question de faire des propositions innovantes en santé). Evidemment, si Catherine Lemorton avait écouté ces nantis de médecins libéraux opposés au tiers payant social et solidaire, ça l’aurait peut-être éclairé. Hélas, elle avait mieux à faire. D’où sa surprise surjouée de la vingt-cinquième heure:

« Richard Ferrand m’avait dit qu’il avait travaillé pour les Mutuelles de Bretagne, mais pour moi c’était du passé. Si j’avais su qu’il était encore chargé de mission [aux Mutuelles], la question, je l’aurais posée clairement. Il était en lien d’intérêts. »

C’est Marisol Touraine, au début de l’année, dénonçant les projets avortés de Fillon de bascule de la prise en charge des soins de ville, de la Sécurité Sociale aux assurances complémentaires, et tweetant:

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En fin de mandature, la ministre découvrait que les mutuelles qu’elle avait défendue avec tant d’acharnement étaient en fait « des assureurs privés ». Ce ne fut pas le moindre de ses retournements de veste, jusqu’à sa candidature de Schrödinger aux législatives, affiliée PS mais refusant de mettre le logo sur ses affiches tout se déclarant membre de la majorité présidentielle malgré s’être vu refuser l’investiture par Macron.

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Au passage, signalons le tour de force de son petit protégé, Gabriel Attal, membre du cabinet de la sinistre ( aux côtés de Benjamin Grivaux) , aujourd’hui relooké jeune premier issu de la société civile dans les clips pour chaînes d'infos macronistes en continu.

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Un petit nettoyage de bio et de compte Twitter plus tard, Gabriel est un oisillon tout juste tombé du nid, une start-up de la Génération Macron . L’équipe Macron aura montré plus de miséricorde envers Gabriel qu’envers son ancienne patronne, comprenne qui pourra.

Au-delà de ces péripéties, ce qui se joue autour de Ferrand, c’est rien moins que la crédibilité du projet Macron. Faire du neuf avec du vieux, créer une offre politique différente en recyclant des hommes du passé, n’est possible qu’au prix d’une vigilance de chaque instant. On ne peut pas décemment promettre au peuple de « moraliser » la vie politique, en traînant avec soi des gens qui ont profité du système « parfaitement légal » de prébendes qu’ils ont eux-mêmes pendant des décennies voté, mis en place et protégé.

Le système mutualiste a été gangréné par le politique, qui s’en est servi pour recaser ses has-been, ses destitués, ses triquards. C’est devenu tellement malsain, tellement évident lors du déplorable quinquennat de l’adversaire de la Finance que certains dirigeants de la Mutualité elle-même s’en étaient émus: « Nous payons au prix fort la trop grande proximité entre la mutualité et le parti socialiste ». Du côté des petites mutuelles indépendantes, la Fédération Diversité et Proximité Mutualiste, dans un communiqué récent, demande, tout comme Anticor, la démission de Richard Ferrand, et accuse:

 

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Il reste à savoir à Emmanuel Macron quel prix il est prêt à payer pour sauver l’homme qui plombe le début de son quinquennat, et une promesse emblématique, celle d’en finir avec l’Ancien Monde des prébendes et des rentes de situation. Si l’homme est aussi fin stratège qu’il le paraît, restera à Richard Ferrand à faire fructifier ailleurs ses incroyables talents dans l’immobilier de bureau.

 

 

Capture d’écran 2017-05-31 à 18.44.00.png

 

 

Christian Lehmann est médecin généraliste et romancier.

 
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