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02/11/2015

Sur l’autel de l’austérité: Quand la Sécu rejoue Orwell avec la bénédiction de l’Etat

  "Quand vous voulez qu'une foule se tienne à carreau, vous en fusillez un. En général, les autres se tiennent tranquilles."

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Pour nombre de commentateurs et de journalistes, l’affaire semble entendue:

Marisol Touraine est de gauche, et sa Loi Santé regorge de mesures sociales dont le Tiers Payant généralisé est la plus emblématique. Les médecins, «  de droite, forcément de droite » , s’opposent à ces avancées sociales. Et plus ils s’y opposent bruyamment, plus on peut les classer sans hésitation « à droite de la droite ».

 

Au risque de créer chez certains commentateurs un début de dissonance cognitive, j’aimerais m’arrêter sur une question jamais traitée au fond dans les média, celle des arrêts de travail injustifiés.

 

Jusqu’à l’arrivée à la tête de l’Assurance-Maladie en 2004 de Frédéric Van Roekeghem, ancien auditeur d’AXA nommé par Jacques Chirac, le pourcentage d’arrêts de travail litigieux était de 2%. Très rapidement, le chiffre d’arrêts de travail injustifiés va être chiffré à 12%. Les mots ont un sens, la com de l’ancien assureur aussi. Sous prétexte que « c’est en changeant tous un peu qu’on peut tout changer », « litigieux » devient « injustifié ». Une différence de point de vue entre médecin soignant et médecin contrôleur est transformée d’emblée en fraude.

 

J’ai déjà révélé, sur ce blog, et jusque devant Frédéric Van Roekeghem lui-même, étrangement crispé sur le plateau d’Yves Calvi à C dans l’air en 2011, les dessous des manipulations orchestrées par les caisses. Sous Nicolas Sarkozy, la « responsabilisation des patients », ce discours punitif des politiques de droite, fut étayé par l’instrumentalisation des données de la CNAM sur « les fraudes aux prestations sociales »: Frédéric Van Roekeghem mit en oeuvre une falsification des chiffres en inventant le désaccord du médecin-conseil sur un arrêt de travail virtuel jamais demandé par le médecin ni pris par le patient. Ou comment gonfler les chiffres donnant raison à Sarkozy et autres Wauquiez, et stigmatiser ces médecins commerçants délivrant contre rémunération des arrêts complaisants à des patients malhonnêtes…reproduisant ainsi le sempiternel discours patronal tenu dès 1948 par la Chambre de Commerce de Paris, ancêtre du MEDEF: « La Sécurité sociale est devenue pour l’économie une charge considérable. Les salariés ont profité de traitements dont ils n’avaient peut-être pas un besoin certain, la moindre maladie a été le prétexte de repos. L’absentéisme s’est développé. »

 

La procédure n’a jamais cessé, comme l’a noté sur mon blog un de mes fidèles informateurs, petite main des services administratifs de la CNAM, pas dupe du contrat orwellien qu’acceptent tacitement nombre de médecins-conseils: taper sur les soignants pour remplir les objectifs de la direction, au prétexte de sauver l’Assurance-maladie solidaire.

 

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La Sécurité Sociale multiplie ainsi les procédures envers des médecins considérés comme « délinquants statistiques ». Alignant les chiffres et les moyennes, elle cible des praticiens dont l’activité paraît statistiquement trop écartée de la norme. Il ne s’agit aucunement de discuter la justification médico-sociale de chaque arrêt, mais de considérer globalement qu’une déviation par rapport à la moyenne représente une déviance à redresser. Le praticien est convoqué et mis devant le fait accompli par une caisse juge et partie: soit il accepte d’être mis sous tutelle provisoire  (reconnaissant ainsi de fait un abus de prescription) pendant quelques mois en s’engageant à réduire d’un pourcentage déterminé à l’avance ses arrêts de travail pendant la période, auquel cas, ayant rejoint le vaste troupeau il sera tiré d’affaire, soit il refuse et pourra encourir une pénalité financière pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros. Tout ceci est présenté par les garde-chio….. pardon, les contrôleurs de la Caisse comme une simple démarche administrative, « un accompagnement ». Les tentatives d’explication de médecins déstabilisés par ces accusations, et cherchant d’une manière pathétiquement humaine à justifier leur pratique, leur souci des patients, leur type de patientèle ou leur mode de travail, sont systématiquement balayées. Les chiffres parlent, le ratio indemnités journalières/consultations est trop élevé.

 

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Aux médecins accusés, dont certains sont profondément bouleversés tant l’accusation de nuire au bien commun leur est insupportable au vu de leur pratique et de leur vocation, les accusateurs demandent avec agacement de ne pas se complaire dans leur affect: « Il n’y a là rien de personnel, ce sont juste les chiffres ». Lorsque certains d’entre eux menacent de cesser leur activité, de « déplaquer », parce que la double-contrainte leur est insupportable ( faire semblant de soigner chaque malade comme un individu, mais appliquer globalement sans le dire les consignes des caisses pour tenir des objectifs comptables, quitte à pénaliser les patients) , les contremaîtres réagissent avec mépris: « Reprenez-vous, c’est simplement une procédure administrative. Et ne venez-pas nous faire du chantage! »Tant il est pénible, quand on est le bras armé de la Matrice, d’entrevoir un instant sa responsabilité individuelle dans l’écrasement de l’autre.

 

 

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Il ne s’agit pas pour eux de traiter le dossier de chaque patient, mais globalement de faire rentrer le « délinquant statistique » dans le rang. De faire courber la tête pour maintenir l’ensemble des praticiens sous le joug, de les inciter collectivement à lever le stylo au moment de prescrire, en remerciant silencieusement le Ciel que la sanction soit tombée sur un bouc-émissaire. Certains représentants syndicaux, particulièrement attachés à leurs petites prérogatives locales et ravis de côtoyer les instances dirigeantes, n’hésitent pas à enfoncer leurs confrères « indéfendables », comme peut en témoigner Marcel Garrigou-Grandchamp, fondateur de la Cellule Juridique de la FMF ( syndicat qui se retrouve de plus en plus régulièrement taxé de « poujadisme »ou de « propos outranciers »parce qu’il ne joue pas le jeu).

 

Aux médecins accusés, il serait très simple d’accepter la mise sous tutelle. Désignés coupables, il leur suffit pour échapper à la sanction de fragmenter leurs arrêts de travail, puisque c’est le ratio arrêts de travail/nombre de consultations qui est mis en cause. Quatre arrêts de travail consécutifs d’une semaine ( occasionnant donc quatre consultations distinctes) sont ainsi moins coupables qu’un arrêt de travail d’un mois. Mais nombre d’entre eux ne réalisent pas qu’il est possible de se sortir de la nasse en étant plus mesquins que leurs contrôleurs. Alors certains s’enfoncent, dépriment, d’autres dévissent leur plaque. Mettant alors les Caisses et leur système de fliquage orwellien tout entier en difficulté, quand l’information diffuse dans les média, et jusqu’aux premiers concernés, les patients.

 

Dans les Yvelines, c’est une généraliste, Véronique Mollères, qui, après avoir spontanément cessé son activité pendant deux mois suite à sa mise en cause, se rebiffe, et se retrouve soutenue par une coordination spontanée de confrères et consoeurs ( forcément « à droite de la droite ») qui refusent l’arbitraire des caisses et le font savoir. Elle a tenté de faire valoir que le nombre d’indemnités journalières élevé qu’elle a prescrit est lié à la fermeture de cabinets et à la désertification médicale dans son secteur, avec une population majoritairement ouvrière. Peine perdue.

 

Dans la Marne, c’est une autre généraliste, Virginie Thierry,  qui dévisse sa plaque. Elle explique sa réaction à la procédure engagée contre elle: la sidération, la honte, les larmes, les insomnies, suivies par une froide détermination: malgré son amour pour son métier, son attachement à ses patients, renverser la table, déplaquer. Mettant  ainsi à jour le système institutionnalisé de fliquage de ce qui fut, un temps, « notre »Sécurité Sociale: « Si leur objectif c'est de faire peur aux autres, ça marche très bien. Tous mes confrères qui sont au courant y pensent quand ils font des arrêts de travail. Quand vous voulez qu'une foule se tienne à carreau, vous en fusillez un. En général, les autres se tiennent tranquilles. J'ai un peu l'impression d'être sacrifiée »



A ce sujet l’absence d’investissement visible des syndicats de salariés sur ces questions, l’absence de positionnement de la majorité des formations politiques « de gauche »est une honte. Car bien évidemment, à travers le médecin humilié et harcelé, forcé de se soumettre, c’est le salarié que l’on vise. En Commission des Pénalités, explique Marcel Garrigou-Grandchamp, « nos adversaires les plus vindicatifs sont les représentants du MEDEF… »  Le médecin qui cède à cette traque offre en fait la santé de ses patients sur l’autel de l’austérité. La droite de Nicolas Sarkozy « responsabilisait »les patients à coup de franchises, fliquait les médecins sur les arrêts de travail. La « gauche »de François Hollande poursuit EXACTEMENT les mêmes buts, avec les mêmes méthodes. Ainsi, vent debout contre les franchises et contre les approches comptables des caisses lorsqu’elle était dans l’opposition, la députée Catherine Lemorton, Présidente de la Commission des Affaires Sociales à l’Assemblée Nationale, entérine aujourd’hui les franchises et la « responsabilisation »des cancéreux et des diabétiques qu’elle combattait hier, et salue en Frédéric Van Roekeghem , aujourd’hui reparti dans le privé, « un grand serviteur de l’Etat ».

Son successeur, Nicolas Revel, veut donc renforcer "l'accompagnement" des médecins auxquels la CNAM propose déjà un bilan des prescriptions associé à une comparaison régionale ou locale, des outils "d'aide à la prescription" au travers de "fiches repères" relatives aux durées indicatives d'arrêt, couvrant actuellement 60% des pathologies. Ces dernières, assure t-il, sont « validées par la Haute autorité de santé (HAS) ».  Sans préciser que ces référentiels, aussi incroyable que cela paraisse, sont validés par défaut par la HAS en l’absence de consensus scientifique. En langage commun, cela signifie que l’Assurance-maladie propose à la Haute Autorité de Santé des référentiels qui demain permettront de sanctionner les médecins, et que la HAS, en l’absence de données scientifiques validées permettant de confirmer ou d’infirmer les durées d’arrêt de travail proposées, les entérine par défaut.

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Il existe de bonnes raisons, opposées, de soutenir, ou de combattre, le tiers-payant généralisé, selon que l’on porte crédit, ou non, au discours de la Ministre sur la facilitation de l’accès aux soins, et selon l’appréciation que l’on a du risque de désengagement de la Sécurité Sociale au profit d’assureurs à qui le gouvernement offre, au nom d’ « une mutuelle pour tous », une population captive obligée de cotiser deux fois.

 

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Mais pour ceux qui désirent soutenir aveuglément Marisol Touraine et sa Loi Santé, il serait urgent de trouver d’autres arguments que ceux de l’anathème, d’autres éléments de langage que l’accusation de poujadisme ( où se profile, à peine voilée, l’accusation de lepénisme), pour expliquer au peuple français que les diktats de Marisol Touraine représentent l’apha et l’oméga du socialisme français. Certes, cela obligera certains économistes multicartes pas réticents à publier dans les magazines du néolibéralisme à sortir de la pensée binaire, et certains journaux, qui présentent en couverture Emmanuel Macron comme une sorte de Wonderboy de la politique tout droit sorti d’American Gigolo, à un peu plus de sérieux. Ce n’est pas gagné.

 

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Boîte noire:

Je suis médecin généraliste, membre de la FMF.

En 1985 j’ai été poursuivi par la Caisse Primaire d’Assurance-Maladie des Yvelines.

 

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Pour utilisation du tiers-payant.

Fin.

Du.

Game.

 

15/09/2015

Bouvard et Pécuchet en manteau d'hermine

Un confrère américain m'a récemment fait passer le document suivant, qui montre l'évolution du nombre de médecins et d'administratifs dans le domaine de la santé entre 1970 et 2009. Il s'agit de la situation américaine mais je doute que la situation en France soit très différente. Bientôt, pour chaque soignant, on aura dix évaluateurs auto-proclamés expliquant pourquoi tout n'a pas été fait dans les règles ( voir la fable des rameurs de Dominique Dupagne)

 

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 Comme chaque année à même époque, la Cour des Comptes publie son énième catalogue Vermot de réformes en pointant en bons inspecteurs des travaux finis ce qui ne fonctionne pas dans le monde de la santé ( entre autres). Les professionnels de santé sont mal répartis, les infirmiers coûtent trop cher, les kinésithérapeutes font trop d'actes, et on devrait greffer des reins au lieu de dialyser parce que ça serait plus efficient, ça coûterait moins cher, Mâme Michu, et c'est quand même pas bien compliqué, hein?

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Non mais dites-donc, là, les Bouvard et Pécuchet de la Cour des Comptes dans vos manteaux d'hermine: "VOUS NOUS COUTEZ UN BRAS. QUAND DONNEZ-VOUS UN REIN?"

PS: Ceux qui veulent en savoir un peu plus sur le fringant Gilles Johanet ( à gauche, mais seulement sur la photo) ex maoïste devenu énarque ayant atterri comme procureur général à la Cour des Comptes après avoir exercé comme directeur de l'Assurance-Maladie, liront ce billet précédent où ils pourront mieux apprécier les grandes capacités d'adaptation de cet immense serviteur de l'Etat.

07/07/2015

RAINBOW WARRIOR: UN CRIME SOUS MITTERRAND

"La lutte de l'homme contre le pouvoir, c'est la lutte de la mémoire contre l'oubli"

 

Milan Kundera

 

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10 Juillet 1985. Une brève. Le Rainbow Warrior, navire amiral de la flotte de l’organisation pacifiste Greenpeace, aurait coulé dans le port d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, à l’autre bout du monde.

 

 

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Pour ma génération, pour ceux qui avaient poussé un cri de joie en voyant apparaître sur l’écran de télévision le visage pixellisé de François Mitterrand à la télévision au soir du 10 Mai 1981, cet été sera meurtrier. Nous avions subi pendant de longues années une droite bien-pensante certaine que le pouvoir lui était acquis à vie. Mitterrand, pour nous, c’était, enfin, le socialisme, la rose au poing, l’espoir d’un monde sans crime.

 

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Nous avions imaginé que le PS, s’il s’avérait moins doué pour l’économie, nous débarrasserait au moins des inégalités sociales, et de certaines dérives post-coloniales. Au lieu de cela, comme me le déclarerait Edwy Plenel en interview quelques années plus tard: « La succession des reniements qui se sont joués pendant le premier septennat devrait nous sauter à la figure : sécurité, rigueur,recul du social, raison d'Etat... C'est sous le mitterrandisme, avec sa politique monétariste, que s'est produit un basculement sidérant du travail vers le capital. » Tout ceci était décelable en 1985 pour ceux qui s’astreignaient à refuser (et ils étaient fort peu nombreux) la mitterrandolâtrie, mais ce pouvoir semblait au moins encore avoir les mains propres.

 

Et puis ces deux bombes posées sur la coque du Rainbow Warrior, et quelques heures plus tard un couple arrêté par la police néo-zélandaise au moment où il remet au loueur une camionnette vue sur les lieux de l’attentat. Ces deux faux-époux Turenge retenus à l’aéroport, bizarrement munis de passeports suisses… alors que la Suisse était l’un des rares pays à l’époque à avoir informatisé ces informations, ce qui permit aux néo-zélandais de savoir très rapidement que les passeports étaient des faux. La révélation de leur qualité d’agents secrets français, puis les dénégations surréalistes, pendant des semaines, du gouvernement français. Pierre Joxe, ministre de la Justice, prêtant main forte aux investigateurs néo-zélandais à la demande de Laurent Fabius, Premier ministre de l’époque. Charles Hernu, ministre de la Défense, affirmant « les yeux dans les yeux » à l’un et à l’autre que ses services n’avaient aucune responsabilité dans l’affaire .Mitterrand ne daignant même pas s’abaisser à répondre aux interrogations, et débarquant dans le Pacifique pour assister à quelques nouveaux essais nucléaires, histoire de montrer que son pouvoir personnel n’acceptait aucune contrainte, intérieure ou extérieure.

 

 

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Et de jour en jour, dans la presse, des bribes, des sous-entendus, des intox distillées par quelques officines pour embourber l’affaire. Ils sont quelques-uns à l’époque à traquer la vérité, et pour ceux qui comme moi ressentent confusément un trouble grandissant devant ce que semble révéler cette affaire, Plenel est aux avant-postes, avec Marion, Derogy, Pontaut…

 

Dans "La Troisième Equipe" ( ed. Don Quichotte), Edwy Plenel remonte trente ans en arrière et nous ramène à cet été 1985. L’empire soviétique s’effrite, l’apartheid domine en Afrique du Sud, l’Irak de Saddam Hussein est le grand allié des Occidentaux contre l’Iran de Khomeini. Plenel est alors rubriquard au Monde, et il fait revivre en quelques pages ce monde disparu de la presse d’avant-hier, la presse d’avant Internet, d’avant les réseaux sociaux. Une presse papier fabriquée par des artisans dans un décor qui ne semble pas avoir beaucoup changé depuis l’avant-guerre.

 

Pour qui se sent un minimum citoyen du monde, pour qui n’obéit pas le doigt sur la couture du pantalon aux injonctions du patriotisme cocardier, l’idée que le gouvernement français aurait pu mener à bien un attentat terroriste sur le bateau d’une organisation non-gouvernementale pacifiste dans le port de la capitale d’un pays ami est effrayante. Et pourtant on peut trouver dans la presse d'alors des éditorialistes pour défendre cet attentat. Minute salit la mémoire de Fernando Pereira, le photographe décédé dans la seconde explosion, et l’étiquette « agent de Moscou ». Le Figaro-Magazine laisse entendre que la France ne saurait mettre de gants dans cette région du monde où nos ennemis héréditaires, les Anglo-Saxons, tentent de contester notre droit sacro-saint à irradier les populations pour consoler le pouvoir mitterrandien déclinant de ses dysfonctions érectiles.

 

 

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C’est un monde d'avant Internet, d'avant les réseaux, mais quiconque a des amis étrangers perçoit à quel point l’attitude du gouvernement français est suicidaire, suicidaire et obscène. Et puis début septembre l’édifice de mensonges s’effondre, quand Edwy Plenel révèle l’existence d’une troisième équipe de nageurs de combat, responsable de l’attentat lui-même, alors que les agents arrêtés ont servi à amener les explosifs sur place et à planifier la logistique. On apprend beaucoup de choses, on apprend qu’une agent française s’est infiltrée sur le bateau pendant des semaines, a vécu une aventure amoureuse avec une militante pacifiste, a partagé les repas et l’amitié de celui qui va mourir pour raison d’Etat. Des fusibles sautent, au niveau politique (Charles Hernu), militaire (l’amiral Lacoste) et François Mitterrand passe à autre chose. C’est un moment stupéfiant, le moment où le pouvoir personnel de cet homme est mis à nu, et dans le même temps conforté: il est possible de tuer un innocent à l’autre bout du monde et de continuer, de durer, alors que tout le monde sait.

 

 

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« Le reproche radical que l'on peut faire au mitterrandisme, » me dira Plenel, « c'est d'avoir totalement épousé la Veme République, que l'homme avait pourtant conspuée, en contribuant à accroître sa logique institutionnelle de privatisation du pouvoir, d'identification monarchiste à un individu. Je suis convaincu que, si un accident de l'Histoire donnait la majorité à un quelconque national-populisme, celui-ci pourrait, sans problème, instaurer une république autoritaire,voire dictatoriale.Tous les éléments constitutionnels y sont:il peut passer outre au Parlement, soumettre le pouvoir judiciaire, s'appuyer sur l'article 16. C'est la fameuse phrase de Mitterrand :« Ces institutions étaient dangereuses avant moi, elles le seront après moi. » Cette formule est férocement individualiste, révélant une profonde indifférence aux autres.»

 

Pendant les années qui suivirent, Edwy Plenel poursuivit son travail d’investigation, et devint la bête noire du Prince, qui le plaça sous écoute. Le monde d’aujourd’hui n’est pas né de nulle part,la fascination du pouvoir actuel pour le renseignement, la morgue hors-sol de ceux qui nous avaient promis le changement et se vautrent sous les ors de la République, rien de tout cela n’est neuf. Du hollando-vallsisme au mitterrandisme, il n’y a qu’un pas.

« Ces institutions étaient dangereuses avant moi, elles le seront après moi». A qui Hollande, Valls et Cazeneuve laisseront-ils la Loi   Renseignement en 2017?

 

Dans les années qui suivront, l’ombre de cette affaire poursuivra Edwy Plenel, et nombre de ses protagonistes. Dans "La Troisième Equipe", le créateur de Mediapart montre une grande retenue pour les acteurs de cette tragédie, pour les sous-fifres qui agirent sur le terrain, réservant sa colère pour les tireurs de ficelle dont il nous apprend que l’un finira au directoire d’HSBC, l’autre au directoire de Vivendi.

 

 

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Dix ans plus tard,en 1995, Dominique Prieur,l’ex fausse-épouse Turenge, livrera dans Agent Secrète (ed. Fayard) «sa» vérité sur l'affaire Greenpeace. On attendait des révélations, voire une remise en cause, de la part de celle que son gouvernement, commanditaire de l'opération, faillit bien lâcher. On obtient 240 pages d'auto-justification, ou le périple d'une petite bourgeoise séduite par l'uniforme et qui devient l'une des premières femmes françaises à pratiquer «un métier de voyou exercé par des seigneurs », selon le mot d'Alexandre de Marenches. Voire... Dès le départ, Dominique Prieur et ses collègues nourrissent de graves doutes sur la légitimité et la faisabilité de cette action brutale dirigée contre un mouvement inoffensif, et plus encore sur ses modalités.Tous soulignent que le déclenchement de deux charges l'une après l'autre contre la coque du bateau, alors qu'il suffirait d'en endommager l'arbre d'hélice ou le gouvernail, est absurde et multiplie le risque de faire des victimes à bord. Mais l'ordre est maintenu et : «De toute façon une mission ne se refuse pas. Ou alors, il faut changer de métier !»

L'opération a lieu, c'est le fiasco que l'on sait.

Arrêtée, puis jugée, Dominique Prieur n'a qu'un souci : qu'à travers ce procès, l'image de la France ne soit ternie. Si la mort d'un homme est «dure à assumer», elle ne supporte pas que la presse titre sur «les Pieds Nickelés de la DGSE».

Ses malheurs, bien réels, sa détention, pénible, nous sont narrés par le menu. Il est clair que, larguée dans le Pacifique, elle ne comprend rien de ce qui se passe au niveau politique à Paris, où Fabius lâche Joxe aux trousses de Hemu. Que dix ans plus tard, reclassée à la... Direction des centres d'expérimentation nucléaires, elle ne saisit toujours pas quels rouages secrets ont mis en place puis fait échouer cette mission. Et qu'elle n'en a cure. Courageux petit soldat, elle tient à se justifier, en répétant qu'elle a suivi les ordres.
 
Si on lui avait demandé d'aller tuer un homme innocent, aurait-elle obéi sans état d'âme? lui demande Jean-Marie Pontaut, célèbre journaliste d'investigation, en guise de postface.«En l'occurrence», répond-elle, «je n'ai jamais été confrontée à ce dilemme, puisqu'on ne me l'a jamais demandé». Comme quoi François Mitterrand n'a pas le monopole du sophisme…

 

Parmi les victimes, seront passés par pertes de profits les militants de Greenpeace France. Choqués, culpabilisés ( c’est en les infiltrant que la DGSE a réussi à mettre en place l’opération), ils seront plus ou moins lâchés par la maison-mère.

 

Les années ont passé, Mitterrand n’est plus. De temps en temps on ressort la statue de cire du Commandeur, on rappelle « Touche pas à mon pote », et la fin de la peine de mort. Ses amis tressent ses louanges, sa grande culture, son sens de l’Etat. On s’intéresse à sa vie privée,elle émoustille à l’heure des déballages trierweileresques. « Il y a aussi des moments de regrets et de manque. C'est parfois douloureux. En réalité je n'ai pas l'impression qu'il m'ait quittée, il est encore en moi. J'y pense encore tous les jours », écrit sa fille.

 

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Fernando Pereira aussi manque à sa fille Marelle, et reste dans son coeur: "Moi et ma famille avons pour ainsi dire accepté ce qui s'est passé en 85, mais cela ne veut pas dire que nous sommes prêts à pardonner ou à oublier. Chaque jour, chaque année, vous tournez un peu plus la page, vous arrivez un peu mieux à vivre avec votre passé mais cela ne veut pas dire que vous ne pensez pas à votre père tous les jours. Ou que vous ne pleurez pas sur sa disparition certains jours en vous rappelant les bons souvenirs que vous avez..."

 

 

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Fernando Pereira, photographe de presse, dont le seul crime était de suivre le périple du Rainbow Warrior en Nouvelle Zélande. Fernando Pereira qui avec tout l’équipage du bateau avait aidé quelques jours plus tôt à évacuer les habitants de l’atoll de Majuro, capitale des îles Marshall.

 

 

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L’équipage avait adressé ce télex au président Mitterrand:

« Nous tenons à exprimer notre réprobation envers ces tests, non seulement en raison de l’aggravation de la course aux armements nucléaires qu’ils engendrent, mais aussi à cause du mépris indigne de la France envers les souhaits des peuples du Pacifique qui veulent faire de leur océan une zone libre. Nous sommes actuellement engagés dans une opération humanitaire d’évacuation des habitants de l’atoll de Rongelap, sévèrement contaminés par des tests nucléaires américains dans les années 40 et 50- et dont les îles demeurent dangereusement radioactives jusqu’à ce jour. La France doit- elle continuellement répéter les erreurs des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne dans le Pacifique? Doit-elle continuer à ignorer avec morgue l’opinion publique locale et dans le monde qui crie « Assez »?»

 

 

La réponse à cette supplique de lèse-majesté ne se fit pas attendre, envoya le Rainbow Warrior par le fond et tua Fernando Pereira. Dans « La Troisième Equipe », Edwy Plenel s’attarde un instant sur ceux qui conspuent le travail de Mediapart lors des scandales politico-financiers de ces dernièresannées,

 

« Ce journalisme de gouvernement qui s’empresse de réclamer des preuves quand nous mettons sous les yeux des faits. Habitué à être du côté du fort plutôt que du faible, il n’imagine pas l’inégalité des armes entre nos curiosités démocratiques et les secrets illégitimes grâce auxquels les pouvoirs et les puissants se protègent du regard des citoyens ».

 

 

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Une investigation comme celle qui démonta l’écheveau de mensonges du pouvoir mitterrandien serait-elle envisageable aujourd’hui, demande-t’il, alors que l’Etat vient de se doter de moyens d’espionner tous et chacun sans intervention de la justice. « La Troisième Equipe » est le récit d’une enquête qui avança à tâtons, par recoupements, demi-aveux, coups de pouce. Dans le même interview, il m’avait dit,au sujet de ses sources: « L'Etat n'est pas fait que d'hommes politiques! N'oublions pas que les questions d'éthique que nous nous  posons, un policier, un magistrat, un préfet, un conseiller d'Etat... se les posent aussi. On ne nous donne jamais une information pour nos beaux yeux, mais lucidement. Certains de ceux qui, par fonction, savent, nous confient tel ou tel secret au nom d'une réflexion de citoyen, la même que vous et moi. Ils prennent des risques pour cela. »

 

Au final, le livre d'Edwy Plenel est aussi un hommage à ces anonymes qui, au sein de l’appareil d’Etat, refusent la tentation du despotisme. Refusent que certaines victoires troquent une survie momentanée contre un éternel naufrage.

 

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Christian Lehmann

 

Boîte noire:

 

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En 1993, j'ai publié "Un monde sans crime", un roman noir dévoilant la face cachée du mitterrandisme à travers l'affaire du Rainbow Warrior. L'année précédente, Edwy Plenel avait publié "La Part d'Ombre". Nous avons sympathisé, et je l'ai interviewé à plusieurs reprises pour Impact-Médecin.

 

07/06/2015

Economistes sous influence: les conflits d'intérêt nuisent gravement à la politique de santé

 

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Depuis des mois, Marisol Touraine répète en boucle que le tiers-payant généralisé est une simple mesure de justice sociale qui règlera les problèmes d’accès aux soins en France. 

Mais une des économistes les plus en vue au Parti Socialiste, ancienne membre de l’équipe de campagne de Martine Aubry, conseillère du Premier ministre Manuel Valls et membre d’un impressionnant réseau de think-tanks, vend la mèche sur France-Culture quelques jours à peine après le passage du projet de loi Santé à l’Assemblée Nationale. 

Sans cacher sa jubilation, Brigitte Dormont, de la Chaire Santé Paris-Dauphine, révèle que le tiers-payant signe « la mort annoncée de la médecine libérale », et que « c’est une bonne chose ». Enfonçant le clou, elle confirme ce que dénoncent sans relâche depuis plus de deux ans une majorité de professionnels hostiles à cette Loi : les médecins, payés directement par l’assureur, en deviendront dépendants, devront suivre ses consignes. « L’organisme en charge du paiement », annonce t-elle fièrement, aura « les moyens financiers de faire pression sur les médecins ».

Si ce désastre réjouit Brigitte Dormont, c’est que la ligne directrice de ses travaux, depuis des années, consiste à dénigrer les médecins. Dans une étude intitulée « Est-il profitable d’être médecin généraliste », elle utilise des équations mathématiques qu’elle manipule au gré de ses besoins pour nier que le différentiel de revenu entre médecins et cadres tient à l’amplitude des horaires de travail. Dans une autre étude particulièrement caricaturale, « Médecins généralistes à faibles revenus : une préférence pour le loisir ? », une de ses collègues explique benoîtement que si certaines femmes-médecins ont de faibles revenus, c’est qu’elles consacrent trop de temps aux loisirs et pas assez à leur pratique médicale. La preuve ? Nombre d’entre elles ont obtenu tardivement leur thèse, ce qui « pourrait révéler un manque de motivation du futur médecin qui se traduirait… par une plus grande difficulté à attirer sa clientèle ». Lorsqu’on sait la difficulté pour une jeune interne de mener conjointement cursus hospitalier et grossesse, la piètre prise en charge des congés-maternité des femmes médecins de ville, ou le fait que la profession de généraliste fait partie des grossesses considérées comme à risque, on reste ébahi de l’incohérence des conclusions hâtives d’économistes hors-sol totalement déconnectés de la réalité de la pratique quotidienne, et pour qui médecin comme patient ne représentent que des variables économiques. 

Biais méthodologiques manifestes, bidouillage des données économiques, jugements à l’emporte-pièce, refus de confronter leurs théories farfelues à la réalité sociologique, « certains économistes théoriques peuvent parfois être assez déconnectés de la réalité », comme l’énonce un chercheur à l’Ecole d’économie de Toulouse récemment dans Les Echos.

Mais au-delà de ces partis pris, c’est tout le fonctionnement de la Chaire Santé Paris-Dauphine qui est en cause. En l’absence des régulations mises en place par les meilleures universités anglo-saxonnes ( Berkeley, Stanford, London School of Economics), pour gérer les liens d’intérêt, des puissances financières : banques, assureurs, peuvent étendre leur influence au sein de l’Université Française et la transformer en simple faire-valoir, caution qu’ils utilisent à des fins de lobbying afin d’influencer la décision politique. 

Le rôle de Brigitte Dormont, économiste contemptrice des médecins libéraux qu’elle rêve voir demain « dépendants de leurs financeurs » avec qui par le plus grand des hasards elle met en place de lucratifs partenariats public-privé au sein de l’Université, pose question : Les conflits d’intérêt nuisent gravement à la politique de santé.

 

Pour ceux qui veulent pousser la réflexion plus avant, deux textes longs:

Mort planifiée de la médecine libérale: A qui profite le crime?

et

Les conflits d'intérêt nuisent à la politique de santé

ainsi qu'une vidéo amusante, et pédagogique:

Brigitte Dormont, ou l'économétrie pour les nuls

Les conflits d'intérêts nuisent gravement à la politique de santé.

 

 

"Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées" Winston Churchill.

 

"There are three types of lies : lies, damned lies, and statistics ». Mark Twain

 

 

Le secteur de la santé voit depuis quelques années s'affronter les appétits féroces de grands groupes, pharmaceutiques et assurantiels. De nombreux projets, qu'ils concernent des médicaments innovants, de nouvelles maladies, de nouvelles "guidelines" sont promulgués par des experts pas toujours neutres, à l'aide d'études qui peuvent être biaisées.

 

Les années passant, le phénomène semble s'aggraver, et les médecins généralistes se sentant quelque peu cernés ont développé, en partie grâce aux réseaux sociaux, leur liberté de ton et de jugement, ont créé des structures de résistance (Formindep, La Revue Prescrire, les blogs, entre autres) et sont régulièrement montés au créneau pour dénoncer certaines absurdités ministérielles,administratives ou médicales (vaccinodromes de Roselyne Bachelot pendant la grippe H1N1, dépistage du cancer de la prostate par test sanguin, business de l’alzheimerologie, recommandations vaccinales douteuses à géométrie variable…).

 

Ils constatent avec stupeur l'absence d'investissement dans les soins primaires de santé, pourtant défini par l’OMS comme étant une priorité seule à même de faire évoluer positivement un système de soin, que ce soit sur le plan de l'accès ou de la qualitédu soin.

 

Il faut en effet faire le constat qu'en 2013, le coût d’administration de la Sécurité Sociale était quasiment deux fois supérieur à celui de la médecine générale, dont pourtant, on n'arrête pas de regretter la disparition, nocturne et diurne.(1)

 

Depenses_sante_2013_camembert-VF.png

 

Cette absence d'investissement fait exploser des dépenses indues, et contreproductives, en particulier les transports sanitaires et la consommation de soins banals aux urgences ; elle constitue une économie factice qui d'année en année nous coûte collectivement très cher, tout en dégradant la qualitédu soin.

 

De tout cela nous ne trouvons guère trace dans les publications officielles ou universitaires, et les experts en santé qui légitiment voire organisent la politique de santé ne semblent pas s'intéresser à ces sujets fondamentaux : quelle architecture pour notre système de soin? Qui doit faire quoi ? Où doit aller l'investissement ?

 

A l'occasion de l’étude de la Loi Santé de Marisol Touraine, nous avons découvert la façon dont fonctionne une partie significative du monde de l’expertise en politique de santéainsi que la fabrique du consensus pré-législatif.

 

Beaucoup de structures, think tanks, associations, sont subventionnés plus ou moins discrètement par des organismes qui ont un intérêt financier direct dans la façon dont seront orientées les études. Le monde de la santé étant exposé de longue date aux conflits d'intérêts, nous sommes quelque peu habitués à décrypter les études et leurs biais, et à pister ces liens d'intérêts.

 

Quelques jours après l'adoption du projet de Loi Santé par l'Assemblée Nationale, nous avons remarqué l'éditorial à charge de Jean-Michel Laxalt, dirigeant de l'Institut Montparnasse (2), institut créé et financé par la MGEN sans que ses adhérents en connaissent le coût.

 

Dans cet éditorial férocement à charge Jean-Michel Laxalt s'égare quelque peu, associant les médecins libéraux aux lobbys pro-alcool ou pro-tabac, allant jusqu'à les accuser d'avoir retardé de dix ans la mise en place de l'Assurance Maladie alors que celle ci fut installée en 1928 sous l'impulsion de Rayond Poincaré (5 avril 1928 et 30 avril 1930 : Lois créant au bénéfice des salariés de l’industrie et du commerce le premier système complet et obligatoire d’assurances sociales, couverture des risques maladie, maternité, invalidité, vieillesse, décès).

 

Cet adversaire déclaré de la médecine libérale a été vice-président de la MutualitéFrançaise et a dirigé la MGEN et ses centres de santé, et nous ne pouvons que difficilement souscrire à la politique qui y a été menée, qu'il souhaiterait sans doute voir répliquer au niveau national… Eric Chenut, responsable de ces centres de santé, a fait deux aveux en 2012 : le tarif des actes à 23 euros est trop faible pour assurer la survie des centres de santé ; et la gestion du tiers payant coûte très cher : "Pas de porte de sortie possible du côté d’une hausse de cotisations qui serait insupportable pour les assurés, ni du côté de la Sécurité sociale qui fait la sourde oreille aux demandes de réévaluation du tarif de la consultation de base (23€), des charges financières importantes pour gérer le tiers payant dans les établissements : il ne reste qu’à introduire de nouveaux modes d’organisation » Pour gagner davantage et rentabiliser l’activité, est-il suggéré chiffres àl’appui aux praticiens, il faut voir plus de patients par heure (quatre) et recourir à des actes techniques bien plus importants que ceux facturés aujourd’hui par les centres de la MGEN (3). Est-ce à dire qu’il faudrait organiser une surconsommation d'actes inutiles ?

 

Jean-Michel Laxalt a par ailleurs dirigé l'UNOCAM, instance de représentation de l’ensemble des familles de complémentaires, qu'elles soient mutualistes ou capitalistiques, sans oublier les institutions de prévention. Les points d'accord y semblent bien plus nombreux que les sujets d'opposition : tous les avis y ont été rendus à l’unanimité(4) après une durée de fonctionnement de deux années, mettant à mal l’antienne si souvent répétée qu’il existerait un « esprit mutualiste »encore aujourd’hui fondamentalement différent de la logique assurantielle.

 

Le point fondamental jamais évoqué est que la dérive philosophique des mutuelles est due à la mise en place de politiques de segmentation de l'offre totalement contraires aux principes de la Sécurité Sociale : ainsi disparaît la solidarité intergénérationnelle et le principe même de la mutualisation du risque. La raison en est fort simple : les assureurs de la FFSA concurrencent les mutuelles avec des contrats low-cost en direction des jeunes, sans mutualisation du risque (avec donc des prix qui s'envolent pour les personnes âgées mais des prix attractifs pour les jeunes) ; ainsi les mutuelles historiques ont subi une érosion dans l’acquisition de jeunes cotisants, avec à terme le risque de n'avoir que des clients à risque ou âgés; leur réponse a été de segmenter et de finalement désolidariser en appliquant les mêmes principes que leurs adversaires : on passe d'une mutualisation solidaire du risque à un projet bien plus individualiste. (5)

 

Sans surprise on retrouve donc d'autres lieux de convergence d'intérêts communs entre les assureurs privés et la Mutualité. 

 

Le site de l'Institut Montparnasse nous apprend qu'un programme de recherche a été mis en place par cet institut, avec la MGEN et l'ISTYA (mutualistes), il s’agit d’un "programme d’études soumis aux partenaires universitaires. Sont privilégiés des angles d’étude délaissés voire totalement ignorés par les recherches et publications auxquelles se réfère le débat public." (6)

 

Il est ici indiqué que le programme de recherche est élaboré par les assureurs, et ensuite soumis à des laboratoires de recherche. Et que ces recherches privilégient des approches et des thèmes choisis par les assureurs.

 

Deux structures imbriquées qui acceptent de travailler dans ces conditions ont retenu notre attention pour différentes raisons que nous allons détailler : la Fondation du risque de l'Institut Louis Bachelier et la Chaire Santé Paris Dauphine.

 

La Fondation du risque (7), a été créée par un banquier, André Lévy Lang, et regroupe assureurs privés et ex-mutualistes autour d'une structure de recherche ; le conseil de surveillance intègre aussi bien Axa (Allianz), que Groupama ou SCOR (dont le dirigeant actuel est Denis Kessler, ex dirigeant du MEDEF, d'AXA et de la FFSA ; Guillaume Sarkozy y représente Malakoff Médéric). 

 

La seconde structure qui a attiré notre intérêt, c’est la chaire santé Paris Dauphine. Créée par l’économiste Claude Le Pen en 2007 avec un partenariat d'Axa (Allianz) assurant un financement de 300.000 € pendant 5 ans, elle fait partie de cette Fondation du risque. L’économiste Brigitte Dormont a succédé à Claude Le Pen en 2009, avec initialement ce financement Axa, puis en 2012 un financement MGEN, probablement du même niveau (8).

 

Les objectifs de cette chaire sont la recherche mais aussi "améliorer la qualité du débat public sur les questions d'efficience et de régulation".

 

Les deux partenaires actuels, l'Institut Montparnasse et la MGEN ne font qu'un en réalité, puisque le deuxième finance le premier (sans que l'on sache précisément à quelle hauteur).

 

Les interactions sont décrites comme fortes, puisque dans les quatre items décrivant l'activité de cette chaire nous trouvons "interaction avec la MGEN sur des questions de régulation du secteur" (9), et que nous avons vu précédemment que l'institut Montparnasse soumet les thèmes d'études qu'il a préalablement défini à cette Chaire Santé, avec un angle différent (et à sa convenance) de ce qui a pu se pratiquer dans le passé.

 

Qui est Madame Brigitte Dormont la directrice de cette Chaire ? 

 

Elle est actuellement titulaire de la Chaire Santé Dauphine (Institut Louis Bachelier), directrice du Laboratoire d'économie et de gestion des organisations de santé (LEGOS) et codirectrice du programme Économie publique et redistribution au CEPREMAP. Elle est aussi membre du Haut-Conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie (depuis 2011), du comité d’experts de l’Institut des données de santé (depuis 2011) et de la Commission des comptes de la santé (depuis 2001). Elle a été nommée en 2012 au conseil d'analyse économique, instance qui conseille directement le Premier ministre ; elle intervient dans nombre de commissions dont «Evaluation des stratégies de Santé», puis «Evaluation économique et santépublique », Haute Autorité de Santé(2004-2009).

 

 

Elle est par ailleurs membre de deux think-tanks proches du PS (Terra Nova, Fondation Jean Jaurès) et membre de l'équipe de campagne de Martine Aubry en 2011 (10)

 

La déclaration d'intérêts de Brigitte Dormont au Conseil d'Analyse Economique indique, malgré ce que nous venons d'observer, une absence totale de liens d'intérêts, qu'ils soient politiques ou financiers. (11)

 

didormont2.pdf

 

Cette déclaration ne semble pas suivre les normes légales définies par l' Article R1451-2 du code de santé publique, cette déclaration devant inclure "Les travaux scientifiques et études pour des organismes publics ou privés".

 

Récemment interrogée sur France Culture, l'économiste de la santé Brigitte Dormont s'est exprimée sur la loi de santé et sur la mise en place du tiers payant généralisé. 

Le tiers payant généralisé,"c'est la mort annoncée de la médecine libérale et c'est une bonne chose parce que la médecine libérale est incompatible avec un système d'assurance maladie comme le nôtre", explique-t-elle avant d'ajouter quelques minutes plus tard, "le tiers payant généralisé rend les médecins dépendants du financeur""Si l'Assurance maladie veut faire pression sur les médecins, elle a les moyens financiers de faire pression sur les médecins", conclut-elle. Ainsi, "les médecins recevront leurs rémunérations de la sécurité sociale ou de l'organisme qui sera en charge du paiement", leur niveau de vie et leur rémunération "dépendra du financeur".

 

Nous reconnaissons là des prises de position profitables aux assureurs, qu'ils soient publics ou privés, et le discours méprisant de Jean-Michel Laxalt.

 

Le déni de réalité est extraordinaire : Brigitte Dormont indique que la médecine libérale serait incompatible avec notre système actuel, alors que la quasi-totalité de la médecine ambulatoire, médecine de ville, est pratiquée par des libéraux qui constituent précisément l’essentiel de la première ligne de soins. Sur 102.140 omnipraticiens recensés par l’INSEE en 2014, 69.226 exercent en libéral (ou avec une activité salariée annexe) (12). On peut parfaitement appeler de ses vœux un système totalement public, celui-ci n’existe pas actuellement, et l’Université gagnerait grandement en crédibilité en acceptant, même à son grand regret, cette réalité.

 

Constatons toutefois que ce passage sous silence d’environ la moitié du système de santéfrançais n’est pas spécifique de la chaire santé Paris Dauphine : le Ministère de la Santé lui-même publie une liste des 200 métiers de la santé et oublie…les médecins et les chirurgiens (mais a inclu les chefs administratifs de pôles et les indispensables…conseillers en communication!) (13)

 

Comment Brigitte Dormont a-t-elle pu faire cette déclaration et nier la simple réalité de notre système de santé tel qu'il existe ? Qu’est ce qui peut expliquer un tel scotome intellectuel, lui faisant perdre de vue la moitié de notre système de santé? 

 

Cette explication tient probablement dans les liens d'intérêts décrits précédemment, les prises de position de Mme Dormont épousant curieusement les intérêts et discours des partenaires de la Chaire Santé.

 

Nous avons recherché des mécanismes de protection vis a vis des conflits d'intérêts et des liens d'intérêt, mais n'avons trouvé aucun document, aucune publication à ce sujet. La responsable des partenariats entreprises de Paris Dauphine jointe téléphoniquement n'a semble-t-il pas entendu parler de ces problématiques, et l'interrogation par mail du vice président de Paris Dauphine chargé des relations aux entreprises est restée sans réponse.

 

Les documents de Paris Dauphine proposant des partenariats aux entreprises n'évoquent jamais la problématique des liens d'intérêts.

 

La littérature sur ce sujet et les précautions prises par les plus grandes universités en économie au monde éclairent ces dysfonctionnements d'une lumière cruelle : Stanford (14), Berkeley (15), LSE (London School of Economics) (16), pour ne citer que le peloton de tête, se sont toutes dotées depuis plus de dix ans de mécanismes d'analyse et de protection, les COI policies (Conflict Of Interest policies) ; celles ci encadrent strictement les interactions université-entreprises, et définissent un cadre éthique de recherche et de partage des résultats.

 

Un auteur particulièrement prolifique sur ce sujet, David B. Resnik (NIEHS) définit les problèmes éthiques que posent ces collaborations université-entreprises : (17)

 

"Ethical issues or problems may arise, however, because researchers or institutions may have a financial conflict of interest (COI) that biases judgment or decisions-making and undermines adherence to professional, ethical, or legal standards.COIs can compromise the integrity of research and erode the public trust in science". (Resnik 2007)

 

Traduction:" Des questions ou des problèmes éthiques peuvent se poser quand les chercheurs ou les institutions développent un conflit d’intérêt financier qui entraîne un biais de jugement ou de prise de décision et fragilise l’adhésion aux standards professionnels, éthiques et légaux. Les conflits d’intérêts peuvent compromettre l’intégrité de la recherche et la confiance publique envers la science" (Resnik 2007)

 

"There is a growing body of evidence that financial interests influence research outcomes (Lexchin et al 2003, Krimsky 2003, Sismondo 2008)"

 

Traduction: "Il existe une littérature scientifique de plus en plus prolifique attestant que les intérêts financiers influencent les résultats des recherches" (Lexchin et al 2003, Krimsky 2003, Sismondo 2008)

 

" How Financial Interests Can Impact Research 

- Problem selection 

- Research design 

- Data collection 

- Data analysis 

- Data interpretation 

- Publication and data sharing "

 

" Comment les Intérêts Financiers peuvent-ils impacter la Recherche ?

  • Sélection des sujets traités
  • Design des recherches
  • Mode de collection des données
  • Analyse des données "
  • Interprétation des données
  • Publication et partage des données "

 

(NDA: Nous retrouvons ici l'angle de vue cher à l 'Institut Montparnasse : "problem selection", la sélection d’angles de recherche favorables aux thèses du financeur…)

 

"Managing Academic-Industry Collaborations 

Institutions should establish fair and effective policies and procedures for reporting research misconduct (e.g. data fabrication or falsification or plagiarism) as well as other violations of university policies or legal rules (such as violations of rules for research with human or animal subjects). 

The policies should encourage reporting and protect whistleblowers as well as those who are accused of wrongdoing. 

The institution should establish an office to oversee research integrity/ethics. The office should provide consultation and advice to faculty, students, staff, and administrators concerning ethical issues. A research integrity office can help ensure that ethical issues are dealt with on campus and that significant problems do not "fall through the cracks."

 

Traduction:

"Gestion des Collaborations Académie-Industrie

Les institutions devraient établir des politiques et des procédures justes et efficaces pour relever les falsifications de recherche (c’est à dire la fabrication de données ou le plagiat) ainsi que d’autres violations de politiques universitaires ou de règles légales (telles que les violations de règles sur la recherche humaine ou animale). 

Ces politiques devraient encourager les lanceurs d’alerte et les protéger aussi bien que ceux qui sont accusés de malversations.

Les institutions devraient établir un bureau de contrôle de l’intégrité et de l’éthique des recherches. Ce bureau devrait proposer consultations et conseils aux membres de la faculté, aux étudiants, aux employés, aux administrateurs, concernant les questions d’éthique. Un bureau de contrôle de l’intégrité de la recherche est le moyen d’assurer que les questions éthiques sont gérées au sein de l’Université et que ces problèmes importants « ne passent pas entre les mailles du filet »".

 

L'absence de politique de gestion des conflits d'intérêts semble être la règle à Paris Dauphine. A sa décharge, l'antériorité des liens entreprises-universités dans le monde anglo-saxon explique sans doute l'absence actuelle de prise en compte de ces problématiques cruciales que nous connaissons bien en médecine : le "Sunshine Act" à la française fait obligation aux laboratoires pharmaceutiques de déclarer tout don à un médecin de plus de dix euros (en oubliant toutefois les contrats de recherche, couramment de plusieurs de dizaines de milliers d’euros, de quelques centaines d’"experts" des agences publiques et des laboratoires privés, souvent les mêmes) et ces dons sont publiés en ligne et consultables par le public. 

 

La question soulevée ici est, comme l'indique Resnik, celle du risque d'érosion de la confiance du public dans la recherche universitaire, et plus grave, l'influence des politiques publiques par des groupes de pression dont les objectifs sont avant tout financiers et occultes.

 

Le financement public en tant que laboratoire d’excellence LABEX Institut Bachelier, dont dépend la chaire santé de Paris Dauphine, à hauteur de 8,5 millions d’euros, ainsi que les déductions fiscales dont bénéficient banques et assureurs mais aussi donateurs privés (allègement de l’ISF…) donnent pourtant toute légitimité à l’Etat pour définir les programmes de recherche qui influenceront la prise de décision publique. Nous aurions de nombreux thèmes a proposer dans ce cadre : efficience sociale et financière du régime Alsace Moselle, comparaison européenne du financement des soins de premiers recours ambulatoires, coût de la production de soin par le système ambulatoire libéral…Mais gageons que ces sujets pourtant fort intéressants pour la défense de notre système de santé ne sont pas à l'ordre du jour des recherches de la Chaire Santé Dauphine.

 

 

capturechaire.PNG

 

 

Capture d'écran de la page partenaires d'une des chaires de l'institut Louis Bachelier (Transitions démographiques, transitions économiques) : "nos travaux de recherche visent à faire des propositions de politiques publiques afin de réconcilier les générations". (18)

 

 

Medi fact Checkers:

 

Christian Lehmann, médecin généraliste, écrivain, initiateur de la pétition contre les franchises

Marco Gabutti, reviewer

Jacques Marlein, médecin généraliste retraité(FMF)

Yvon Le Flohic, médecin généraliste, élu MGF aux élections URPS (UFML)

Charles Cousina, médecin généraliste (UFML)

 

Aucun économiste indépendant n’a été blessé pendant la réalisation de cet article. Les auteurs ne présentent aucun conflit d’intérêt avec des compagnies mutualistes ou assurantielles ou des partis politiques. Ils s’engagent à ne pas comptabiliser le temps de réalisation de cet article et de la vidéo attenante dans le décompte de leur temps de travail.

 

N'oubliez pas de visionner la vidéo amusante et pédagogique: Brigitte Dormont ou l'économétrie pour les nuls

 

 

1. http://www.drees.sante.gouv.fr/IMG/pdf/comptes_sante_2013_edition_2014.pdf  

 

Les frais de gestion apparaissent p 243 : 

sécu 7,449 milliards 

état, collectivités, CMU-C : 0,887 

total public : 8,336 soit 4,22 % de leurs 197,502 milliards 

mutuelles : 3,257 milliards 

assureurs : 2,315 milliards 

instituts prévoyance : 0,799 

total de : 6,371 soit 19,9 % de leurs 32 milliards totaux .... (23,96 % pour les assureurs ....) 

 

pour comparaison la médecine générale avec ses 8,6 milliards fait 3,47 % du total dépenses 

Autrement dit, les frais de gestion de la Sécu sont de 126 euros par habitant, les frais de gestion des complémentaires de 96 euros pour un total frais de gestion de 222 euros par habitant… et la dépense annuelle de soins par un généraliste par habitant est de 130 euros 

(pour 66 millions d'habitants) 

 

2. http://www.institut-montparnasse.fr/la-sante-ne-fait-pas-la-loi/

 

3. la MGEN pousse ses médecins a devenir rentables http://rue89.nouvelobs.com/2012/06/30/la-mgen-pousse-ses-medecins-devenir-rentables-233332

 

4. https://www.ffsa.fr/webffsa/risques.nsf/html/Risques_070_0004.htm

 

5. http://www.cnt-f.org/sante-social.rp/mgen.pdf

 

6. http://www.institut-montparnasse.fr/institutpour-une-securite-sociale-durable/etudes/

 

7. https://www.ffsa.fr/webffsa/risques.nsf/html/Risques_69_0017.htm

 

8. http://www.fondation.dauphine.fr/fileadmin/mediatheque/docs_pdf/

 

9. diapositive 7 http://slideplayer.fr/slide/3513928/

 

10. http://www.elisabeth-guigou.fr/martine-aubry-annonce-son-equipe-de-campagne/

 

11. http://www.cae-eco.fr/IMG/pdf/didormont2.pdf

 

12. http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATTEF06102

 

13. http://www.sante.gouv.fr/metiers.html

 

14. https://doresearch.stanford.edu/research-scholarship/conflicts-interest/coi-policies

 

15. http://researchcoi.berkeley.edu/

 

16. http://www.lse.ac.uk/supportingLSE/PoliciesAndProcedures.aspx

 

17. http://www.tudelft.nl/fileadmin/UD/MenC/Support/Internet/TU_Website/TU_Delft_portal/Over_TU_Delft/Strategie/Integriteit/Resnik_Ethical_Problems_Concerning_Academic-Industry_Collaborations.pdf

 

 

18. http://www.tdte.fr/search.aspx?mode=partners&rezp=1000

 
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