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07/07/2015

RAINBOW WARRIOR: UN CRIME SOUS MITTERRAND

"La lutte de l'homme contre le pouvoir, c'est la lutte de la mémoire contre l'oubli"

 

Milan Kundera

 

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10 Juillet 1985. Une brève. Le Rainbow Warrior, navire amiral de la flotte de l’organisation pacifiste Greenpeace, aurait coulé dans le port d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, à l’autre bout du monde.

 

 

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Pour ma génération, pour ceux qui avaient poussé un cri de joie en voyant apparaître sur l’écran de télévision le visage pixellisé de François Mitterrand à la télévision au soir du 10 Mai 1981, cet été sera meurtrier. Nous avions subi pendant de longues années une droite bien-pensante certaine que le pouvoir lui était acquis à vie. Mitterrand, pour nous, c’était, enfin, le socialisme, la rose au poing, l’espoir d’un monde sans crime.

 

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Nous avions imaginé que le PS, s’il s’avérait moins doué pour l’économie, nous débarrasserait au moins des inégalités sociales, et de certaines dérives post-coloniales. Au lieu de cela, comme me le déclarerait Edwy Plenel en interview quelques années plus tard: « La succession des reniements qui se sont joués pendant le premier septennat devrait nous sauter à la figure : sécurité, rigueur,recul du social, raison d'Etat... C'est sous le mitterrandisme, avec sa politique monétariste, que s'est produit un basculement sidérant du travail vers le capital. » Tout ceci était décelable en 1985 pour ceux qui s’astreignaient à refuser (et ils étaient fort peu nombreux) la mitterrandolâtrie, mais ce pouvoir semblait au moins encore avoir les mains propres.

 

Et puis ces deux bombes posées sur la coque du Rainbow Warrior, et quelques heures plus tard un couple arrêté par la police néo-zélandaise au moment où il remet au loueur une camionnette vue sur les lieux de l’attentat. Ces deux faux-époux Turenge retenus à l’aéroport, bizarrement munis de passeports suisses… alors que la Suisse était l’un des rares pays à l’époque à avoir informatisé ces informations, ce qui permit aux néo-zélandais de savoir très rapidement que les passeports étaient des faux. La révélation de leur qualité d’agents secrets français, puis les dénégations surréalistes, pendant des semaines, du gouvernement français. Pierre Joxe, ministre de la Justice, prêtant main forte aux investigateurs néo-zélandais à la demande de Laurent Fabius, Premier ministre de l’époque. Charles Hernu, ministre de la Défense, affirmant « les yeux dans les yeux » à l’un et à l’autre que ses services n’avaient aucune responsabilité dans l’affaire .Mitterrand ne daignant même pas s’abaisser à répondre aux interrogations, et débarquant dans le Pacifique pour assister à quelques nouveaux essais nucléaires, histoire de montrer que son pouvoir personnel n’acceptait aucune contrainte, intérieure ou extérieure.

 

 

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Et de jour en jour, dans la presse, des bribes, des sous-entendus, des intox distillées par quelques officines pour embourber l’affaire. Ils sont quelques-uns à l’époque à traquer la vérité, et pour ceux qui comme moi ressentent confusément un trouble grandissant devant ce que semble révéler cette affaire, Plenel est aux avant-postes, avec Marion, Derogy, Pontaut…

 

Dans "La Troisième Equipe" ( ed. Don Quichotte), Edwy Plenel remonte trente ans en arrière et nous ramène à cet été 1985. L’empire soviétique s’effrite, l’apartheid domine en Afrique du Sud, l’Irak de Saddam Hussein est le grand allié des Occidentaux contre l’Iran de Khomeini. Plenel est alors rubriquard au Monde, et il fait revivre en quelques pages ce monde disparu de la presse d’avant-hier, la presse d’avant Internet, d’avant les réseaux sociaux. Une presse papier fabriquée par des artisans dans un décor qui ne semble pas avoir beaucoup changé depuis l’avant-guerre.

 

Pour qui se sent un minimum citoyen du monde, pour qui n’obéit pas le doigt sur la couture du pantalon aux injonctions du patriotisme cocardier, l’idée que le gouvernement français aurait pu mener à bien un attentat terroriste sur le bateau d’une organisation non-gouvernementale pacifiste dans le port de la capitale d’un pays ami est effrayante. Et pourtant on peut trouver dans la presse d'alors des éditorialistes pour défendre cet attentat. Minute salit la mémoire de Fernando Pereira, le photographe décédé dans la seconde explosion, et l’étiquette « agent de Moscou ». Le Figaro-Magazine laisse entendre que la France ne saurait mettre de gants dans cette région du monde où nos ennemis héréditaires, les Anglo-Saxons, tentent de contester notre droit sacro-saint à irradier les populations pour consoler le pouvoir mitterrandien déclinant de ses dysfonctions érectiles.

 

 

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C’est un monde d'avant Internet, d'avant les réseaux, mais quiconque a des amis étrangers perçoit à quel point l’attitude du gouvernement français est suicidaire, suicidaire et obscène. Et puis début septembre l’édifice de mensonges s’effondre, quand Edwy Plenel révèle l’existence d’une troisième équipe de nageurs de combat, responsable de l’attentat lui-même, alors que les agents arrêtés ont servi à amener les explosifs sur place et à planifier la logistique. On apprend beaucoup de choses, on apprend qu’une agent française s’est infiltrée sur le bateau pendant des semaines, a vécu une aventure amoureuse avec une militante pacifiste, a partagé les repas et l’amitié de celui qui va mourir pour raison d’Etat. Des fusibles sautent, au niveau politique (Charles Hernu), militaire (l’amiral Lacoste) et François Mitterrand passe à autre chose. C’est un moment stupéfiant, le moment où le pouvoir personnel de cet homme est mis à nu, et dans le même temps conforté: il est possible de tuer un innocent à l’autre bout du monde et de continuer, de durer, alors que tout le monde sait.

 

 

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« Le reproche radical que l'on peut faire au mitterrandisme, » me dira Plenel, « c'est d'avoir totalement épousé la Veme République, que l'homme avait pourtant conspuée, en contribuant à accroître sa logique institutionnelle de privatisation du pouvoir, d'identification monarchiste à un individu. Je suis convaincu que, si un accident de l'Histoire donnait la majorité à un quelconque national-populisme, celui-ci pourrait, sans problème, instaurer une république autoritaire,voire dictatoriale.Tous les éléments constitutionnels y sont:il peut passer outre au Parlement, soumettre le pouvoir judiciaire, s'appuyer sur l'article 16. C'est la fameuse phrase de Mitterrand :« Ces institutions étaient dangereuses avant moi, elles le seront après moi. » Cette formule est férocement individualiste, révélant une profonde indifférence aux autres.»

 

Pendant les années qui suivirent, Edwy Plenel poursuivit son travail d’investigation, et devint la bête noire du Prince, qui le plaça sous écoute. Le monde d’aujourd’hui n’est pas né de nulle part,la fascination du pouvoir actuel pour le renseignement, la morgue hors-sol de ceux qui nous avaient promis le changement et se vautrent sous les ors de la République, rien de tout cela n’est neuf. Du hollando-vallsisme au mitterrandisme, il n’y a qu’un pas.

« Ces institutions étaient dangereuses avant moi, elles le seront après moi». A qui Hollande, Valls et Cazeneuve laisseront-ils la Loi   Renseignement en 2017?

 

Dans les années qui suivront, l’ombre de cette affaire poursuivra Edwy Plenel, et nombre de ses protagonistes. Dans "La Troisième Equipe", le créateur de Mediapart montre une grande retenue pour les acteurs de cette tragédie, pour les sous-fifres qui agirent sur le terrain, réservant sa colère pour les tireurs de ficelle dont il nous apprend que l’un finira au directoire d’HSBC, l’autre au directoire de Vivendi.

 

 

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Dix ans plus tard,en 1995, Dominique Prieur,l’ex fausse-épouse Turenge, livrera dans Agent Secrète (ed. Fayard) «sa» vérité sur l'affaire Greenpeace. On attendait des révélations, voire une remise en cause, de la part de celle que son gouvernement, commanditaire de l'opération, faillit bien lâcher. On obtient 240 pages d'auto-justification, ou le périple d'une petite bourgeoise séduite par l'uniforme et qui devient l'une des premières femmes françaises à pratiquer «un métier de voyou exercé par des seigneurs », selon le mot d'Alexandre de Marenches. Voire... Dès le départ, Dominique Prieur et ses collègues nourrissent de graves doutes sur la légitimité et la faisabilité de cette action brutale dirigée contre un mouvement inoffensif, et plus encore sur ses modalités.Tous soulignent que le déclenchement de deux charges l'une après l'autre contre la coque du bateau, alors qu'il suffirait d'en endommager l'arbre d'hélice ou le gouvernail, est absurde et multiplie le risque de faire des victimes à bord. Mais l'ordre est maintenu et : «De toute façon une mission ne se refuse pas. Ou alors, il faut changer de métier !»

L'opération a lieu, c'est le fiasco que l'on sait.

Arrêtée, puis jugée, Dominique Prieur n'a qu'un souci : qu'à travers ce procès, l'image de la France ne soit ternie. Si la mort d'un homme est «dure à assumer», elle ne supporte pas que la presse titre sur «les Pieds Nickelés de la DGSE».

Ses malheurs, bien réels, sa détention, pénible, nous sont narrés par le menu. Il est clair que, larguée dans le Pacifique, elle ne comprend rien de ce qui se passe au niveau politique à Paris, où Fabius lâche Joxe aux trousses de Hemu. Que dix ans plus tard, reclassée à la... Direction des centres d'expérimentation nucléaires, elle ne saisit toujours pas quels rouages secrets ont mis en place puis fait échouer cette mission. Et qu'elle n'en a cure. Courageux petit soldat, elle tient à se justifier, en répétant qu'elle a suivi les ordres.
 
Si on lui avait demandé d'aller tuer un homme innocent, aurait-elle obéi sans état d'âme? lui demande Jean-Marie Pontaut, célèbre journaliste d'investigation, en guise de postface.«En l'occurrence», répond-elle, «je n'ai jamais été confrontée à ce dilemme, puisqu'on ne me l'a jamais demandé». Comme quoi François Mitterrand n'a pas le monopole du sophisme…

 

Parmi les victimes, seront passés par pertes de profits les militants de Greenpeace France. Choqués, culpabilisés ( c’est en les infiltrant que la DGSE a réussi à mettre en place l’opération), ils seront plus ou moins lâchés par la maison-mère.

 

Les années ont passé, Mitterrand n’est plus. De temps en temps on ressort la statue de cire du Commandeur, on rappelle « Touche pas à mon pote », et la fin de la peine de mort. Ses amis tressent ses louanges, sa grande culture, son sens de l’Etat. On s’intéresse à sa vie privée,elle émoustille à l’heure des déballages trierweileresques. « Il y a aussi des moments de regrets et de manque. C'est parfois douloureux. En réalité je n'ai pas l'impression qu'il m'ait quittée, il est encore en moi. J'y pense encore tous les jours », écrit sa fille.

 

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Fernando Pereira aussi manque à sa fille Marelle, et reste dans son coeur: "Moi et ma famille avons pour ainsi dire accepté ce qui s'est passé en 85, mais cela ne veut pas dire que nous sommes prêts à pardonner ou à oublier. Chaque jour, chaque année, vous tournez un peu plus la page, vous arrivez un peu mieux à vivre avec votre passé mais cela ne veut pas dire que vous ne pensez pas à votre père tous les jours. Ou que vous ne pleurez pas sur sa disparition certains jours en vous rappelant les bons souvenirs que vous avez..."

 

 

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Fernando Pereira, photographe de presse, dont le seul crime était de suivre le périple du Rainbow Warrior en Nouvelle Zélande. Fernando Pereira qui avec tout l’équipage du bateau avait aidé quelques jours plus tôt à évacuer les habitants de l’atoll de Majuro, capitale des îles Marshall.

 

 

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L’équipage avait adressé ce télex au président Mitterrand:

« Nous tenons à exprimer notre réprobation envers ces tests, non seulement en raison de l’aggravation de la course aux armements nucléaires qu’ils engendrent, mais aussi à cause du mépris indigne de la France envers les souhaits des peuples du Pacifique qui veulent faire de leur océan une zone libre. Nous sommes actuellement engagés dans une opération humanitaire d’évacuation des habitants de l’atoll de Rongelap, sévèrement contaminés par des tests nucléaires américains dans les années 40 et 50- et dont les îles demeurent dangereusement radioactives jusqu’à ce jour. La France doit- elle continuellement répéter les erreurs des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne dans le Pacifique? Doit-elle continuer à ignorer avec morgue l’opinion publique locale et dans le monde qui crie « Assez »?»

 

 

La réponse à cette supplique de lèse-majesté ne se fit pas attendre, envoya le Rainbow Warrior par le fond et tua Fernando Pereira. Dans « La Troisième Equipe », Edwy Plenel s’attarde un instant sur ceux qui conspuent le travail de Mediapart lors des scandales politico-financiers de ces dernièresannées,

 

« Ce journalisme de gouvernement qui s’empresse de réclamer des preuves quand nous mettons sous les yeux des faits. Habitué à être du côté du fort plutôt que du faible, il n’imagine pas l’inégalité des armes entre nos curiosités démocratiques et les secrets illégitimes grâce auxquels les pouvoirs et les puissants se protègent du regard des citoyens ».

 

 

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Une investigation comme celle qui démonta l’écheveau de mensonges du pouvoir mitterrandien serait-elle envisageable aujourd’hui, demande-t’il, alors que l’Etat vient de se doter de moyens d’espionner tous et chacun sans intervention de la justice. « La Troisième Equipe » est le récit d’une enquête qui avança à tâtons, par recoupements, demi-aveux, coups de pouce. Dans le même interview, il m’avait dit,au sujet de ses sources: « L'Etat n'est pas fait que d'hommes politiques! N'oublions pas que les questions d'éthique que nous nous  posons, un policier, un magistrat, un préfet, un conseiller d'Etat... se les posent aussi. On ne nous donne jamais une information pour nos beaux yeux, mais lucidement. Certains de ceux qui, par fonction, savent, nous confient tel ou tel secret au nom d'une réflexion de citoyen, la même que vous et moi. Ils prennent des risques pour cela. »

 

Au final, le livre d'Edwy Plenel est aussi un hommage à ces anonymes qui, au sein de l’appareil d’Etat, refusent la tentation du despotisme. Refusent que certaines victoires troquent une survie momentanée contre un éternel naufrage.

 

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Christian Lehmann

 

Boîte noire:

 

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En 1993, j'ai publié "Un monde sans crime", un roman noir dévoilant la face cachée du mitterrandisme à travers l'affaire du Rainbow Warrior. L'année précédente, Edwy Plenel avait publié "La Part d'Ombre". Nous avons sympathisé, et je l'ai interviewé à plusieurs reprises pour Impact-Médecin.

 

07/06/2015

Economistes sous influence: les conflits d'intérêt nuisent gravement à la politique de santé

 

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Depuis des mois, Marisol Touraine répète en boucle que le tiers-payant généralisé est une simple mesure de justice sociale qui règlera les problèmes d’accès aux soins en France. 

Mais une des économistes les plus en vue au Parti Socialiste, ancienne membre de l’équipe de campagne de Martine Aubry, conseillère du Premier ministre Manuel Valls et membre d’un impressionnant réseau de think-tanks, vend la mèche sur France-Culture quelques jours à peine après le passage du projet de loi Santé à l’Assemblée Nationale. 

Sans cacher sa jubilation, Brigitte Dormont, de la Chaire Santé Paris-Dauphine, révèle que le tiers-payant signe « la mort annoncée de la médecine libérale », et que « c’est une bonne chose ». Enfonçant le clou, elle confirme ce que dénoncent sans relâche depuis plus de deux ans une majorité de professionnels hostiles à cette Loi : les médecins, payés directement par l’assureur, en deviendront dépendants, devront suivre ses consignes. « L’organisme en charge du paiement », annonce t-elle fièrement, aura « les moyens financiers de faire pression sur les médecins ».

Si ce désastre réjouit Brigitte Dormont, c’est que la ligne directrice de ses travaux, depuis des années, consiste à dénigrer les médecins. Dans une étude intitulée « Est-il profitable d’être médecin généraliste », elle utilise des équations mathématiques qu’elle manipule au gré de ses besoins pour nier que le différentiel de revenu entre médecins et cadres tient à l’amplitude des horaires de travail. Dans une autre étude particulièrement caricaturale, « Médecins généralistes à faibles revenus : une préférence pour le loisir ? », une de ses collègues explique benoîtement que si certaines femmes-médecins ont de faibles revenus, c’est qu’elles consacrent trop de temps aux loisirs et pas assez à leur pratique médicale. La preuve ? Nombre d’entre elles ont obtenu tardivement leur thèse, ce qui « pourrait révéler un manque de motivation du futur médecin qui se traduirait… par une plus grande difficulté à attirer sa clientèle ». Lorsqu’on sait la difficulté pour une jeune interne de mener conjointement cursus hospitalier et grossesse, la piètre prise en charge des congés-maternité des femmes médecins de ville, ou le fait que la profession de généraliste fait partie des grossesses considérées comme à risque, on reste ébahi de l’incohérence des conclusions hâtives d’économistes hors-sol totalement déconnectés de la réalité de la pratique quotidienne, et pour qui médecin comme patient ne représentent que des variables économiques. 

Biais méthodologiques manifestes, bidouillage des données économiques, jugements à l’emporte-pièce, refus de confronter leurs théories farfelues à la réalité sociologique, « certains économistes théoriques peuvent parfois être assez déconnectés de la réalité », comme l’énonce un chercheur à l’Ecole d’économie de Toulouse récemment dans Les Echos.

Mais au-delà de ces partis pris, c’est tout le fonctionnement de la Chaire Santé Paris-Dauphine qui est en cause. En l’absence des régulations mises en place par les meilleures universités anglo-saxonnes ( Berkeley, Stanford, London School of Economics), pour gérer les liens d’intérêt, des puissances financières : banques, assureurs, peuvent étendre leur influence au sein de l’Université Française et la transformer en simple faire-valoir, caution qu’ils utilisent à des fins de lobbying afin d’influencer la décision politique. 

Le rôle de Brigitte Dormont, économiste contemptrice des médecins libéraux qu’elle rêve voir demain « dépendants de leurs financeurs » avec qui par le plus grand des hasards elle met en place de lucratifs partenariats public-privé au sein de l’Université, pose question : Les conflits d’intérêt nuisent gravement à la politique de santé.

 

Pour ceux qui veulent pousser la réflexion plus avant, deux textes longs:

Mort planifiée de la médecine libérale: A qui profite le crime?

et

Les conflits d'intérêt nuisent à la politique de santé

ainsi qu'une vidéo amusante, et pédagogique:

Brigitte Dormont, ou l'économétrie pour les nuls

Les conflits d'intérêts nuisent gravement à la politique de santé.

 

 

"Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées" Winston Churchill.

 

"There are three types of lies : lies, damned lies, and statistics ». Mark Twain

 

 

Le secteur de la santé voit depuis quelques années s'affronter les appétits féroces de grands groupes, pharmaceutiques et assurantiels. De nombreux projets, qu'ils concernent des médicaments innovants, de nouvelles maladies, de nouvelles "guidelines" sont promulgués par des experts pas toujours neutres, à l'aide d'études qui peuvent être biaisées.

 

Les années passant, le phénomène semble s'aggraver, et les médecins généralistes se sentant quelque peu cernés ont développé, en partie grâce aux réseaux sociaux, leur liberté de ton et de jugement, ont créé des structures de résistance (Formindep, La Revue Prescrire, les blogs, entre autres) et sont régulièrement montés au créneau pour dénoncer certaines absurdités ministérielles,administratives ou médicales (vaccinodromes de Roselyne Bachelot pendant la grippe H1N1, dépistage du cancer de la prostate par test sanguin, business de l’alzheimerologie, recommandations vaccinales douteuses à géométrie variable…).

 

Ils constatent avec stupeur l'absence d'investissement dans les soins primaires de santé, pourtant défini par l’OMS comme étant une priorité seule à même de faire évoluer positivement un système de soin, que ce soit sur le plan de l'accès ou de la qualitédu soin.

 

Il faut en effet faire le constat qu'en 2013, le coût d’administration de la Sécurité Sociale était quasiment deux fois supérieur à celui de la médecine générale, dont pourtant, on n'arrête pas de regretter la disparition, nocturne et diurne.(1)

 

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Cette absence d'investissement fait exploser des dépenses indues, et contreproductives, en particulier les transports sanitaires et la consommation de soins banals aux urgences ; elle constitue une économie factice qui d'année en année nous coûte collectivement très cher, tout en dégradant la qualitédu soin.

 

De tout cela nous ne trouvons guère trace dans les publications officielles ou universitaires, et les experts en santé qui légitiment voire organisent la politique de santé ne semblent pas s'intéresser à ces sujets fondamentaux : quelle architecture pour notre système de soin? Qui doit faire quoi ? Où doit aller l'investissement ?

 

A l'occasion de l’étude de la Loi Santé de Marisol Touraine, nous avons découvert la façon dont fonctionne une partie significative du monde de l’expertise en politique de santéainsi que la fabrique du consensus pré-législatif.

 

Beaucoup de structures, think tanks, associations, sont subventionnés plus ou moins discrètement par des organismes qui ont un intérêt financier direct dans la façon dont seront orientées les études. Le monde de la santé étant exposé de longue date aux conflits d'intérêts, nous sommes quelque peu habitués à décrypter les études et leurs biais, et à pister ces liens d'intérêts.

 

Quelques jours après l'adoption du projet de Loi Santé par l'Assemblée Nationale, nous avons remarqué l'éditorial à charge de Jean-Michel Laxalt, dirigeant de l'Institut Montparnasse (2), institut créé et financé par la MGEN sans que ses adhérents en connaissent le coût.

 

Dans cet éditorial férocement à charge Jean-Michel Laxalt s'égare quelque peu, associant les médecins libéraux aux lobbys pro-alcool ou pro-tabac, allant jusqu'à les accuser d'avoir retardé de dix ans la mise en place de l'Assurance Maladie alors que celle ci fut installée en 1928 sous l'impulsion de Rayond Poincaré (5 avril 1928 et 30 avril 1930 : Lois créant au bénéfice des salariés de l’industrie et du commerce le premier système complet et obligatoire d’assurances sociales, couverture des risques maladie, maternité, invalidité, vieillesse, décès).

 

Cet adversaire déclaré de la médecine libérale a été vice-président de la MutualitéFrançaise et a dirigé la MGEN et ses centres de santé, et nous ne pouvons que difficilement souscrire à la politique qui y a été menée, qu'il souhaiterait sans doute voir répliquer au niveau national… Eric Chenut, responsable de ces centres de santé, a fait deux aveux en 2012 : le tarif des actes à 23 euros est trop faible pour assurer la survie des centres de santé ; et la gestion du tiers payant coûte très cher : "Pas de porte de sortie possible du côté d’une hausse de cotisations qui serait insupportable pour les assurés, ni du côté de la Sécurité sociale qui fait la sourde oreille aux demandes de réévaluation du tarif de la consultation de base (23€), des charges financières importantes pour gérer le tiers payant dans les établissements : il ne reste qu’à introduire de nouveaux modes d’organisation » Pour gagner davantage et rentabiliser l’activité, est-il suggéré chiffres àl’appui aux praticiens, il faut voir plus de patients par heure (quatre) et recourir à des actes techniques bien plus importants que ceux facturés aujourd’hui par les centres de la MGEN (3). Est-ce à dire qu’il faudrait organiser une surconsommation d'actes inutiles ?

 

Jean-Michel Laxalt a par ailleurs dirigé l'UNOCAM, instance de représentation de l’ensemble des familles de complémentaires, qu'elles soient mutualistes ou capitalistiques, sans oublier les institutions de prévention. Les points d'accord y semblent bien plus nombreux que les sujets d'opposition : tous les avis y ont été rendus à l’unanimité(4) après une durée de fonctionnement de deux années, mettant à mal l’antienne si souvent répétée qu’il existerait un « esprit mutualiste »encore aujourd’hui fondamentalement différent de la logique assurantielle.

 

Le point fondamental jamais évoqué est que la dérive philosophique des mutuelles est due à la mise en place de politiques de segmentation de l'offre totalement contraires aux principes de la Sécurité Sociale : ainsi disparaît la solidarité intergénérationnelle et le principe même de la mutualisation du risque. La raison en est fort simple : les assureurs de la FFSA concurrencent les mutuelles avec des contrats low-cost en direction des jeunes, sans mutualisation du risque (avec donc des prix qui s'envolent pour les personnes âgées mais des prix attractifs pour les jeunes) ; ainsi les mutuelles historiques ont subi une érosion dans l’acquisition de jeunes cotisants, avec à terme le risque de n'avoir que des clients à risque ou âgés; leur réponse a été de segmenter et de finalement désolidariser en appliquant les mêmes principes que leurs adversaires : on passe d'une mutualisation solidaire du risque à un projet bien plus individualiste. (5)

 

Sans surprise on retrouve donc d'autres lieux de convergence d'intérêts communs entre les assureurs privés et la Mutualité. 

 

Le site de l'Institut Montparnasse nous apprend qu'un programme de recherche a été mis en place par cet institut, avec la MGEN et l'ISTYA (mutualistes), il s’agit d’un "programme d’études soumis aux partenaires universitaires. Sont privilégiés des angles d’étude délaissés voire totalement ignorés par les recherches et publications auxquelles se réfère le débat public." (6)

 

Il est ici indiqué que le programme de recherche est élaboré par les assureurs, et ensuite soumis à des laboratoires de recherche. Et que ces recherches privilégient des approches et des thèmes choisis par les assureurs.

 

Deux structures imbriquées qui acceptent de travailler dans ces conditions ont retenu notre attention pour différentes raisons que nous allons détailler : la Fondation du risque de l'Institut Louis Bachelier et la Chaire Santé Paris Dauphine.

 

La Fondation du risque (7), a été créée par un banquier, André Lévy Lang, et regroupe assureurs privés et ex-mutualistes autour d'une structure de recherche ; le conseil de surveillance intègre aussi bien Axa (Allianz), que Groupama ou SCOR (dont le dirigeant actuel est Denis Kessler, ex dirigeant du MEDEF, d'AXA et de la FFSA ; Guillaume Sarkozy y représente Malakoff Médéric). 

 

La seconde structure qui a attiré notre intérêt, c’est la chaire santé Paris Dauphine. Créée par l’économiste Claude Le Pen en 2007 avec un partenariat d'Axa (Allianz) assurant un financement de 300.000 € pendant 5 ans, elle fait partie de cette Fondation du risque. L’économiste Brigitte Dormont a succédé à Claude Le Pen en 2009, avec initialement ce financement Axa, puis en 2012 un financement MGEN, probablement du même niveau (8).

 

Les objectifs de cette chaire sont la recherche mais aussi "améliorer la qualité du débat public sur les questions d'efficience et de régulation".

 

Les deux partenaires actuels, l'Institut Montparnasse et la MGEN ne font qu'un en réalité, puisque le deuxième finance le premier (sans que l'on sache précisément à quelle hauteur).

 

Les interactions sont décrites comme fortes, puisque dans les quatre items décrivant l'activité de cette chaire nous trouvons "interaction avec la MGEN sur des questions de régulation du secteur" (9), et que nous avons vu précédemment que l'institut Montparnasse soumet les thèmes d'études qu'il a préalablement défini à cette Chaire Santé, avec un angle différent (et à sa convenance) de ce qui a pu se pratiquer dans le passé.

 

Qui est Madame Brigitte Dormont la directrice de cette Chaire ? 

 

Elle est actuellement titulaire de la Chaire Santé Dauphine (Institut Louis Bachelier), directrice du Laboratoire d'économie et de gestion des organisations de santé (LEGOS) et codirectrice du programme Économie publique et redistribution au CEPREMAP. Elle est aussi membre du Haut-Conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie (depuis 2011), du comité d’experts de l’Institut des données de santé (depuis 2011) et de la Commission des comptes de la santé (depuis 2001). Elle a été nommée en 2012 au conseil d'analyse économique, instance qui conseille directement le Premier ministre ; elle intervient dans nombre de commissions dont «Evaluation des stratégies de Santé», puis «Evaluation économique et santépublique », Haute Autorité de Santé(2004-2009).

 

 

Elle est par ailleurs membre de deux think-tanks proches du PS (Terra Nova, Fondation Jean Jaurès) et membre de l'équipe de campagne de Martine Aubry en 2011 (10)

 

La déclaration d'intérêts de Brigitte Dormont au Conseil d'Analyse Economique indique, malgré ce que nous venons d'observer, une absence totale de liens d'intérêts, qu'ils soient politiques ou financiers. (11)

 

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Cette déclaration ne semble pas suivre les normes légales définies par l' Article R1451-2 du code de santé publique, cette déclaration devant inclure "Les travaux scientifiques et études pour des organismes publics ou privés".

 

Récemment interrogée sur France Culture, l'économiste de la santé Brigitte Dormont s'est exprimée sur la loi de santé et sur la mise en place du tiers payant généralisé. 

Le tiers payant généralisé,"c'est la mort annoncée de la médecine libérale et c'est une bonne chose parce que la médecine libérale est incompatible avec un système d'assurance maladie comme le nôtre", explique-t-elle avant d'ajouter quelques minutes plus tard, "le tiers payant généralisé rend les médecins dépendants du financeur""Si l'Assurance maladie veut faire pression sur les médecins, elle a les moyens financiers de faire pression sur les médecins", conclut-elle. Ainsi, "les médecins recevront leurs rémunérations de la sécurité sociale ou de l'organisme qui sera en charge du paiement", leur niveau de vie et leur rémunération "dépendra du financeur".

 

Nous reconnaissons là des prises de position profitables aux assureurs, qu'ils soient publics ou privés, et le discours méprisant de Jean-Michel Laxalt.

 

Le déni de réalité est extraordinaire : Brigitte Dormont indique que la médecine libérale serait incompatible avec notre système actuel, alors que la quasi-totalité de la médecine ambulatoire, médecine de ville, est pratiquée par des libéraux qui constituent précisément l’essentiel de la première ligne de soins. Sur 102.140 omnipraticiens recensés par l’INSEE en 2014, 69.226 exercent en libéral (ou avec une activité salariée annexe) (12). On peut parfaitement appeler de ses vœux un système totalement public, celui-ci n’existe pas actuellement, et l’Université gagnerait grandement en crédibilité en acceptant, même à son grand regret, cette réalité.

 

Constatons toutefois que ce passage sous silence d’environ la moitié du système de santéfrançais n’est pas spécifique de la chaire santé Paris Dauphine : le Ministère de la Santé lui-même publie une liste des 200 métiers de la santé et oublie…les médecins et les chirurgiens (mais a inclu les chefs administratifs de pôles et les indispensables…conseillers en communication!) (13)

 

Comment Brigitte Dormont a-t-elle pu faire cette déclaration et nier la simple réalité de notre système de santé tel qu'il existe ? Qu’est ce qui peut expliquer un tel scotome intellectuel, lui faisant perdre de vue la moitié de notre système de santé? 

 

Cette explication tient probablement dans les liens d'intérêts décrits précédemment, les prises de position de Mme Dormont épousant curieusement les intérêts et discours des partenaires de la Chaire Santé.

 

Nous avons recherché des mécanismes de protection vis a vis des conflits d'intérêts et des liens d'intérêt, mais n'avons trouvé aucun document, aucune publication à ce sujet. La responsable des partenariats entreprises de Paris Dauphine jointe téléphoniquement n'a semble-t-il pas entendu parler de ces problématiques, et l'interrogation par mail du vice président de Paris Dauphine chargé des relations aux entreprises est restée sans réponse.

 

Les documents de Paris Dauphine proposant des partenariats aux entreprises n'évoquent jamais la problématique des liens d'intérêts.

 

La littérature sur ce sujet et les précautions prises par les plus grandes universités en économie au monde éclairent ces dysfonctionnements d'une lumière cruelle : Stanford (14), Berkeley (15), LSE (London School of Economics) (16), pour ne citer que le peloton de tête, se sont toutes dotées depuis plus de dix ans de mécanismes d'analyse et de protection, les COI policies (Conflict Of Interest policies) ; celles ci encadrent strictement les interactions université-entreprises, et définissent un cadre éthique de recherche et de partage des résultats.

 

Un auteur particulièrement prolifique sur ce sujet, David B. Resnik (NIEHS) définit les problèmes éthiques que posent ces collaborations université-entreprises : (17)

 

"Ethical issues or problems may arise, however, because researchers or institutions may have a financial conflict of interest (COI) that biases judgment or decisions-making and undermines adherence to professional, ethical, or legal standards.COIs can compromise the integrity of research and erode the public trust in science". (Resnik 2007)

 

Traduction:" Des questions ou des problèmes éthiques peuvent se poser quand les chercheurs ou les institutions développent un conflit d’intérêt financier qui entraîne un biais de jugement ou de prise de décision et fragilise l’adhésion aux standards professionnels, éthiques et légaux. Les conflits d’intérêts peuvent compromettre l’intégrité de la recherche et la confiance publique envers la science" (Resnik 2007)

 

"There is a growing body of evidence that financial interests influence research outcomes (Lexchin et al 2003, Krimsky 2003, Sismondo 2008)"

 

Traduction: "Il existe une littérature scientifique de plus en plus prolifique attestant que les intérêts financiers influencent les résultats des recherches" (Lexchin et al 2003, Krimsky 2003, Sismondo 2008)

 

" How Financial Interests Can Impact Research 

- Problem selection 

- Research design 

- Data collection 

- Data analysis 

- Data interpretation 

- Publication and data sharing "

 

" Comment les Intérêts Financiers peuvent-ils impacter la Recherche ?

  • Sélection des sujets traités
  • Design des recherches
  • Mode de collection des données
  • Analyse des données "
  • Interprétation des données
  • Publication et partage des données "

 

(NDA: Nous retrouvons ici l'angle de vue cher à l 'Institut Montparnasse : "problem selection", la sélection d’angles de recherche favorables aux thèses du financeur…)

 

"Managing Academic-Industry Collaborations 

Institutions should establish fair and effective policies and procedures for reporting research misconduct (e.g. data fabrication or falsification or plagiarism) as well as other violations of university policies or legal rules (such as violations of rules for research with human or animal subjects). 

The policies should encourage reporting and protect whistleblowers as well as those who are accused of wrongdoing. 

The institution should establish an office to oversee research integrity/ethics. The office should provide consultation and advice to faculty, students, staff, and administrators concerning ethical issues. A research integrity office can help ensure that ethical issues are dealt with on campus and that significant problems do not "fall through the cracks."

 

Traduction:

"Gestion des Collaborations Académie-Industrie

Les institutions devraient établir des politiques et des procédures justes et efficaces pour relever les falsifications de recherche (c’est à dire la fabrication de données ou le plagiat) ainsi que d’autres violations de politiques universitaires ou de règles légales (telles que les violations de règles sur la recherche humaine ou animale). 

Ces politiques devraient encourager les lanceurs d’alerte et les protéger aussi bien que ceux qui sont accusés de malversations.

Les institutions devraient établir un bureau de contrôle de l’intégrité et de l’éthique des recherches. Ce bureau devrait proposer consultations et conseils aux membres de la faculté, aux étudiants, aux employés, aux administrateurs, concernant les questions d’éthique. Un bureau de contrôle de l’intégrité de la recherche est le moyen d’assurer que les questions éthiques sont gérées au sein de l’Université et que ces problèmes importants « ne passent pas entre les mailles du filet »".

 

L'absence de politique de gestion des conflits d'intérêts semble être la règle à Paris Dauphine. A sa décharge, l'antériorité des liens entreprises-universités dans le monde anglo-saxon explique sans doute l'absence actuelle de prise en compte de ces problématiques cruciales que nous connaissons bien en médecine : le "Sunshine Act" à la française fait obligation aux laboratoires pharmaceutiques de déclarer tout don à un médecin de plus de dix euros (en oubliant toutefois les contrats de recherche, couramment de plusieurs de dizaines de milliers d’euros, de quelques centaines d’"experts" des agences publiques et des laboratoires privés, souvent les mêmes) et ces dons sont publiés en ligne et consultables par le public. 

 

La question soulevée ici est, comme l'indique Resnik, celle du risque d'érosion de la confiance du public dans la recherche universitaire, et plus grave, l'influence des politiques publiques par des groupes de pression dont les objectifs sont avant tout financiers et occultes.

 

Le financement public en tant que laboratoire d’excellence LABEX Institut Bachelier, dont dépend la chaire santé de Paris Dauphine, à hauteur de 8,5 millions d’euros, ainsi que les déductions fiscales dont bénéficient banques et assureurs mais aussi donateurs privés (allègement de l’ISF…) donnent pourtant toute légitimité à l’Etat pour définir les programmes de recherche qui influenceront la prise de décision publique. Nous aurions de nombreux thèmes a proposer dans ce cadre : efficience sociale et financière du régime Alsace Moselle, comparaison européenne du financement des soins de premiers recours ambulatoires, coût de la production de soin par le système ambulatoire libéral…Mais gageons que ces sujets pourtant fort intéressants pour la défense de notre système de santé ne sont pas à l'ordre du jour des recherches de la Chaire Santé Dauphine.

 

 

capturechaire.PNG

 

 

Capture d'écran de la page partenaires d'une des chaires de l'institut Louis Bachelier (Transitions démographiques, transitions économiques) : "nos travaux de recherche visent à faire des propositions de politiques publiques afin de réconcilier les générations". (18)

 

 

Medi fact Checkers:

 

Christian Lehmann, médecin généraliste, écrivain, initiateur de la pétition contre les franchises

Marco Gabutti, reviewer

Jacques Marlein, médecin généraliste retraité(FMF)

Yvon Le Flohic, médecin généraliste, élu MGF aux élections URPS (UFML)

Charles Cousina, médecin généraliste (UFML)

 

Aucun économiste indépendant n’a été blessé pendant la réalisation de cet article. Les auteurs ne présentent aucun conflit d’intérêt avec des compagnies mutualistes ou assurantielles ou des partis politiques. Ils s’engagent à ne pas comptabiliser le temps de réalisation de cet article et de la vidéo attenante dans le décompte de leur temps de travail.

 

N'oubliez pas de visionner la vidéo amusante et pédagogique: Brigitte Dormont ou l'économétrie pour les nuls

 

 

1. http://www.drees.sante.gouv.fr/IMG/pdf/comptes_sante_2013_edition_2014.pdf  

 

Les frais de gestion apparaissent p 243 : 

sécu 7,449 milliards 

état, collectivités, CMU-C : 0,887 

total public : 8,336 soit 4,22 % de leurs 197,502 milliards 

mutuelles : 3,257 milliards 

assureurs : 2,315 milliards 

instituts prévoyance : 0,799 

total de : 6,371 soit 19,9 % de leurs 32 milliards totaux .... (23,96 % pour les assureurs ....) 

 

pour comparaison la médecine générale avec ses 8,6 milliards fait 3,47 % du total dépenses 

Autrement dit, les frais de gestion de la Sécu sont de 126 euros par habitant, les frais de gestion des complémentaires de 96 euros pour un total frais de gestion de 222 euros par habitant… et la dépense annuelle de soins par un généraliste par habitant est de 130 euros 

(pour 66 millions d'habitants) 

 

2. http://www.institut-montparnasse.fr/la-sante-ne-fait-pas-la-loi/

 

3. la MGEN pousse ses médecins a devenir rentables http://rue89.nouvelobs.com/2012/06/30/la-mgen-pousse-ses-medecins-devenir-rentables-233332

 

4. https://www.ffsa.fr/webffsa/risques.nsf/html/Risques_070_0004.htm

 

5. http://www.cnt-f.org/sante-social.rp/mgen.pdf

 

6. http://www.institut-montparnasse.fr/institutpour-une-securite-sociale-durable/etudes/

 

7. https://www.ffsa.fr/webffsa/risques.nsf/html/Risques_69_0017.htm

 

8. http://www.fondation.dauphine.fr/fileadmin/mediatheque/docs_pdf/

 

9. diapositive 7 http://slideplayer.fr/slide/3513928/

 

10. http://www.elisabeth-guigou.fr/martine-aubry-annonce-son-equipe-de-campagne/

 

11. http://www.cae-eco.fr/IMG/pdf/didormont2.pdf

 

12. http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATTEF06102

 

13. http://www.sante.gouv.fr/metiers.html

 

14. https://doresearch.stanford.edu/research-scholarship/conflicts-interest/coi-policies

 

15. http://researchcoi.berkeley.edu/

 

16. http://www.lse.ac.uk/supportingLSE/PoliciesAndProcedures.aspx

 

17. http://www.tudelft.nl/fileadmin/UD/MenC/Support/Internet/TU_Website/TU_Delft_portal/Over_TU_Delft/Strategie/Integriteit/Resnik_Ethical_Problems_Concerning_Academic-Industry_Collaborations.pdf

 

 

18. http://www.tdte.fr/search.aspx?mode=partners&rezp=1000

Mort planifiée de la médecine libérale: A qui profite le crime?

Mort planifiée de la médecine libérale: A qui profite le crime ?

 

14 Avril 2015. Au bout d’un long parcours semé d’embûches et de contestations, la Loi Santé de Marisol Touraine est adoptée en première lecture par l’Assemblée Nationale. La ministre pavoise, la presse salue cette « victoire », les opposants continuent à marteler leur refus de plusieurs dispositions de cette Loi dont l’emblématique Tiers-Payant Généralisé, qui a concentré une bonne partie (mais pas la totalité) des critiques. 

 

 

Le tiers-payant: mesure de justice sociale…ou mise en coupe réglée des médecins par les assureurs?

 

 

Du côté du service de communication de la Ministre, les choses sont simples : le tiers-payant généralisé est une avancée sociale, qui permettra aux Français d’accéder plus facilement aux soins. Seuls s’y opposaient des médecins passéistes, attachés à un paiement àl ’acte suranné. 

 

En face, les opposants pointent inlassablement les mensonges du ministère : 

 

1- Sur le plan social, le tiers-payant, déjà largement appliqué par les médecins, ne modifiera en rien les possibilités d’accès aux soins en dentisterie et en optique, deux domaines abandonnés par l’Assurance-Maladie qui concentrent l’immense majorité des renoncements aux soins. 

 

2- Sur le plan technique, du fait des difficultés de recouvrement des honoraires auprès des 600 complémentaires françaises, le tiers-payant a un coût, calculé dans de nombreuses études à plus de 4 euros par acte. Ce coût plombe lourdement les comptes des centres de santé qui pratiquent le tiers-payant intégral (sur la part Sécurité Sociale comme sur la part complémentaire) et les hôpitaux. Sont pointés du doigt les systèmes informatiques obsolètes, voire la mauvaise volonté de nombreuses complémentaires plus promptes à augmenter chaque année leurs cotisations qu’à rembourser les soins. La catastrophique Mutuelle des Etudiants, vivier et vache-à-lait du Parti Socialiste depuis les temps pas si anciens où elle s’appelait la MNEF, en est un pitoyable exemple.

 

3- Sur le plan éthique, enfin, les opposants répètent que le tiers-payant donnera aux complémentaires un levier de pression sur les professionnels de santé, selon l’adage qui veut que celui qui paie commande.

 

Au-delà des satisfecit, des pleines pages déroulant des portraits d’une ministre forcément courageuse, forcément féministe, tenant avec ferveur la barre sociale contre tous les obscurantismes, peu d’écho est donné aux dénonciations des perdants du moment. 

 

C’est le cas des associations de patients non stipendiées par le ministère, qui pointent que Marisol Touraine et François Hollande, farouchement opposés aux franchises sur les soins du temps où ils étaient dans l’opposition, les ont maintenues et ont conditionné l’application du tiers-payant àl’autorisation donnée par le patient de prélever directement ces mêmes franchises sur son compte bancaire. Cette disposition va interdire de tiers-payant social les patients démunis avec qui le médecin pratiquait jusque-là une dispense d’avance de frais, et, pour qui connait vraiment « la France d’en bas », génèrera probablement une flopée d’interdictions bancaires…

 

C’est aussi le cas des professionnels de santé qui pointent qu’au final, les Agences Régionales de Santé définiront le panier de soins. Le paiement par l’assureur sera conditionné étroitement au respect par le soignant du cahier des charges prédéfini, dont le but sera naturellement l’économie, ou l’efficience, selon le terme préféré des énarques, ce qui conduira mécaniquement à privilégier les soins les moins coûteux. A moins que le patient ne choisisse une sur-complémentaire, dont les assureurs dessinent déjà les contours…et les tarifs.

 

 

Dans ce contexte tendu, France-Culture invite le 19 Avril dans l’émission « L’économie en questions » quatre économistes pour discuter de ce projet de loi santé, parmi lesquels Brigitte Dormont, économiste, professeur à l'Université Paris Dauphine, spécialiste de questions de santé, dont les prises de positions font référence au Parti Socialiste. Et là, dans l’ambiance feutrée des studios de la radio qui vient de mettre un terme à une longue grève, elle se lâche, comme aucun membre de l’entourage de la Ministre n’a osé le faire jusqu’ici.

 

Au sujet du tiers-payant, Brigitte Dormont dit :

 

"C'est la mort annoncée de la médecine libérale et c'est une bonne chose parce que la médecine libérale est incompatible avec un système d'assurance maladie comme le nôtre »(39’14’’) 

"L’intérêt principal est que les circuits financiers ont changé » (40’17’’) "Le tiers payant généralisé rend les médecins dépendants du financeur » (40’38’’) "Si l'Assurance maladie veut faire pression sur les médecins , elle a les moyens financiers de faire pression sur les médecins » (40’53’’) "Les médecins recevront leurs rémunérations de la Sécurité sociale ou de l'organisme qui sera en charge du paiement » (41’05’’) "Les médecins vont dépendre pour leur niveau de vie, pour leur rémunération, du financeur » (41’15’’)

En l’espace de trois minutes, une économiste de la santé proche du Parti Socialiste, conseillère du Premier Ministre, membre d’un impressionnant réseau de comités et de think-tanks, annonce sans ambages que le tiers-payant, loin d’être une simple mesure administrative de justice sociale, obéit à une volonté planifiée d’attenter à l’indépendance des médecins, de donner aux assureurs le moyen de faire pression sur eux, et d’organiser « la mort annoncée de la médecine libérale ». 

Cette mise à mort est d’ailleurs « une bonne chose » nous annonce l’économiste, au motif que « la médecine libérale est incompatible avec un système d’assurance maladie comme le nôtre ».

La jubilation avec laquelle Brigitte Dormont fête ainsi la mort de la médecine libérale pose question, et nous a amené à nous intéresser à ses publications comme à son réseau d’influence.

 

Le médecin généraliste, cette machine à faire du fric… pourtant en voie de disparition

 

Dans de nombreuses publications, Brigitte Dormont ne masque pas le mépris dans lequel elle tient les médecins. Le portrait qu’elle dessine en creux du corps médical a le mérite de la simplicité : on devient médecin par intérêt. Par pur intérêt financier. Et une fois médecin, on s’arrange pour maximiser les profits, engranger le plus d’argent possible, en induisant une demande chez des patients captifs (c’est le syndrôme du docteur Knock) et en écourtant les consultations pour faire du chiffre. Toute motivation altruiste est écartée, le médecin est ramené à une simple machine économique vouée à faire du fric. 

A noter que ce concept de la demande induite, battu en brèche par de nombreux articles, est à l’origine de la pénurie médicale actuelle. De puissants économistes de la santé, dont Brigitte Dormont, ont considéré depuis des décennies les médecins comme des agents pathogènes, dont la libération au sein de la collectivité entraînait immanquablement un flot de dépenses induites : restreindre le nombre de médecins en exercice afin de restreindre les soins et donc les maladies, a été le fil d’or de la politique de santé suivie ces trente dernières années, avec le succès que l’ont voit actuellement : une population de médecins vieillissante, une désertification accélérée qui touche jusqu’au coeur des grandes villes. 

Emblématique de cette conception d’une médecine de ville uniquement vouée à « faire du chiffre », le titre d’un des travaux de Brigitte Dormont : « Est-il profitable d’être médecin généraliste ? » L’économiste y professe de comparer les revenus et le niveau de vie des cadres supérieurs et des médecins, au moyen d’une équation économétrique dont elle a le secret.

 

Dormont_Carriere_Medecin.jpg

Mais dans le calcul de la valeur théorique de la carrière d’un médecin, elle se retrouve dans l’incapacité de quantifier un terme de son équation : GammaT, le « différentiel d’utilité » qui pourrait représenter les avantages et les inconvénients du métier de généraliste libéral (aussi bien le prestige local de la fonction, l’absence relative de hiérarchie, que les horaires à rallonge, les gardes de nuit, le stress de la responsabilité, l’absence de congés payés, l’absence de couverture sociale en cas de maladie… une multitude de facteurs qui intéresseraient un sociologue ou un simple humaniste cherchant à comprendre pourquoi le taux de suicide chez les médecins est trois fois supérieur à celui du reste de la population, et pourquoi la France devient un désert médical, nombre de jeunes diplômés optant pour des carrières administratives…) Qu’à cela ne tienne. Rien ne résiste au zèle simplificateur de Brigitte Dormont. Toute sa théorie est basée sur UNE équation dont l’une des données lui est inaccessible….

 

Dormont_Carriere_Cadre.jpg

 

 

Pas de problème! Elle élimine cette donnée. Ayant éliminé ce qui gêne, elle peut continuer tranquillement à prouver, tel un Lyssenko du 21ème siècle, son postulat de départ.

Eliminer ce qui gêne, discréditer ce qui ne va pas dans son sens… une attitude très curieuse pour un scientifique, mais à Paris Dauphine, apparemment, cela ne choque pas. Comme ne choque pas non plus la conclusion de l’article, où, forcée malgré tout de faire référence quelques secondes au réel, Brigitte Dormont doit aborder la question des horaires de travail des médecins. Problème gênant : le différentiel de revenu entre cadre et médecin, de l’ordre de 20%, semble peu ou prou correspondre au différentiel de temps de travail hebdomadaire des deux métiers : 41h43 pour les cadres (en 2004) et 52h46 pour les généralistes. Mais il en faut beaucoup plus pour freiner l’ardeur réformatrice de Brigitte Dormont : « On sait par exemple que les médecins libéraux intègrent dans leur durée du travail le temps passé à la lecture d’articles médicaux pour actualiser leurs connaissances (2h30), les consultations gratuites, etc. Les cadres interrogés dans l’enquête emploi ont-ils la même conception des activités qui doivent être inclues dans le périmètre de leur temps de travail ? » Le silence qui suit une assertion fallacieuse de Brigitte Dormont, c’est encore du Brigitte Dormont. Décortiquons cet enchaînement de sophismes : l’actualisation des connaissances des médecins (probablement un des éléments de ce différentiel d’utilité que Brigitte Dormont a choisi d’éliminer) ne devrait pas être comptabilisée dans le temps de travail, pas plus, on croit rêver, que les consultations gratuites… dans la mesure où seul ce qui est lucratif compte… L’idée qu’un médecin puisse choisir de réaliser des actes gratuits pour certains patients la heurte au point qu’il lui faut même nier l’existence de ce travail non rémunérateur dans son étude. On atteint au sublime lorsqu’elle se demande fielleusement si les cadres comptabilisent dans leur temps de travail… leurs consultations gratuites. Outre l’image du médecin qu’elle dresse, parasite social capable de mentir jusque sur l’amplitude de son temps de travail, ou de comptabiliser dans celui-ci des actes… purement altruistes, son absolue méconnaissance du vécu de la médecine générale au contact d’une population réelle laisse pantois.

Tout aussi gênant que ce parti-pris est l’absence de référence à des données factuelles qui ne correspondent pas avec le postulat que Brigitte Dormont s’échine à conforter, à savoir que la carrière de médecin généraliste serait plus « profitable » que celle d’un cadre supérieur, théorème qui pose un problème de taille, à savoir pourquoi les jeunes dès la sortie du lycée ne se ruent pas en masse dans la filière médicale pour accéder à la profitable prébende généraliste… Dans la vraie vie, loin des équations de Brigitte Dormont, seuls 9% des jeunes diplômés en médecine s’installent en libéral…

En 2007, la DREES (Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques) avait publié un article de référence sur le sujet, au titre beaucoup plus neutre : « Comparaison des revenus des médecins libéraux à ceux des autres professions libérales et des cadres » Brigitte Dormont n’en tient aucun compte, n’y fait aucune référence, probablement parce que les conclusions de cette étude sont radicalement opposées aux siennes : 

« Si les revenus d’activité libérale des médecins sont régulièrement évalués, ce n’est pas le cas de leurs revenus salariés…. Cette étude apporte pour la première fois des éléments de comparaison des revenus complets d’activité et du niveau de vie des médecins à ceux d’autres professions. Entre 35 et 64 ans , les revenus et le niveau de vie des médecins libéraux sont proches de ceux des autres professions libérales. Et s’ils gagnent en moyenne près de deux fois plus que les cadres, ils en sont relativement proches en niveau de vie. »

Cette dernière notion peut sembler surprenante, mais les auteurs l’explicitent à partir de données sociologiques, sans s’en tenir à la seule comptabilité : entre autres éléments jouent les charges de famille (installés plus tardivement, 70% des médecins ont des enfants à charge contre 59% des cadres), et surtout l’amplitude horaire de travail des médecins amène plus souvent le conjoint ou la conjointe à ne pas travailler, diminuant les revenus d’activité du couple et le niveau de vie.

Cette étude, basée sur les enquêtes Revenus Fiscaux de l’INSEE, pourrait prêter à discussion. Brigitte Dormont pourrait la contester, voire même la tailler en pièces. Non, elle préfère l’ignorer, comme elle ignore le GammaT « inobservé » qui disparaît donc de son équation. Cette manière de faire permet sans difficulté de ne jamais être pris en défaut : il suffit d’ignorer toute donnée scientifique contraire à ses propres présupposés.

Cette étude fallacieuse permet à Brigitte Dormont d’être invitée à de nombreux colloques, dans lesquels, comme lors des Journées de l’Economie en 2012, elle peut asséner que : « les revenus des médecins progressent plus rapidement que ceux du reste de la population ». En réalité, si l’on compare les données de la CARMF (Caisse Autonome de Retraite des Médecins Français) et ceux de l’INSEE, on constate que le revenu (Bénéfice Non Commercial moyen) des médecins évolue deux fois moins vite que le salaire moyen (public-privé) sur la période 2003-2011… Mais, comme l’assène Brigitte Dormont, le revenu moyen des médecins est très supérieur à celui de la moyenne de la population… et « La responsabilité sociale des médecins est forte… mais c’est aussi le cas du cheminot qui va contrôler les signaux d’aiguillage des trains » (La Croix, 2013) 

 

Les femmes-médecins, ces branleuses peu motivées qui travaillent trop peu

 

Un rapide survol des publications de Brigitte Dormont et de ses collègues révèle donc une tournure d’esprit très particulière, un regard méprisant porté sur les médecins de ville, uniquement considérés comme des parasites du corps social gavés d’argent public. Dans un autre article des Cahiers de la Chaire Santé, « Low-income self-employed GPs, a preference for leisure ? » (« Médecins généralistes à faibles revenus : une préférence pour le loisir ? »), Anne-Laure Samson, la co-signataire de l’article sur les revenus des médecins, s’intéresse aux médecins à faible activité, des médecins dont le revenu ne dépasse pas… 1.5 SMIC. Ce nouveau chef-d’œuvre de l’économétrie pour les nuls vaut d’être copieusement cité, tant sa méthodologie est symptomatique des biais de l’équipe de la Chaire Santé Paris-Dauphine, mais aussi de leur propension à établir des conclusions fallacieuses quand bien même ils avouent eux-mêmes manquer d’éléments cruciaux pour légitimer les dites conclusions. Point de départ de l’étude, l’existence d’une « importante minorité » (5 à 7%) de médecins généralistes aux faibles revenus, mettant à priori à mal la théorie de base selon laquelle ce métier « profitable » est essentiellement un moyen de faire tourner la planche à billets. Etudiant les revenus des médecins sur une dizaine d’années, l’économétricienne découvre que ces médecins, essentiellement des femmes, semblent se contenter d’un faible revenu car, même en période d’augmentation de la demande de consultations (épidémie de grippe ou de gastro-entérite), le nombre de consultations et le revenu de ces médecins ne varie pas. En période de moindre consommation de soins, ce revenu, par contre, diminue. La conclusion qu’en tire Anne-Laure Samson après de savants calculs : si ces femmes se satisfont d’un faible revenu, c’est très probablement en raison de… leur préférence pour le loisir. Et dans ce cadre, dans un contexte de désertification médicale en cours et de « problèmes de planification à long terme de l’offre de soins… on voit ici les potentiels effets pervers des revalorisations tarifaires ». Autrement dit : maintenir les tarifs de consultation au plus bas de l’échelle européenne permet bon gré mal gré de contraindre les médecins à augmenter leur charge de travail pour obtenir un revenu décent. Les augmenter pourrait les amener à lever le pied… 

Discutant ses conclusions, l’auteure pointera quand même n’avoir aucun élément sur la situation de famille de ces femmes-médecins à faible revenu, ni « aucune indication sur le temps de travail des médecins »… ce qui ne l’empêche pas de diagnostiquer une forte propension au loisir !

L’idée de descendre de sa tour d’ivoire, de se confronter au réel en interviewant des femmes-médecins, ne semble pas l’avoir effleurée. Et alors que la sociologie ne cesse de pointer la double-peine qui touche les femmes dans notre société, leur implication dans les tâches ménagères confinant à une « deuxième journée » de travail, il est possible de trouver des économistes concluant que si une femme se « satisfait » d’un faible revenu, c’est le signe d’une propension immodérée au loisir, pourquoi ne pas l’avouer, à la fainéantise. On notera aussi ce morceau de bravoure : Le pourcentage de médecins à faible revenu « passe de 5 à 7,7% quand le médecin a obtenu sa thèse après l’âge de trente ans, ie probablement après plusieurs redoublements lors de sa scolarité. La difficulté à accomplir ses études dans le terme moyen pourrait révéler un manque de motivation du futur médecin, que se traduirait, dans l’exercice de la médecine, par une plus grande difficulté à attirer sa clientèle, et, par conséquent, des revenus plus faibles ». Nous rappelerons brièvement ici la difficulté pour une jeune interne de mener sa carrière hospitalière en même temps qu’une grossesse, la difficulté pour les femmes médecins libérales de poser un congé-maternité, et le fait que la profession de médecin généraliste fait partie des grossesses considérées à risque, du fait du faible niveau de protection sociale des femmesmédecins. 

Au-delà du caractère particulièrement pitoyable des conclusions de l’économétricienne, comme le note Guillaume de Calignon dans un récent article des Echos : 

La question est plus vaste: c'est celle de la place de l'économie au sein des sciences sociales. « L'économie a peu àpeu quittéle grand continent des sciences humaines », dit AndréOrléan. Dans les années 1960, la modélisation mathématique a fait une percée àla suite des travaux d'Arrow et de Debreu, qui ont développéla théorie de l'équilibre général, donnant ainsi àl'économie une crédibilitéproche des sciences dites « dures ». « Certains économistes théoriques peuvent parfois être assez déconnectés de la réalité», avoue Augustin Landier, chercheur àl'Ecole d'économie de Toulouse. »

On ne saurait mieux dire…

 

A ce stade, la question se pose : cette médecine libérale honnie, dont la fervente économiste de la Chaire Santé de Paris-Dauphine souhaite la mort, par quoi pourra-t-elle être remplacée demain ? Brigitte Dormont a LA solution : des médecins travaillant en centre de santé sous la direction des organismes d’assurance-maladie, obligatoire ou complémentaire. D’où son plaidoyer en faveur du tiers-payant généralisé : en tenant les cordons de la bourse, en pouvant décider de la rémunération et du revenu des médecins, les assureurs pourront influer sur le choix des soins dispensés aux malades. Plus de risque de demande induite, justement, puisque les assureurs auront tout intérêt à engranger les cotisations…. tout en restreignant au maximum les dépenses. Ce « meilleur des mondes » de la déprescription, les Américains en ont longtemps fait les frais, comme le révèle « Sicko », le film de Michael Moore, qui voit témoigner de nombreux médecins d’assurances dont le seul travail, très bien rémunéré… est d’éplucher les dossiers des assurés pour… leur refuser des prises en charge de soins, toute dépense de santé autorisée par ces assureurs correspondant à une ligne comptable « Medical Losses », autrement dit « Pertes Médicales »!

Dans une récente publication (Avril 2014) qui a fait quelque bruit, Brigitte Dormont et deux collègues du Conseil d’Analyse Economique ont proposé plusieurs pistes pour l’évolution du système de santé actuel. Rappelons que le CAE est placé auprès du Premier Ministre (rien que ça) pour orienter les politiques économiques de la France… On retrouve dans ce texte « Refonder l’Assurance-Maladie », une analyse du système d’assurance mixte français : Sécurité Sociale et asureurs complémentaires. Les auteurs pointent la complexité et les défauts de coordination du système (à noter qu’il s’agit des mêmes arguments réfutés par ces mêmes économistes lorsqu’ils sont brandis par les opposants au tiers-payant généralisé…). Ils proposent plusieurs solutions : prise en charge à 100% des frais hospitaliers et franchises sur les soins de ville, contractualisation des médecins avec les assureurs, fin du système d’assurance mixte.

Etrangement, cette publication passée relativement inaperçue reprend les analyses des opposants à la Loi Santé, dont La Loi Santé de Marisol Touraine: une étape dans la longue marche des complémentaires, qui détaille comment le gouvernement, sans le dire, et sous couvert de justice sociale, organise le lent désengagement de la Sécurité Sociale solidaire dans le champ des soins de ville au profit des assureurs complémentaires, sous le slogan triomphal « Une mutuelle pour tous ». Dans ce cadre les propositions de Dormont et de ses collègues ne constituent qu’une modalité tactique d’atteinte de l’objectif stratégique originel : réserver les cotisations Sécu pour l’hôpital seul en refilant aux complémentaires privées la gestion des soins de ville.

Une incise ici pour affirmer que depuis au moins 2004 l’orientation constante et déterminée de l’Etat dans sa politique de santé (je dis de l’Etat pour mieux souligner qu’à quelques variantes près la même politique a été et est appliquée par les gouvernements de droite comme de gauche), a été suivie par tous les partis « de gouvernement », obéissant à un impératif auquel ils ne peuvent plus se dérober : contribuer à la diminution de la dette publique de la France (à laquelle concourt notablement la Sécurité Sociale) et dont Bruxelles a maintenant le pouvoir de sanctionner lourdement la non-résorption. En un mot, les dépenses de santé des Français, et leur prise en charge par une protection sociale encore solidaire… diminuent la compétitivité du pays et freinent sa croissance…

 

Taper sur la médecine de ville, maillon faible… une spécificité française

 

Mais la résorption de ces dépenses se heurte aussi une difficulté particulière à la France : le poids spécifiquement élevé de l’hospitalisation dans notre système de santé ; si les comptes officiels de l’Assurance Maladie (ONDAM) situent autour de 50 % du budget chacune des parts respectives de l’Hôpital et de la médecine de ville, cela n’est permis que par leur double distorsion, beaucoup des prescriptions hospitalières (médicaments, transports, arrêts de travail) étant « externalisées » - et comptabilisées – en ville, et l’assiette des calculs étant faussée par l’attribution exclusive à l’Hôpital des très considérables fonds « MIGAC » financés par l’Assurance-Maladie mais comptabilisés hors ONDAM, et par l’absence de publications fiables depuis 2010, date où un nouvel identifiant individuel, le RPPS, était censé permettre d’attribuer de manière plus précise à chaque professionnel de santé les dépenses de santé qu’il aurait prescrites. Il faut ajouter que la croissance de la part hospitalière a toujours été supérieure à celle de la ville et persiste ces dernières années alors que les dépenses de ville diminuent.

Il ne s’agit absolument pas ici de fustiger l’hôpital ou ceux qui y travaillent dans des conditions difficiles sous le poids et le contrôle d’une administration pléthorique et d’un management coupé de la réalité du métier, mais de pointer le poids financier considérable que représente…. l’absence totale d’investissement sur les soins de premier recours, comme en témoigne ce diagramme détaillant les postes de dépenses de santé en 2013 (à partir des Comptes Nationaux de la Santé : http ://www.drees.sante.gouv.fr/IMG/pdf/comptes_sante_2013_edition_2014.pdf).

 

 

Depenses_sante_2013_camembert-VF.png

 

L’hospitalisation recouvre près de 50% des dépenses… quand les honoraires des acteurs de premier recours… ne dépassent pas 10% : (généralistes, infirmiers…) Un tel déséquilibre, un tel désinvestissement à long terme, a entre autre pour conséquence la désertification médicale, le recours inapproprié aux urgences des hôpitaux, en l’absence de première ligne correctement identifiée et dotée des moyens de fonctionner. 

Brigitte Dormont ne cesse de fustiger les médecins de ville, leurs horaires à rallonge et leur carrière profitable… Lors d’un autre colloque à La Baule en 2013, parlant au nom du Conseil d’Analyse Economique du Premier ministre, elle assène que « les urgences hospitalières, actuellement on le sait, c’est un problème, sont engorgées à cause du défaut de la médecine de ville sur la performance des soins ». Dans la réalité, si l’on fait fi de cette syntaxe approximative, l’engorgement des urgences hospitalières est avant tout lié à l’absence de régulation des demandes de soins urgentes, à une tarification à l’activité inflationniste octroyant aux hôpitaux une somme de 170 euros pour tout patient enregistré aux urgences (en supplément de la tarification du coût des soins), et à l’absence de financement pérenne des dispositifs de permanence (et non performance) des soins en ville, de nombreuses maisons de garde s’étant vues retirer leurs maigres financements. Brigitte Dormont concentre donc sans grand courage sa hargne et son dénigrement sur le maillon faible du système, avec un zèle que ne peut expliquer le seul mépris, et dont nous étudierons le contexte dans la dernière partie de cet article.

Autrement dit, le problème financier et organisationnel ne se trouve pas en ville mais à l’hôpital…Et c’est un très gros problème. Car l’hôpital est le coeur d’un formidable consortium d’acteurs influents. Citons en vrac :

L’industrie bio-médicale : à l’hôpital les équipements lourds et très lourds, salles d’opération, appareils d’imagerie, de réanimation, d’endoscopie, de laboratoire, de rééducation, l’informatique médicale lourde, le mobilier médical, l’habillement et le linge professionnels, etc …

L’industrie pharmaceutique dont le gros des bénéfices provient désormais de médicaments parfois extrêmement onéreux lancés et utilisés à l’Hôpital quasiment gratuitement, puis vendus à prix d’or aux pharmacies

L’industrie des services : nettoyage, restauration, buanderie, etc…

Les ambulanciers.

Les grosses entreprises du bâtiment.

Les syndicats de salariés dont la fonction publique hospitalière est un des bastions, et qui s’ils ont perdu l’essentiel de leurs anciens pouvoirs dans les Caisses d’Assurance-Maladie y sont toujours présents et y disposent de quelques prébendes et influences en rapport.

Les élus locaux avec les relais politiques proportionnels à la taille des établissements.

Les médecins hospitaliers, et notamment leur frange hospitalo-universitaire disposant d’une aura médiatique spécifique.

Bref, dans un environnement économique « social-libéral », et bien plus « libéral » au sens économique, que social, plus possible de laisser filer le déficit pour cause de bâton bruxellois, mais pas possible non plus pour les gouvernements de « s’attaquer » réellement à la cause de la moitié des dépenses, sans réorganiser le système. Or toute innovation vantée par le politique, comme par exemple la chirurgie ambulatoire, ou la réduction des durées de séjour, est vue uniquement sous l’angle d’une réduction budgétaire, et non d’une redistribution : les patients sont éjectés de plus en plus vite, en fonction d’une tarification à l’activité qui dissuade les services de garder trop longtemps des patients âgés, fragiles, grands consommateurs du temps des soignants, ou les femmes après l’accouchement.

Les Politiques français ont décidément un bien dur métier qui justifie sans doute les très coûteux privilèges qu’ils s’octroient. En tout cas ils sont en l’occurrence restés à la hauteur de leur réputation : trop dangereux politiquement de s’attaquer aux dépenses d’hospitalisation qui sont le cœur du problème ? Eh bien il suffit de s’attaquer aux soins de ville, aux 3,5% des médecins généralistes, aux infirmiers, aux dentistes et spécialistes : les médecins de ville sont dispersés et individualistes, la plupart le nez dans le guidon à longueur d’année, peu organisés et peu au fait de la gestion socio-politique…C’est le maillon faible !

S’attaquer à la première ligne de soins de ville, c’est mieux que rien et on doit pouvoir rogner de quoi calmer Bruxelles une dizaine d’années, ça laissera toujours le temps de voir la suite plus tard.

L’acteur sur lequel il était possible d’agir était trouvé, mais comment effacer les dépenses affectées à ce secteur, la médecine de ville, du montant de la dette ?

 

Dépendance aux financeurs ? Les profitables partenariats public-privé d’universitaires peu regardants

 

Les dépenses de la Sécurité Sociale comptent pour le déficit parce que c’est de l’Argent Public. La solution radicale pour les sortir de ce compte, c’est de transformer cet Argent Public en dépenses privées, c’est-à-dire transférer leur couverture de l’Assureur Public qu’est la Sécurité Sociale aux assureurs privés que sont les « complémentaires », compagnies d’assurances, mutuelles et autres instituts de prévoyance.

Si ces assureurs privés ont très tôt été partie prenante d’un processus dont l’enjeu colossal ne pouvait guère les laisser indifférents, ils ont en vrais businessmen longuement et durement négocié avec les gouvernements successifs pour que leurs conditions y soient incorporées :

  • Disparition progressive mais rapide du « secteur II »des médecins ayant encore une libertéde fixation de leurs honoraires (en ville) .
  • Possibilitéde constituer leurs propres réseaux de médecins agréés.
  • Disposer (comme la Sécu) de moyens de pression administratifs et financiers sur l’ensemble des médecins.
  • Accéder aux données de santédes patientèles, véritable mine d’or pour un assureur, permettant d’individualiser les contrats proposés selon le profil du patient.

C’est ce qu’a entrepris l’Etat en un peu plus de dix ans, au fil des tractations, des louvoiements, des faux blocages et des vraies glissades, petit à petit, réforme par réforme, décret après décret et loi après loi (et pour les médecins convention par convention et avenant par avenant aussi), la récente loi de Santé devant apparemment en figurer une sorte de point d’orgue.

Il ne devrait plus rester au fil du temps et des opportunités qu’à faire glisser les uns après les autres les remboursements des actes et prestations pratiqués en ville de la Sécurité Sociale aux complémentaires obligatoires.

Qui seront les grands perdants de ce petit glissement progressif du plaisir ? Certains médecins encore attachés à leur indépendance de prescription et d’action au sein d’un colloque singulier… (mais l’exemple américain montre qu’il est tout-à-fait possible pour un médecin de maximiser sa rentabilité en obéissant au nouveau donneur d’ordre qu’est l’assureur, fût-ce au détriment du patient…). Certains médecins, donc, mais surtout l’immense majorité des patients, soumis à la double peine : leurs cotisations Sécu ne baisseront pas et serviront à financer l’hôpital (tandis que l’Etat continuera à empiler les exonérations de charge en faveur des grandes entreprises et des financiers), et leurs cotisations de « mutuelle obligatoire » augmenteront d’année en année pour couvrir des dépenses de ville encadrées au plus juste en fonction de leur contrat d’assurance. Seuls les plus riches, contractant une « surcomplémentaire », pourront espérer une couverture maladie comparable à la situation actuelle, à l’exception du prix, bien entendu.

Cet avenir radieux qui se dessine, c’est celui que dénoncent et combattent en ordre dispersé les médecins depuis de nombreuses années, certains dès 2004 et la nomination à la tête de l’Assurance-Maladie d’un ancien directeur d’AXA aujourd’hui reparti dans le privé, d’autres depuis 2007 au moment des franchises sur les soins de Nicolas Sarkozy, quand son frère Guillaume, prenant la direction de Malakoff-Mederic, se félicitait de pouvoir relever « les défis des réformes à venir qui transformeront profondément l'intervention des acteurs complémentaires, notamment dans le domaine de la santé, pour jouer un rôle de premier plan dans l'amélioration des services de protection sociale.» D’autres enfin, plus nombreux, depuis l’arrivée au pouvoir de l’ennemi de la Finance, dont la Ministre de la Santé n’a cessé de dénigrer et de fustiger les médecins de ville pointés du doigt comme feignants, passéistes, insensibles à la détresse sociale et à la nécessaire évolution du système de santé sous la férule autoritaire des agences sanitaires, ces lieux de recasage à l’échelle industrielle de tout ce que le système politique français compte de sbires à remercier.

Cette modification profonde du système de santé français, on le voit, s’est faite par étapes, subrepticement, les véritables enjeux étant souvent masqués sous des prétextes de justice sociale : tiers-payant généralisé, mutuelle pour tous, etc… Elle n’a pu voir le jour que grâce à l’accompagnement discret de zélés thuriféraires des puissances en présence, certains défendant les laboratoires pharmaceutiques qui les arrosaient copieusement, d’autres prenant plus ou moins ouvertement parti pour les assureurs privés.

Curieux hasard, l’immense majorité des travaux de Brigitte Dormont conforte les positions prônées par les assureurs, lesquels se retrouvent parmi les généreux donateurs des nombreux think-tanks, instituts de recherche et fondations qu’elle illumine de sa science, et sans apparemment que l’Université Paris-Dauphine s’inquiète un tant soit peu des conflits d’intérêt que peuvent receler ces montages étonnants. Ainsi Brigitte Dormont, cette contemptrice des médecins libéraux qu’elle espère bientôt « dépendants de leur financeur », n’hésite pas, avec la bénédiction de Paris-Dauphine, à mettre en place de lucratifs partenariats public-privé entre l’université et les assureurs.

Medi Fact Checkers

 

Christian Lehmann, médecin généraliste, écrivain, initiateur de la pétition contre les franchises

Marco Gabutti, reviewer

Jacques Marlein, médecin généraliste retraité (FMF)

Yvon Le Flohic, médecin généraliste, élu MGF aux élections URPS (UFML)

Charles Cousina, médecin généraliste (UFML)

 

Aucun économiste indépendant n’a été blessé pendant la réalisation de cet article. Les auteurs ne présentent aucun conflit d’intérêt avec des compagnies mutualistes ou assurantielles ou des partis politiques. Ils s’engagent àne pas comptabiliser le temps de réalisation de cet article et de la vidéo attenante dans le décompte de leur temps de travail.

N'oubliez pas de visionner la vidéo amusante et pédagogique: Brigitte Dormont ou l'économétrie pour les nuls

08/04/2015

"L'esprit du 11 Janvier, je dois le prolonger": François Hollande

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