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07/03/2016

LA BROSSE A RELUIRE DANS LA PLAIE

Pour qui se pose la question de ce qu'est un journalisme indépendant, pas de meilleure illustration que le téléscopage, aujourdhui, de deux articles de presse, au moment où Agnès Buzyn, ancienne présidente de l'Institut National du Cancer, est nommée par le Président François Hollande ( que le monde entier nous envie) présidente de la Haute Autorité de Santé.

 

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Je ne m'arrêterai pas sur cette manie bien française de distribuer des hochets, ni même sur ces appellations fantoches: "Haute Autorité de Santé, "Haut Conseil Pour l'Avenir de l'Assurance Maladie", censées faire taire le bon, et bas peuple, et le maintenir dans une attitude de soumission aux décisions des "Hauts" sachants.

 

Je ne m'arrêterai pas non plus sur le bilan des agences sanitaires françaises, bilan lamentable, d'autres l'ont fait mieux que moi, d'un scandale sanitaire l'autre.

 

Je noterai cependant que le milieu de la cancérologie est probablement l'un des plus truffés de liens d'intérêt entre grrrrands professeurs et complexe pharmaceutico-industriel, et que le choix d'un membre du sérail a certainement valeur d'exemple.

 

Pour ceux qui n'auraient pas connaissance des missions de la Haute Autorité de Santé:

"La HAS est une autorité publique indépendante qui contribue à la régulation du système de santé par la qualité. Elle exerce ses missions dans les champs de l'évaluation des produits de santé, des pratiques professionnelles, de l’organisation des soins et de la santé publique.

La HAS évalue d’un point de vue médical et économique les produits, actes, prestations et technologies de santé, en vue de leur admission au remboursement. Elle élabore des recommandations sur les stratégies de prise en charge.

La HAS certifie les établissements de santé et accrédite les praticiens de certaines disciplines afin d’évaluer et d'améliorer la qualité des soins et la sécurité des patients dans les établissements de santé et en médecine de ville."

Certification des établissements de santé, évaluation des pratiques professionnelles et des médicaments, on mesure donc dans notre France toujours en quête de nouvelles normes l'importance théorique de cette nomination.

Dans Libération, Eric Favereau, dont on a pu suivre pendant tout le long et fastidieux déroulement de la guerilla contre la Loi Santé de Marisol Touraine les injonctions répétées à lutter contre les refus d'un corps médical forcément réactionnaire, dresse aujourd'hui un portrait d'Agnes Buzyn, portrait idyllique où rien ne fâche.

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La brosse à reluire si souvent passée dans le dos d'Etienne Caniard, président de la Mutualité Française, zélateur du tiers-payant généralisé, mais aussi "une des personnalités les plus attachantes et les plus compétentes du monde de la santé " ( et accessoirement partenaire et sponsor des Jeudi de la Santé... de Libération), trouve ici un nouvel usage.

"Dans ses nouvelles fonctions, la professeure Agnès Buzyn a bien des atouts. Elle arrive, auréolée d’un parcours sans tache. Lors de ses auditions au Parlement, la droite comme la gauche ont salué la nomination d’une femme d’expérience et de science, qui a réussi ces cinq dernières années à la présidence de l’Institut national du cancer. Personnalité efficace, peu sensible aux mirages du pouvoir, elle se montre très attentionnée sur les questions des inégalités de santé."

Dans le même temps, sur Mediapart, on peut lire une véritable enquête, qui soulève un questionnement chez toute personne un peu au fait des combats qui se jouent autour de la notion d'indépendance des experts en médecine. On y lit noir sur blanc que sur cet épineux sujet, Agnes Buzyn a tranché dans le sens le plus ouvertement réactionnaire et corporatiste:

« L’industrie pharmaceutique joue son rôle, et je n’ai jamais crié avec les loups sur cette industrie. Il faut expliquer que vouloir des experts sans aucun lien avec l’industrie pharmaceutique pose la question de la compétence des experts»

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En clair, écrit la journaliste Pascale Pascariello dans le journal inventé par Edwy Plenel, "Agnès Buzyn regrette de ne pouvoir prendre des chercheurs qui ont, avec l’industrie pharmaceutique, des liens d’intérêt pourtant susceptibles d’influencer leurs expertises."

De ceci, de cette information cruciale qui révèle le degré d'indigence éthique et scientifique de cet incessant mercato de personnalités BigPharma-compatibles à la tête des agences sanitaires françaises, le lecteur de Libération ne saura rien.

 

Et c'est ainsi, Madame, que votre fille est muette, sourde, et aveugle. Et que nous n'avons pas le cul sorti des ronces.

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02/11/2015

Sur l’autel de l’austérité: Quand la Sécu rejoue Orwell avec la bénédiction de l’Etat

  "Quand vous voulez qu'une foule se tienne à carreau, vous en fusillez un. En général, les autres se tiennent tranquilles."

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Pour nombre de commentateurs et de journalistes, l’affaire semble entendue:

Marisol Touraine est de gauche, et sa Loi Santé regorge de mesures sociales dont le Tiers Payant généralisé est la plus emblématique. Les médecins, «  de droite, forcément de droite » , s’opposent à ces avancées sociales. Et plus ils s’y opposent bruyamment, plus on peut les classer sans hésitation « à droite de la droite ».

 

Au risque de créer chez certains commentateurs un début de dissonance cognitive, j’aimerais m’arrêter sur une question jamais traitée au fond dans les média, celle des arrêts de travail injustifiés.

 

Jusqu’à l’arrivée à la tête de l’Assurance-Maladie en 2004 de Frédéric Van Roekeghem, ancien auditeur d’AXA nommé par Jacques Chirac, le pourcentage d’arrêts de travail litigieux était de 2%. Très rapidement, le chiffre d’arrêts de travail injustifiés va être chiffré à 12%. Les mots ont un sens, la com de l’ancien assureur aussi. Sous prétexte que « c’est en changeant tous un peu qu’on peut tout changer », « litigieux » devient « injustifié ». Une différence de point de vue entre médecin soignant et médecin contrôleur est transformée d’emblée en fraude.

 

J’ai déjà révélé, sur ce blog, et jusque devant Frédéric Van Roekeghem lui-même, étrangement crispé sur le plateau d’Yves Calvi à C dans l’air en 2011, les dessous des manipulations orchestrées par les caisses. Sous Nicolas Sarkozy, la « responsabilisation des patients », ce discours punitif des politiques de droite, fut étayé par l’instrumentalisation des données de la CNAM sur « les fraudes aux prestations sociales »: Frédéric Van Roekeghem mit en oeuvre une falsification des chiffres en inventant le désaccord du médecin-conseil sur un arrêt de travail virtuel jamais demandé par le médecin ni pris par le patient. Ou comment gonfler les chiffres donnant raison à Sarkozy et autres Wauquiez, et stigmatiser ces médecins commerçants délivrant contre rémunération des arrêts complaisants à des patients malhonnêtes…reproduisant ainsi le sempiternel discours patronal tenu dès 1948 par la Chambre de Commerce de Paris, ancêtre du MEDEF: « La Sécurité sociale est devenue pour l’économie une charge considérable. Les salariés ont profité de traitements dont ils n’avaient peut-être pas un besoin certain, la moindre maladie a été le prétexte de repos. L’absentéisme s’est développé. »

 

La procédure n’a jamais cessé, comme l’a noté sur mon blog un de mes fidèles informateurs, petite main des services administratifs de la CNAM, pas dupe du contrat orwellien qu’acceptent tacitement nombre de médecins-conseils: taper sur les soignants pour remplir les objectifs de la direction, au prétexte de sauver l’Assurance-maladie solidaire.

 

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La Sécurité Sociale multiplie ainsi les procédures envers des médecins considérés comme « délinquants statistiques ». Alignant les chiffres et les moyennes, elle cible des praticiens dont l’activité paraît statistiquement trop écartée de la norme. Il ne s’agit aucunement de discuter la justification médico-sociale de chaque arrêt, mais de considérer globalement qu’une déviation par rapport à la moyenne représente une déviance à redresser. Le praticien est convoqué et mis devant le fait accompli par une caisse juge et partie: soit il accepte d’être mis sous tutelle provisoire  (reconnaissant ainsi de fait un abus de prescription) pendant quelques mois en s’engageant à réduire d’un pourcentage déterminé à l’avance ses arrêts de travail pendant la période, auquel cas, ayant rejoint le vaste troupeau il sera tiré d’affaire, soit il refuse et pourra encourir une pénalité financière pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros. Tout ceci est présenté par les garde-chio….. pardon, les contrôleurs de la Caisse comme une simple démarche administrative, « un accompagnement ». Les tentatives d’explication de médecins déstabilisés par ces accusations, et cherchant d’une manière pathétiquement humaine à justifier leur pratique, leur souci des patients, leur type de patientèle ou leur mode de travail, sont systématiquement balayées. Les chiffres parlent, le ratio indemnités journalières/consultations est trop élevé.

 

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Aux médecins accusés, dont certains sont profondément bouleversés tant l’accusation de nuire au bien commun leur est insupportable au vu de leur pratique et de leur vocation, les accusateurs demandent avec agacement de ne pas se complaire dans leur affect: « Il n’y a là rien de personnel, ce sont juste les chiffres ». Lorsque certains d’entre eux menacent de cesser leur activité, de « déplaquer », parce que la double-contrainte leur est insupportable ( faire semblant de soigner chaque malade comme un individu, mais appliquer globalement sans le dire les consignes des caisses pour tenir des objectifs comptables, quitte à pénaliser les patients) , les contremaîtres réagissent avec mépris: « Reprenez-vous, c’est simplement une procédure administrative. Et ne venez-pas nous faire du chantage! »Tant il est pénible, quand on est le bras armé de la Matrice, d’entrevoir un instant sa responsabilité individuelle dans l’écrasement de l’autre.

 

 

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Il ne s’agit pas pour eux de traiter le dossier de chaque patient, mais globalement de faire rentrer le « délinquant statistique » dans le rang. De faire courber la tête pour maintenir l’ensemble des praticiens sous le joug, de les inciter collectivement à lever le stylo au moment de prescrire, en remerciant silencieusement le Ciel que la sanction soit tombée sur un bouc-émissaire. Certains représentants syndicaux, particulièrement attachés à leurs petites prérogatives locales et ravis de côtoyer les instances dirigeantes, n’hésitent pas à enfoncer leurs confrères « indéfendables », comme peut en témoigner Marcel Garrigou-Grandchamp, fondateur de la Cellule Juridique de la FMF ( syndicat qui se retrouve de plus en plus régulièrement taxé de « poujadisme »ou de « propos outranciers »parce qu’il ne joue pas le jeu).

 

Aux médecins accusés, il serait très simple d’accepter la mise sous tutelle. Désignés coupables, il leur suffit pour échapper à la sanction de fragmenter leurs arrêts de travail, puisque c’est le ratio arrêts de travail/nombre de consultations qui est mis en cause. Quatre arrêts de travail consécutifs d’une semaine ( occasionnant donc quatre consultations distinctes) sont ainsi moins coupables qu’un arrêt de travail d’un mois. Mais nombre d’entre eux ne réalisent pas qu’il est possible de se sortir de la nasse en étant plus mesquins que leurs contrôleurs. Alors certains s’enfoncent, dépriment, d’autres dévissent leur plaque. Mettant alors les Caisses et leur système de fliquage orwellien tout entier en difficulté, quand l’information diffuse dans les média, et jusqu’aux premiers concernés, les patients.

 

Dans les Yvelines, c’est une généraliste, Véronique Mollères, qui, après avoir spontanément cessé son activité pendant deux mois suite à sa mise en cause, se rebiffe, et se retrouve soutenue par une coordination spontanée de confrères et consoeurs ( forcément « à droite de la droite ») qui refusent l’arbitraire des caisses et le font savoir. Elle a tenté de faire valoir que le nombre d’indemnités journalières élevé qu’elle a prescrit est lié à la fermeture de cabinets et à la désertification médicale dans son secteur, avec une population majoritairement ouvrière. Peine perdue.

 

Dans la Marne, c’est une autre généraliste, Virginie Thierry,  qui dévisse sa plaque. Elle explique sa réaction à la procédure engagée contre elle: la sidération, la honte, les larmes, les insomnies, suivies par une froide détermination: malgré son amour pour son métier, son attachement à ses patients, renverser la table, déplaquer. Mettant  ainsi à jour le système institutionnalisé de fliquage de ce qui fut, un temps, « notre »Sécurité Sociale: « Si leur objectif c'est de faire peur aux autres, ça marche très bien. Tous mes confrères qui sont au courant y pensent quand ils font des arrêts de travail. Quand vous voulez qu'une foule se tienne à carreau, vous en fusillez un. En général, les autres se tiennent tranquilles. J'ai un peu l'impression d'être sacrifiée »



A ce sujet l’absence d’investissement visible des syndicats de salariés sur ces questions, l’absence de positionnement de la majorité des formations politiques « de gauche »est une honte. Car bien évidemment, à travers le médecin humilié et harcelé, forcé de se soumettre, c’est le salarié que l’on vise. En Commission des Pénalités, explique Marcel Garrigou-Grandchamp, « nos adversaires les plus vindicatifs sont les représentants du MEDEF… »  Le médecin qui cède à cette traque offre en fait la santé de ses patients sur l’autel de l’austérité. La droite de Nicolas Sarkozy « responsabilisait »les patients à coup de franchises, fliquait les médecins sur les arrêts de travail. La « gauche »de François Hollande poursuit EXACTEMENT les mêmes buts, avec les mêmes méthodes. Ainsi, vent debout contre les franchises et contre les approches comptables des caisses lorsqu’elle était dans l’opposition, la députée Catherine Lemorton, Présidente de la Commission des Affaires Sociales à l’Assemblée Nationale, entérine aujourd’hui les franchises et la « responsabilisation »des cancéreux et des diabétiques qu’elle combattait hier, et salue en Frédéric Van Roekeghem , aujourd’hui reparti dans le privé, « un grand serviteur de l’Etat ».

Son successeur, Nicolas Revel, veut donc renforcer "l'accompagnement" des médecins auxquels la CNAM propose déjà un bilan des prescriptions associé à une comparaison régionale ou locale, des outils "d'aide à la prescription" au travers de "fiches repères" relatives aux durées indicatives d'arrêt, couvrant actuellement 60% des pathologies. Ces dernières, assure t-il, sont « validées par la Haute autorité de santé (HAS) ».  Sans préciser que ces référentiels, aussi incroyable que cela paraisse, sont validés par défaut par la HAS en l’absence de consensus scientifique. En langage commun, cela signifie que l’Assurance-maladie propose à la Haute Autorité de Santé des référentiels qui demain permettront de sanctionner les médecins, et que la HAS, en l’absence de données scientifiques validées permettant de confirmer ou d’infirmer les durées d’arrêt de travail proposées, les entérine par défaut.

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Il existe de bonnes raisons, opposées, de soutenir, ou de combattre, le tiers-payant généralisé, selon que l’on porte crédit, ou non, au discours de la Ministre sur la facilitation de l’accès aux soins, et selon l’appréciation que l’on a du risque de désengagement de la Sécurité Sociale au profit d’assureurs à qui le gouvernement offre, au nom d’ « une mutuelle pour tous », une population captive obligée de cotiser deux fois.

 

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Mais pour ceux qui désirent soutenir aveuglément Marisol Touraine et sa Loi Santé, il serait urgent de trouver d’autres arguments que ceux de l’anathème, d’autres éléments de langage que l’accusation de poujadisme ( où se profile, à peine voilée, l’accusation de lepénisme), pour expliquer au peuple français que les diktats de Marisol Touraine représentent l’apha et l’oméga du socialisme français. Certes, cela obligera certains économistes multicartes pas réticents à publier dans les magazines du néolibéralisme à sortir de la pensée binaire, et certains journaux, qui présentent en couverture Emmanuel Macron comme une sorte de Wonderboy de la politique tout droit sorti d’American Gigolo, à un peu plus de sérieux. Ce n’est pas gagné.

 

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Boîte noire:

Je suis médecin généraliste, membre de la FMF.

En 1985 j’ai été poursuivi par la Caisse Primaire d’Assurance-Maladie des Yvelines.

 

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Pour utilisation du tiers-payant.

Fin.

Du.

Game.

 

15/09/2015

Bouvard et Pécuchet en manteau d'hermine

Un confrère américain m'a récemment fait passer le document suivant, qui montre l'évolution du nombre de médecins et d'administratifs dans le domaine de la santé entre 1970 et 2009. Il s'agit de la situation américaine mais je doute que la situation en France soit très différente. Bientôt, pour chaque soignant, on aura dix évaluateurs auto-proclamés expliquant pourquoi tout n'a pas été fait dans les règles ( voir la fable des rameurs de Dominique Dupagne)

 

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 Comme chaque année à même époque, la Cour des Comptes publie son énième catalogue Vermot de réformes en pointant en bons inspecteurs des travaux finis ce qui ne fonctionne pas dans le monde de la santé ( entre autres). Les professionnels de santé sont mal répartis, les infirmiers coûtent trop cher, les kinésithérapeutes font trop d'actes, et on devrait greffer des reins au lieu de dialyser parce que ça serait plus efficient, ça coûterait moins cher, Mâme Michu, et c'est quand même pas bien compliqué, hein?

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Non mais dites-donc, là, les Bouvard et Pécuchet de la Cour des Comptes dans vos manteaux d'hermine: "VOUS NOUS COUTEZ UN BRAS. QUAND DONNEZ-VOUS UN REIN?"

PS: Ceux qui veulent en savoir un peu plus sur le fringant Gilles Johanet ( à gauche, mais seulement sur la photo) ex maoïste devenu énarque ayant atterri comme procureur général à la Cour des Comptes après avoir exercé comme directeur de l'Assurance-Maladie, liront ce billet précédent où ils pourront mieux apprécier les grandes capacités d'adaptation de cet immense serviteur de l'Etat.

07/07/2015

RAINBOW WARRIOR: UN CRIME SOUS MITTERRAND

"La lutte de l'homme contre le pouvoir, c'est la lutte de la mémoire contre l'oubli"

 

Milan Kundera

 

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10 Juillet 1985. Une brève. Le Rainbow Warrior, navire amiral de la flotte de l’organisation pacifiste Greenpeace, aurait coulé dans le port d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, à l’autre bout du monde.

 

 

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Pour ma génération, pour ceux qui avaient poussé un cri de joie en voyant apparaître sur l’écran de télévision le visage pixellisé de François Mitterrand à la télévision au soir du 10 Mai 1981, cet été sera meurtrier. Nous avions subi pendant de longues années une droite bien-pensante certaine que le pouvoir lui était acquis à vie. Mitterrand, pour nous, c’était, enfin, le socialisme, la rose au poing, l’espoir d’un monde sans crime.

 

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Nous avions imaginé que le PS, s’il s’avérait moins doué pour l’économie, nous débarrasserait au moins des inégalités sociales, et de certaines dérives post-coloniales. Au lieu de cela, comme me le déclarerait Edwy Plenel en interview quelques années plus tard: « La succession des reniements qui se sont joués pendant le premier septennat devrait nous sauter à la figure : sécurité, rigueur,recul du social, raison d'Etat... C'est sous le mitterrandisme, avec sa politique monétariste, que s'est produit un basculement sidérant du travail vers le capital. » Tout ceci était décelable en 1985 pour ceux qui s’astreignaient à refuser (et ils étaient fort peu nombreux) la mitterrandolâtrie, mais ce pouvoir semblait au moins encore avoir les mains propres.

 

Et puis ces deux bombes posées sur la coque du Rainbow Warrior, et quelques heures plus tard un couple arrêté par la police néo-zélandaise au moment où il remet au loueur une camionnette vue sur les lieux de l’attentat. Ces deux faux-époux Turenge retenus à l’aéroport, bizarrement munis de passeports suisses… alors que la Suisse était l’un des rares pays à l’époque à avoir informatisé ces informations, ce qui permit aux néo-zélandais de savoir très rapidement que les passeports étaient des faux. La révélation de leur qualité d’agents secrets français, puis les dénégations surréalistes, pendant des semaines, du gouvernement français. Pierre Joxe, ministre de la Justice, prêtant main forte aux investigateurs néo-zélandais à la demande de Laurent Fabius, Premier ministre de l’époque. Charles Hernu, ministre de la Défense, affirmant « les yeux dans les yeux » à l’un et à l’autre que ses services n’avaient aucune responsabilité dans l’affaire .Mitterrand ne daignant même pas s’abaisser à répondre aux interrogations, et débarquant dans le Pacifique pour assister à quelques nouveaux essais nucléaires, histoire de montrer que son pouvoir personnel n’acceptait aucune contrainte, intérieure ou extérieure.

 

 

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Et de jour en jour, dans la presse, des bribes, des sous-entendus, des intox distillées par quelques officines pour embourber l’affaire. Ils sont quelques-uns à l’époque à traquer la vérité, et pour ceux qui comme moi ressentent confusément un trouble grandissant devant ce que semble révéler cette affaire, Plenel est aux avant-postes, avec Marion, Derogy, Pontaut…

 

Dans "La Troisième Equipe" ( ed. Don Quichotte), Edwy Plenel remonte trente ans en arrière et nous ramène à cet été 1985. L’empire soviétique s’effrite, l’apartheid domine en Afrique du Sud, l’Irak de Saddam Hussein est le grand allié des Occidentaux contre l’Iran de Khomeini. Plenel est alors rubriquard au Monde, et il fait revivre en quelques pages ce monde disparu de la presse d’avant-hier, la presse d’avant Internet, d’avant les réseaux sociaux. Une presse papier fabriquée par des artisans dans un décor qui ne semble pas avoir beaucoup changé depuis l’avant-guerre.

 

Pour qui se sent un minimum citoyen du monde, pour qui n’obéit pas le doigt sur la couture du pantalon aux injonctions du patriotisme cocardier, l’idée que le gouvernement français aurait pu mener à bien un attentat terroriste sur le bateau d’une organisation non-gouvernementale pacifiste dans le port de la capitale d’un pays ami est effrayante. Et pourtant on peut trouver dans la presse d'alors des éditorialistes pour défendre cet attentat. Minute salit la mémoire de Fernando Pereira, le photographe décédé dans la seconde explosion, et l’étiquette « agent de Moscou ». Le Figaro-Magazine laisse entendre que la France ne saurait mettre de gants dans cette région du monde où nos ennemis héréditaires, les Anglo-Saxons, tentent de contester notre droit sacro-saint à irradier les populations pour consoler le pouvoir mitterrandien déclinant de ses dysfonctions érectiles.

 

 

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C’est un monde d'avant Internet, d'avant les réseaux, mais quiconque a des amis étrangers perçoit à quel point l’attitude du gouvernement français est suicidaire, suicidaire et obscène. Et puis début septembre l’édifice de mensonges s’effondre, quand Edwy Plenel révèle l’existence d’une troisième équipe de nageurs de combat, responsable de l’attentat lui-même, alors que les agents arrêtés ont servi à amener les explosifs sur place et à planifier la logistique. On apprend beaucoup de choses, on apprend qu’une agent française s’est infiltrée sur le bateau pendant des semaines, a vécu une aventure amoureuse avec une militante pacifiste, a partagé les repas et l’amitié de celui qui va mourir pour raison d’Etat. Des fusibles sautent, au niveau politique (Charles Hernu), militaire (l’amiral Lacoste) et François Mitterrand passe à autre chose. C’est un moment stupéfiant, le moment où le pouvoir personnel de cet homme est mis à nu, et dans le même temps conforté: il est possible de tuer un innocent à l’autre bout du monde et de continuer, de durer, alors que tout le monde sait.

 

 

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« Le reproche radical que l'on peut faire au mitterrandisme, » me dira Plenel, « c'est d'avoir totalement épousé la Veme République, que l'homme avait pourtant conspuée, en contribuant à accroître sa logique institutionnelle de privatisation du pouvoir, d'identification monarchiste à un individu. Je suis convaincu que, si un accident de l'Histoire donnait la majorité à un quelconque national-populisme, celui-ci pourrait, sans problème, instaurer une république autoritaire,voire dictatoriale.Tous les éléments constitutionnels y sont:il peut passer outre au Parlement, soumettre le pouvoir judiciaire, s'appuyer sur l'article 16. C'est la fameuse phrase de Mitterrand :« Ces institutions étaient dangereuses avant moi, elles le seront après moi. » Cette formule est férocement individualiste, révélant une profonde indifférence aux autres.»

 

Pendant les années qui suivirent, Edwy Plenel poursuivit son travail d’investigation, et devint la bête noire du Prince, qui le plaça sous écoute. Le monde d’aujourd’hui n’est pas né de nulle part,la fascination du pouvoir actuel pour le renseignement, la morgue hors-sol de ceux qui nous avaient promis le changement et se vautrent sous les ors de la République, rien de tout cela n’est neuf. Du hollando-vallsisme au mitterrandisme, il n’y a qu’un pas.

« Ces institutions étaient dangereuses avant moi, elles le seront après moi». A qui Hollande, Valls et Cazeneuve laisseront-ils la Loi   Renseignement en 2017?

 

Dans les années qui suivront, l’ombre de cette affaire poursuivra Edwy Plenel, et nombre de ses protagonistes. Dans "La Troisième Equipe", le créateur de Mediapart montre une grande retenue pour les acteurs de cette tragédie, pour les sous-fifres qui agirent sur le terrain, réservant sa colère pour les tireurs de ficelle dont il nous apprend que l’un finira au directoire d’HSBC, l’autre au directoire de Vivendi.

 

 

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Dix ans plus tard,en 1995, Dominique Prieur,l’ex fausse-épouse Turenge, livrera dans Agent Secrète (ed. Fayard) «sa» vérité sur l'affaire Greenpeace. On attendait des révélations, voire une remise en cause, de la part de celle que son gouvernement, commanditaire de l'opération, faillit bien lâcher. On obtient 240 pages d'auto-justification, ou le périple d'une petite bourgeoise séduite par l'uniforme et qui devient l'une des premières femmes françaises à pratiquer «un métier de voyou exercé par des seigneurs », selon le mot d'Alexandre de Marenches. Voire... Dès le départ, Dominique Prieur et ses collègues nourrissent de graves doutes sur la légitimité et la faisabilité de cette action brutale dirigée contre un mouvement inoffensif, et plus encore sur ses modalités.Tous soulignent que le déclenchement de deux charges l'une après l'autre contre la coque du bateau, alors qu'il suffirait d'en endommager l'arbre d'hélice ou le gouvernail, est absurde et multiplie le risque de faire des victimes à bord. Mais l'ordre est maintenu et : «De toute façon une mission ne se refuse pas. Ou alors, il faut changer de métier !»

L'opération a lieu, c'est le fiasco que l'on sait.

Arrêtée, puis jugée, Dominique Prieur n'a qu'un souci : qu'à travers ce procès, l'image de la France ne soit ternie. Si la mort d'un homme est «dure à assumer», elle ne supporte pas que la presse titre sur «les Pieds Nickelés de la DGSE».

Ses malheurs, bien réels, sa détention, pénible, nous sont narrés par le menu. Il est clair que, larguée dans le Pacifique, elle ne comprend rien de ce qui se passe au niveau politique à Paris, où Fabius lâche Joxe aux trousses de Hemu. Que dix ans plus tard, reclassée à la... Direction des centres d'expérimentation nucléaires, elle ne saisit toujours pas quels rouages secrets ont mis en place puis fait échouer cette mission. Et qu'elle n'en a cure. Courageux petit soldat, elle tient à se justifier, en répétant qu'elle a suivi les ordres.
 
Si on lui avait demandé d'aller tuer un homme innocent, aurait-elle obéi sans état d'âme? lui demande Jean-Marie Pontaut, célèbre journaliste d'investigation, en guise de postface.«En l'occurrence», répond-elle, «je n'ai jamais été confrontée à ce dilemme, puisqu'on ne me l'a jamais demandé». Comme quoi François Mitterrand n'a pas le monopole du sophisme…

 

Parmi les victimes, seront passés par pertes de profits les militants de Greenpeace France. Choqués, culpabilisés ( c’est en les infiltrant que la DGSE a réussi à mettre en place l’opération), ils seront plus ou moins lâchés par la maison-mère.

 

Les années ont passé, Mitterrand n’est plus. De temps en temps on ressort la statue de cire du Commandeur, on rappelle « Touche pas à mon pote », et la fin de la peine de mort. Ses amis tressent ses louanges, sa grande culture, son sens de l’Etat. On s’intéresse à sa vie privée,elle émoustille à l’heure des déballages trierweileresques. « Il y a aussi des moments de regrets et de manque. C'est parfois douloureux. En réalité je n'ai pas l'impression qu'il m'ait quittée, il est encore en moi. J'y pense encore tous les jours », écrit sa fille.

 

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Fernando Pereira aussi manque à sa fille Marelle, et reste dans son coeur: "Moi et ma famille avons pour ainsi dire accepté ce qui s'est passé en 85, mais cela ne veut pas dire que nous sommes prêts à pardonner ou à oublier. Chaque jour, chaque année, vous tournez un peu plus la page, vous arrivez un peu mieux à vivre avec votre passé mais cela ne veut pas dire que vous ne pensez pas à votre père tous les jours. Ou que vous ne pleurez pas sur sa disparition certains jours en vous rappelant les bons souvenirs que vous avez..."

 

 

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Fernando Pereira, photographe de presse, dont le seul crime était de suivre le périple du Rainbow Warrior en Nouvelle Zélande. Fernando Pereira qui avec tout l’équipage du bateau avait aidé quelques jours plus tôt à évacuer les habitants de l’atoll de Majuro, capitale des îles Marshall.

 

 

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L’équipage avait adressé ce télex au président Mitterrand:

« Nous tenons à exprimer notre réprobation envers ces tests, non seulement en raison de l’aggravation de la course aux armements nucléaires qu’ils engendrent, mais aussi à cause du mépris indigne de la France envers les souhaits des peuples du Pacifique qui veulent faire de leur océan une zone libre. Nous sommes actuellement engagés dans une opération humanitaire d’évacuation des habitants de l’atoll de Rongelap, sévèrement contaminés par des tests nucléaires américains dans les années 40 et 50- et dont les îles demeurent dangereusement radioactives jusqu’à ce jour. La France doit- elle continuellement répéter les erreurs des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne dans le Pacifique? Doit-elle continuer à ignorer avec morgue l’opinion publique locale et dans le monde qui crie « Assez »?»

 

 

La réponse à cette supplique de lèse-majesté ne se fit pas attendre, envoya le Rainbow Warrior par le fond et tua Fernando Pereira. Dans « La Troisième Equipe », Edwy Plenel s’attarde un instant sur ceux qui conspuent le travail de Mediapart lors des scandales politico-financiers de ces dernièresannées,

 

« Ce journalisme de gouvernement qui s’empresse de réclamer des preuves quand nous mettons sous les yeux des faits. Habitué à être du côté du fort plutôt que du faible, il n’imagine pas l’inégalité des armes entre nos curiosités démocratiques et les secrets illégitimes grâce auxquels les pouvoirs et les puissants se protègent du regard des citoyens ».

 

 

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Une investigation comme celle qui démonta l’écheveau de mensonges du pouvoir mitterrandien serait-elle envisageable aujourd’hui, demande-t’il, alors que l’Etat vient de se doter de moyens d’espionner tous et chacun sans intervention de la justice. « La Troisième Equipe » est le récit d’une enquête qui avança à tâtons, par recoupements, demi-aveux, coups de pouce. Dans le même interview, il m’avait dit,au sujet de ses sources: « L'Etat n'est pas fait que d'hommes politiques! N'oublions pas que les questions d'éthique que nous nous  posons, un policier, un magistrat, un préfet, un conseiller d'Etat... se les posent aussi. On ne nous donne jamais une information pour nos beaux yeux, mais lucidement. Certains de ceux qui, par fonction, savent, nous confient tel ou tel secret au nom d'une réflexion de citoyen, la même que vous et moi. Ils prennent des risques pour cela. »

 

Au final, le livre d'Edwy Plenel est aussi un hommage à ces anonymes qui, au sein de l’appareil d’Etat, refusent la tentation du despotisme. Refusent que certaines victoires troquent une survie momentanée contre un éternel naufrage.

 

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Christian Lehmann

 

Boîte noire:

 

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En 1993, j'ai publié "Un monde sans crime", un roman noir dévoilant la face cachée du mitterrandisme à travers l'affaire du Rainbow Warrior. L'année précédente, Edwy Plenel avait publié "La Part d'Ombre". Nous avons sympathisé, et je l'ai interviewé à plusieurs reprises pour Impact-Médecin.

 

07/06/2015

Economistes sous influence: les conflits d'intérêt nuisent gravement à la politique de santé

 

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Depuis des mois, Marisol Touraine répète en boucle que le tiers-payant généralisé est une simple mesure de justice sociale qui règlera les problèmes d’accès aux soins en France. 

Mais une des économistes les plus en vue au Parti Socialiste, ancienne membre de l’équipe de campagne de Martine Aubry, conseillère du Premier ministre Manuel Valls et membre d’un impressionnant réseau de think-tanks, vend la mèche sur France-Culture quelques jours à peine après le passage du projet de loi Santé à l’Assemblée Nationale. 

Sans cacher sa jubilation, Brigitte Dormont, de la Chaire Santé Paris-Dauphine, révèle que le tiers-payant signe « la mort annoncée de la médecine libérale », et que « c’est une bonne chose ». Enfonçant le clou, elle confirme ce que dénoncent sans relâche depuis plus de deux ans une majorité de professionnels hostiles à cette Loi : les médecins, payés directement par l’assureur, en deviendront dépendants, devront suivre ses consignes. « L’organisme en charge du paiement », annonce t-elle fièrement, aura « les moyens financiers de faire pression sur les médecins ».

Si ce désastre réjouit Brigitte Dormont, c’est que la ligne directrice de ses travaux, depuis des années, consiste à dénigrer les médecins. Dans une étude intitulée « Est-il profitable d’être médecin généraliste », elle utilise des équations mathématiques qu’elle manipule au gré de ses besoins pour nier que le différentiel de revenu entre médecins et cadres tient à l’amplitude des horaires de travail. Dans une autre étude particulièrement caricaturale, « Médecins généralistes à faibles revenus : une préférence pour le loisir ? », une de ses collègues explique benoîtement que si certaines femmes-médecins ont de faibles revenus, c’est qu’elles consacrent trop de temps aux loisirs et pas assez à leur pratique médicale. La preuve ? Nombre d’entre elles ont obtenu tardivement leur thèse, ce qui « pourrait révéler un manque de motivation du futur médecin qui se traduirait… par une plus grande difficulté à attirer sa clientèle ». Lorsqu’on sait la difficulté pour une jeune interne de mener conjointement cursus hospitalier et grossesse, la piètre prise en charge des congés-maternité des femmes médecins de ville, ou le fait que la profession de généraliste fait partie des grossesses considérées comme à risque, on reste ébahi de l’incohérence des conclusions hâtives d’économistes hors-sol totalement déconnectés de la réalité de la pratique quotidienne, et pour qui médecin comme patient ne représentent que des variables économiques. 

Biais méthodologiques manifestes, bidouillage des données économiques, jugements à l’emporte-pièce, refus de confronter leurs théories farfelues à la réalité sociologique, « certains économistes théoriques peuvent parfois être assez déconnectés de la réalité », comme l’énonce un chercheur à l’Ecole d’économie de Toulouse récemment dans Les Echos.

Mais au-delà de ces partis pris, c’est tout le fonctionnement de la Chaire Santé Paris-Dauphine qui est en cause. En l’absence des régulations mises en place par les meilleures universités anglo-saxonnes ( Berkeley, Stanford, London School of Economics), pour gérer les liens d’intérêt, des puissances financières : banques, assureurs, peuvent étendre leur influence au sein de l’Université Française et la transformer en simple faire-valoir, caution qu’ils utilisent à des fins de lobbying afin d’influencer la décision politique. 

Le rôle de Brigitte Dormont, économiste contemptrice des médecins libéraux qu’elle rêve voir demain « dépendants de leurs financeurs » avec qui par le plus grand des hasards elle met en place de lucratifs partenariats public-privé au sein de l’Université, pose question : Les conflits d’intérêt nuisent gravement à la politique de santé.

 

Pour ceux qui veulent pousser la réflexion plus avant, deux textes longs:

Mort planifiée de la médecine libérale: A qui profite le crime?

et

Les conflits d'intérêt nuisent à la politique de santé

ainsi qu'une vidéo amusante, et pédagogique:

Brigitte Dormont, ou l'économétrie pour les nuls

 
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