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03/04/2017

« Du passé faisons table rase » : Mélenchon et la Grosse Dame

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Mélenchon.

 

Mélenchon Jean-Luc.

 

Voilà trois semaines que j’ai terminé le ( attention, spoiler ) très bon livre de Marion Lagardère sur JeanLuk et que j’hésite à en parler. Pour plein de raisons. Dont l’espoir qu’il a contribué à faire naître.

 

Longtemps, je n’ai pas su ce que je pensais du puzzle que me présentait l’homme de la France Insoumise, des fragments apparemment contradictoires de sa personnalité et de son parcours.

 

Un tribun hors-pair, habité parfois d’une vraie émotion, et un type qui peut te lâcher, d’un ton qui ne souffle aucune protestation, que bien évidemment il voyage en avion en première classe, il ne va pas se casser le dos comme du vulgaire bétail.

 

Un esprit littéraire assez fin, un lettré, parfois traversé par le sens du tragique, et un guignol de plateau prêt à faire applaudir Drucker, ce grand professionnel.

 

Et j’en passe.

 

En tant que médecin, j’ai assez vite été confronté au dilemme Mélenchon. Comme je l’ai déjà raconté (ici), il fut l’un des rares hommes politiques à se déplacer lors du combat contre les franchises ( avec la députée Jacqueline Fraysse et le sénateur Guy Fischer ), et pas seulement le temps de choper les caméras du vingt heures avant de s’engouffrer à l’arrière d’une berline ( bonjour, Julien Dray, et au revoir). Mais lors de la calamiteuse campagne vaccinale Bachelot en 2009, son aveuglement vis-à-vis d’une profession ( la médecine de ville, pour faire vite: « si vous allez chez votre médecin vous devrez le payer à l’acte avec tous les débordements habituels auxquels ces gens se livrent sur le dos de la Sécurité Sociale et de la santé publique… ») parée de toutes les tares du libéralisme , l’amena à soutenir à bout de bras les vaccinodromes de Sarkozy et Bachelot, croyant déceler les prémisses d’un retour au temps béni des dispensaires de santé publique, là où il n’était question que d’esbroufe ascientifique, de stratégie de la terreur et d’autoritarisme imbécile. Huit ans plus tard, cette saillie: «Devant les campagnes de santé publique, on fait d’abord la campagne on discute après, pas l’inverse… » reste gravée dans ma mémoire. Pas parce que je serais particulèrement rancunier, mais pas qu’elle concentre ce qui m’a toujours gêné chez JeanLuk. Cette grille de lecture obsolète qui lui permet de planquer ses propres défauts tout en désignant les ennemis du peuple, ceux qui pensent de travers. 

 

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Pendant des années, Marion Lagardère, journaliste, a suivi la campagne de JeanLuk pour France-Inter. Dans ce livre, elle répond à la question qu’on lui pose systématiquement ( et qui l’agace): « Il est comment Mélenchon, en vrai ? ». Un peu de la défiance du candidat a déteint sur elle, semble t-il, tant elle y va à reculons, certaine que chacun ne trouvera dans son livre que ce qu’il voudra bien y voir: les groupies fondront d’aise, les ennemis seront confortés dans leur haine. Mais ce défaitisme n’est pas de mise, parce qu’elle-même ne s’est pas laissé avoir. Son portrait psychologique de Mélenchon est aussi détaillé que complexe.

 

Mélenchon, c’est l’homme qui attend et espère la Révolution. C’est le « pistolero de l’Essonne », ce hiérarque socialiste qui très jeune, à trente-cinq ans, a décroché la queue du Mickey, un poste de sénateur, et a passé des décennies au coeur du pouvoir socialiste, participant à tous les combats, guettant un signe d’approbation de Mitterrand à l’époque, rompu aux basses oeuvres et aux manoeuvres d’appareil bien dégueulasses quand il le fallait. C’est un des reproches qu’on lui fait souvent: Mélenchon fait partie intégrante du système qu’il dénonce.

 

A plusieurs reprises, dans le livre, il balaie cette accusation. Il faudrait le juger sur pièces, sur l’étendue d’une carrière qui aurait une cohérence propre. Il ne renie pas son passé, on voit même dans ses réponses qu’il en est fier, comme on pourrait être fier d’une breloque au veston: c’est pas donné à tout le monde, hein, c’est pas le premier venu qui décroche tout ça aussi jeune. Et aussitôt, sans rien renier de son passé, il embraie sur la suite, sur l’avenir, sur son combat en cours: l’élection présidentielle, la Révolution, la VIème République. Pour cet homme plus tout jeune donc, c’est maintenant, ou jamais. « Eh! J’ai 63 ans alors la révolution, c’est tout de suite. Comprenez-moi, je ne suis pas éternel, il faut que je me magne. »

 

Cet homme est presque sourd, mal à l’aise dans la cohue des foules parce qu’il n’entend pas venir les gens, les coups, qu’il ne verrait pas venir un éventuel assassin ( le rapport de Mélenchon à la foule est un mélange d’ivresse et de paranoïa).

 

Cet homme qui aime la bonne chère met en scène son soudain attrait pour le végétalisme et le quinoa, histoire de s’économiser, de se préserver. Il faut durer, encore un peu. « La vraie angoisse, c’est que je n’ai plus quinze ans devant moi pour faire tout ça. »

 

« L’important c’est de ne jamais flancher, il faut tenir le fil et amener les idées jusqu’au bout, quoi qu’il arrive et, pour ça, c’est simple, il faut savoir être économe de ses forces. Et il ne faut pas mourir, évidemment. »

 

Il y a plein de belles choses chez Mélenchon, son amour de la littérature, de toute la littérature, y compris des mauvais genres, comme la science-fiction. Mais il y aussi cette grille de lecture caricaturale qui le fait détester Star Wars: « Et ensuite ce n’est pas compliqué, ce film est une métaphore, celle des Etats-Unis libérateurs contre le grand méchant Empire soviétique, le dark Vador moche et méchant, une entité monstrueuse sans coeur, cruel et sans visage. Alors, avec tout ça, Star Wars, non merci. »

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Mon pauvre JeanLuk, si tu savais comme t’as tout faux. Philippe Squarzoni, dans Garduno, Zapata, et Dol, magistral roman graphique sur les politiques néolibérales, a mieux que quiconque analysé l’ambivalence du discours culturel dominant aux Etats-Unis, la culture « corporate » traversée par des fulgurances, des héros solitaires, des rebelles. Et il faut être aveugle pour ne pas voir que Star Wars questionne la naissance du fascisme au sein même de la République. Comme le dit Padme Amidala au moment où le Sénat vote les pleins pouvoirs à Palpatine: « C’est ainsi que meurt la liberté, sous les applaudissements »

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C’est un autre point d’achoppement avec JeanLuk, ça, cette grille de lecture plaquée sur la politique internationale. A ce stade, ce n’est plus simplement de l’anti-américanisme ( et Dieu sait la responsabilité de la « Land of the Free and Home of the Brave » dans les massacres des siècles passés et présent), c’est un bréviaire pour tomber du côté des despotes les plus pourris, du moment qu’ils ne sont pas pro-US, qu’ils font mine d’incarner la résistance à l’impérialisme américain, quitte à maintenir leur peuple, ou celui d’à côté, sous leur botte. ( A ce stade les JeanLukbots se mettent habituellement en route, et lui-même leur a maintes fois donné l’argumentaire. Relevez l’une des nombreuses prises de position ambigües de Mélenchon envers des dirigeants « anti-impérialistes » peu suspects de droitdelhommisme, et il montera dans les tours, et ses soutiens avec, en vous expliquant que vous n’avez RIEN compris, qu’il n’a jamais dit ce que vous avez entendu, que d’ailleurs pas plus tard qu’avant-hier sur son blog, en douze feuillets serrés, il a dit le contraire. Et ce sera vrai, tant JeanLuk est fort, lorsqu’il s’agit d’ensevelir sous des pages de philippiques rudement bien argumentées ses moments moins glorieux. Quand il ne peut justifier, JeanLuk, il enterre.

 

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Ca fait partie de la caricature dans laquelle il s’est par moments lui-même enfermé. Le type qui raille devant un public ouvrier « les belles personnes », alors que sur le tapis rouge entre Luchini et Audrey Pulvar, il est comme un gosse à Disneyland. Le type qui rit aux blagues de Drucker ou de Ruquier, mais qui peut agonir d’injures un pigiste ou un photographe, devant un parterre médusé, parce qu’il aura eu un coup de sang. Marion Lagardère raconte un épisode consternant lors d’un déplacement à Bobigny après les attentats perpétrés par Mohamed Merah. Sur le parvis devant la préfecture, à Saint-Denis, son service d’ordre est dépassé. Scènes de cohue. Monté ensuite à bord du bus des journalistes, Mélenchon s’en prend à un photographe, au hasard: « Je ne vous fais pas confiance, vous les photographes, vous bousculez les enfants! » Le type, innocent, réplique: « Pourquoi mettez-vous tous les photographes dans le même sac? Nous on ne dit pas: vous les politiques, vous êtes tous des pourris ». Mélenchon cherche à faire virer le type par ses propres collègues… les journalistes refusent. Mélenchon fait arrêter le bus, se barre: « Allez, au revoir, restez tous avec vos certitudes corporatistes! » Interrogé plus tard par Marion Lagardère « Mais ce jour-là, vous vous êtes trompé de personne », après avoir tenté de réécrire l’histoire, JeanLuk conclut: « Oui, ca arrive. Dégât collatéral. Des fois, les Américains bombardent à côté et ça tombe sur leurs alliés ». Voilà. Le type qui trouve génial de passer chez Mireille Dumas est aussi capable de passer ses nerfs sur un clampin inconnu, d’en faire son bouc-émissaire, et de noyer le poisson ensuite en revenant sur les démons de l’impérialisme US. De la part d’un des abrutis incultes qui nous gouvernent, cela n’aurait rien d’étonnant. De la part d’un « grand esprit du socialisme révolutionnaire », ça l’est plus. On imagine pas Orwell passer sa rage sur un « anonyme » au hasard.

 

On a l’impression que le Jean Luc Mélenchon que cerne par touches successives Marion Lagardère écrit chaque jour sa notice Wikipedia. J’aime beaucoup cette boutade qui dit que l’Opéra n’est pas fini « tant que la Grosse Dame n’a pas chanté ». Mélenchon le sait. Il sait que dans sa carrière politique, il est très tard, et que la Grosse Dame est sortie de la loge et attend dans la coulisse. Il pourrait être celui qui aura passé le témoin, il pourrait être ce sexagénaire encore fringant, roué, cultivé, passionné, qui aura passé la flamme de la Révolution à une jeunesse militante qu’il envoûte, et qui l’anime. C’est son espoir: gagner, ou probablement, s’il ne gagne pas ( je n’exclue rien, qui dans le bordel actuel peut exclure quelque chose, et certainement pas qu'au mouvement du vide dans le creux proposé par Macron, la jeunesse préfère JeanLuk), recréer une gauche révolutionnaire vivante à côté des ruines du Parti « Socialiste ». Car perdre, perdre vraiment, ce serait redevenir, passé la campagne grisante qu’il mène avec son hologramme, un homme du passé, un homme du passif, lui qui, écrivant quotidiennement, voudrait rester dans les mémoires comme « un grand esprit du socialisme révolutionnaire ».

 

Jean Luc Mélenchon, il est comment, en vrai? Dans le livre de Marion Lagardère, on le découvre touchant et imbuvable, cultivé et borné, suffisant et hanté. C’est l’histoire d’un homme qui aurait pu continuer à profiter tranquillement du système, comme beaucoup, mais crie son épuisement à un cheminot qui l’alpague: « J’use ma vie à vous défendre! ». C’est l’histoire d’un ex-apparatchik qui veut convaincre n’avoir jamais lâché « le fil conducteur révolutionnaire », et voudrait se le prouver à lui-même.

 

« Il est comment Mélenchon, en vrai ? », de Marion Lagardère, chez Grasset

12/02/2017

Un mois de lectures, dans le désordre...

Un mois de lectures, ça donne, dans le désordre…

Charlie Hebdo, le jour d’après, de Marie Bordet et Laurent Telo, chez Fayard

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Deux journalistes racontent une histoire interdite, l’histoire de Charlie Hebdo après les attentats. Un hebdomadaire au bord du gouffre financier, soudain transformé en icône de la liberté d’expression, et autour duquel s’agitent un gouvernement socialiste en mal d’image, des communicants spécialistes de la gestion de crise plus habitués à protéger des politiques corrompus que des dessinateurs bordéliques, des avocats d’affaires, des « militants » de la laïcité. Ceux qui ont lu « Mohicans » de Denis Robert connaissent déjà les dessous de la prise en main du journal par Philippe Val puis par ses successeurs, les mauvaise manières faites à Cavanna et à Siné, les rancoeurs cachées derrière l’image d’une joyeuse bande de potes toujours prêts à faire des conneries ensemble. Après les assassinats, refaire un journal tient de la gageure. Mais quand ce journal au bord de la faillite devient riche à millions, c’est une malédiction. Les deux auteurs sont plus mesurés dans leur jugement que ne l’est Denis Robert. Il n’empêche. Ce qui se dit de la comédie humaine est glaçant.

 

L’histoire secrète de Twin Peaks, de Mark Frost, chez Michel Lafon

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Dans l’attente de la nouvelle saison de Twin Peaks, le scénariste Mark Frost réalise cet objet geek bizarre, compilation hétéroclite de documents censés nous rappeler l’intrigue passée, et élargir sur de nouveaux mystères: terres sacrées indiennes profanées, esprit de la forêt, objets volants non identifiés, rien ne manque à la panoplie de David Lynch. C’est à la fois totalement barré, intriguant, et parfaitement dispensable.

 

L’illusion nationale, de Valérie Igounet et Vincent Jarousseau, chez les Arènes

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Valérie Igounet ne s’était pas fait que des amis en publiant en 2000 « Histoire du négationnisme en France », une formidable somme qui aujourd’hui encore lui vaut la haine des révisionnistes. Ici, elle publie un roman-photo vrai. Avec Vincent Jarousseau, elle a arpenté les rues de Beaucaire, de Hénin-Beaumont, d’Hayange, pendant deux ans. Deux ans d’enquête dans les villes tenues par un FN bleu-marinisé, par un FN dédiabolisé. Elle enregistre les conversations, et c’est tout un peuple de gens abandonnés, désabusés, trahis, qui s’exprime, et retranscrit les « réinformations » dont le FN l’a abreuvé: « Pour un bon nombre de ses électeurs », conclut-elle, « le FN symbolise un espoir, une autre vie, plus sûre… sans immigrés. Le parti d’extrême-droite leur vend un rêve: leur rendre une fierté qu’on leur aurait retirée. Il leur fait espérer une meilleure justice sociale, du travail pour tous, une ville sans migrants, comme si quelques fleurs, quelques coups de balai et une police municipale renforcée était une réponse à leur maux et leurs désillusions ». Les auteurs ne se moquent pas, ils retranscrivent les propos des exclus, des sans-grade, des oubliés de la mondialisation capitaliste, leurs divergences aussi. Jean-Marie, le père, c’est à la fois l’ancien qu’il faut respecter mais aussi un type qui disait des trucs infréquentables. La fille, par contre, c’est autre chose. On fait des selfies avec, elle rassure.
Il y a dans « L’illusion nationale » quelque chose de l’attention donnée par un François Ruffin aux oubliés de la classe politique actuelle, mais le constat est beaucoup plus sombre que celui de l’auteur de "Merci Patron"

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Santé, le trésor menacé, d’Antoine Vial, chez l’Atalante

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Antoine Vial a longtemps travaillé et milité pour un système de santé plus juste. Proche de La Revue Prescrire, membre de collectifs prônant une meilleure régulation du marché du médicament, ancien producteur de magazines santé sur France-Culture, il livre ici un constat, et des propositions. Père d’un jeune homme handicapé dans un accident de voiture, il dépeint particulièrement bien la double peine qui touche ceux qui vivent avec un handicap, et leurs aidants. Ce chapitre, comme le chapitre sur la fin de vie, est de nature à ébranler toute personne douée d’un minimum d’empathie, et jusqu’au médecin blanchi sous le harnais que je suis. Je ne suis pas d’accord avec tous les constats, franchement en désaccord avec certaines facilités: Le gentil médecin ne reçoit pas les labos (yes) et se préoccupe de sa cessation d’activité au point de s’investir dans la création d’une maison de santé (est-ce de son ressort?), le mauvais médecin mange dans la gamelle des labos ( yes) et se moque bien de ce qu’après lui, le déluge. ( non, juste non) Et le couplet éculé sur les prétendues zones surdotées en médecins, et les devoirs des étudiants en médecine dont les études sont payées par la communauté, est indigent. ( Pitié, trouvez quelques chose de plus crédible. Les étudiants en médecine font tourner les services hospitaliers pendant des années dans des conditions merdiques, pour de salaires indécents)
Mais un livre qui étrille en les nommant Guy Vallancien , Roselyne Bachelot ou Agnès Buzyn ne peut être intrinsèquement mauvais… Le premier, défenseur des franchises sur les soins et de Big Pharma, lobbyiste sans relâche contre les « aboyeurs… » du Formindep et d’ailleurs, la seconde pour son refus d’étudier la question de l’assistance sexuelle eux handicapés, la dernière, oncologue, nouvelle présidente de la Haute Autorité de Santé, pour ses déclarations alambiquées sur la nécessité pour les experts de travailler en lien avec les firmes, malgré les attaques des « vociférants ».
Vial plaide pour la mise en place d’un site internet d’information sur la santé réellement indépendant de toute puissance extérieure, y compris celle du ministère de la santé.
Il plaide avec vigueur et une foi communicative pour les living labs, où tous, soignants, patients, techniciens, s’unissent autour de projets participatifs clairement définis. ( Vial donne des exemples, que ceux qui se mettent en Position Latérale de Sécurité dès qu’ils entendent ces mots valises cent fois ressassés par des télévangélistes comme Ségolène Royal, Emmanuel Macron ou Luc Ferry se rassurent). Son site: www.participation-sante.fr
La démarche d’Antoine Vial est intéressante, son livre en apprendra beaucoup à ceux qui ne connaissent pas le monde de la santé mais sont conscients qu’un système solidaire bascule insensiblement dans l’incohérence hyper-administrée et la tyrannie des lobbys. Il n’est, paraît-il, pas nécessaire d’espérer pour entreprendre. Du moins l’ai-je cru moi aussi, un temps. Je recommande ce livre, parfois irritant, intelligent, sensible, beaucoup plus utile que les compilations de souvenirs et d’anecdotes grandiloquentes d’urgentistes médiatiques.

 

Polarama, de David Gordon, chez Babel Noir

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Un serial killer reconnu coupable du meurtre de quatre femmes qu’il a dépecées et arrangées en « tableaux artistiques » accepte se se confier à un nègre de romans vampiriques de supermarché. Ce pourrait être, comme l’annonce la quatrième de couverture, « un polar satirique, une enquête littéraire », c’est juste un polar mal écrit, qui tombe des mains, un pavé indigeste de 400 pages écrit par un protagoniste infantile, une réserve d’urgence de papier toilette en cas d’apocalypse zombie.

 

Vie de ma voisine, de Geneviève Brisac, chez Grasset

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Geneviève Brisac a été mon éditrice. Elle a écrit beaucoup de livres, que je n’ai pas tous lus. J’ai acheté celui-ci par curiosité et j’ai fini ma lecture les yeux embués, essuyant mes lunettes à plusieurs reprises pour aller jusqu’au bout. Geneviève Brisac déménage, arrive dans un nouvel appartement, est abordée, maladroitement, par une voisine âgée, Jenny, qui peu à peu lui révèlera sa vie, sa vie d’avant le Vel d’Hiv, et sa vie d’après. On croit avoir tout lu sur ces sujets, comme Geneviève Brisac l’écrit très bien, d’ailleurs: « Oui, on connaît, ne nous cassez pas la tête à radoter toujours sur la même chose. On sait tout ça, on sait tout sur vous. Les Juifs. Les Polonais. Les Athées ».

Geneviève Brisac a pas mal radoté sur ces sujets. Moi aussi. D’autres encore. D’où vient que nous radotons toujours? D’où vient que des noms, disparus, nous les psalmodions encore, afin que tout à fait ils ne disparaissent pas encore? Vie de ma voisine évoque Charlotte Delbo, Rosa Luxemburg assassinée et jetée à la rivière, Maurice Rajsfus, le frère de « la voisine », que j’ai un peu connu et qui maudissait tous les flics délateurs, tous les Français complices des rafles, quand sa soeur, Jenny, veut toujours et encore croire, aujourd’hui, que les hommes ne sont pas tous sourds, tous aveugles. Il y a aussi « ceux qui comprennent », le soldat allemand qui a un geste d’humanité, les gens qui aident, qui cachent, qui protègent. Et pas seulement les concierges qui pillent les appartements vides, les flics délateurs qui vivent bien et intègrent ensuite le Parti Communiste pour se faire une vertu, les membres éloignés de la famille qui viennent voler les grands draps blancs du lit des parents raflés, puisque de toute façon ils n’en auront plus besoin. Mention spéciale, parmi « ceux qui comprennent », à ce cheminot inconnu qui sur le côté d’une voie de chemin de fer a ramassé un petit bout de papier chiffonné sur lequel le père de Jenny et Maurice avait griffonné au crayon les derniers mots adressés à ses enfants, et jetés comme une bouteille à la mer.

Je me posais beaucoup de questions sur les livres et la littérature, ces derniers temps. Je vois certains de mes livres disparaître des rayons, ne pas être réédités, moi qui ai eu la chance de voir tous mes livres disponibles pendant plus de vingt-cinq ans. Je vois mes éditeurs, mes éditrices, évincés pour faire place à de nouvelles exigences de rentabilité immédiate, par des élèves d’école de commerce nourris aux préceptes du marketing et de la culture de masse. Je vois, il me semble voir, Farenheit 451 se jouer au ralenti devant nous. Pourtant des gens écrivent des livres et gardent vivante la mémoire de ceux qui ne sont plus. Quand j’écrivais de la fiction, il me semblait que c’était le but ultime de toute littérature, et en fait, lisant « Vie de ma voisine », je réalise que ça n’a pas changé.

« Call me Ishmael… »

 

26/01/2017

Benoit Hamon: LAST APPARATCHIK STANDING

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Depuis des années, le Parti Socialiste agonise. Pas d’idées, pas de souffle, une succession de reniements. Dans une petite bande dessinée très acide, "Un odieux connard" avait imaginé en 2014 ce qui se passerait si Jaurès revenait de nos jours rue de Solferino, et découvrait, entre autre, le système mortifère des motions, qui travestit les ambitions des diverses écuries présidentielles en courants de pensée, et a servi pendant des années à organiser le statu-quo et la stagnation.

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Des années que les prétendants au trône se déchirent, se rabibochent. Des années que l’on nous présente, d'un côté des partisans d’une gauche d’ordre et de gouvernement, et de l'autre des frondeurs rebelles, le cheveu fou et l'oeil brillant, prêts à toutes les aventures révolutionnaires, quand au final le fonctionnement du Parti fige tout ça dans l’immobilisme le plus total, voire les compromissions même plus cachées avec « La Finance ».

 

 Ainsi tandis que Hollande s’entoure au gouvernement d’anciens banquiers aux dents longues et de fraudeurs fiscaux, à l’Assemblée nationale les « frondeurs » jouent les trublions de pacotille, menaçant... de menacer, mais échouant systématiquement, à UNE ou DEUX voix près, c’est ballot, à renverser le gouvernement… et à remettre en jeu leur propre mandat. Jusqu’à l’ultime pantalonnade avant liquidation.

Mais qu’est-ce qui pouvait clocher, franchement, dans cette Primaire de la Belle Alliance Populaire?

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Cette tripotée d’anciens ministres de Hollande, avec quelques parjures écologistes et autres radicaux pour donner l’illusion d’un rassemblement de gauche, et auxquels manquaient seulement Denis Baupin et Jean-Vincent Placé pour parfaire le tableau…

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Ce Premier Secrétaire repris de justesse, condamné pour emploi fictif...

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Ce grand Chambellan de la Primaire, magouilleur reconnu de toutes les investitures depuis des années…

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Benoit Hamon a donc remporté le premier tour de la Primaire de la Belle Alliance Populaire, et le droit de se vautrer comme une merde à la Présidentielle. Le droit, surtout, de tenter de peser lors du prochain Congrès du Parti Socialiste, cette entité fictive en décomposition avancée.

 

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Et un vent d’espoir se lève chez certains. Face à Valls, l’énervé identitaire qui voit des musulmans partout, Hamon entonne le chant des Partisans, parle « social », parle « solidarité », parle « renouveau ». Une « vraie gauche » à la « puissante imagination » appelle tous les militants à la Résistance. Un apparatchik vieilli sous le harnais, qui a soutenu Valls puis Cazeneuve, a refusé de voter la censure contre la loi El Khomry...

Alors, je voudrais vous parler de Benoit Hamon. Vous rappeler quelques trucs. Parce que si je comprends l’appétit des plus jeunes pour un candidat « vraiment de gauche », je m’en voudrais de ne pas rappeler que pour beaucoup d’hommes et de femmes de ma génération, les noms de Moscovici, Dray, Cambadélis, Morelle, Hollande, etc, etc, etc, nous ont longtemps été vantés comme représentant un véritable espoir, vite douché quand ces types sont enfin arrivés au pouvoir et ont révélé leur incompétence et leur malhonnêteté intellectuelle (et pas que). 

Hamon, apparatchik maintes fois parachuté, a terminé sa carrière dans les Yvelines. Il y tient la fédération du PS, à l’ancienne, comme ses grands aînés avant lui. La Fédé décide de tout, les petits arrangements entre amis du moment priment sur le vote des militants, on se voudrait Jaurès et on rejoue Baron Noir.

 

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Ceux qui connaissent le parcours de Hamon savent qu’il fut le premier Président du Mouvement des Jeunes Socialistes, et a gardé la main-mise sur cet appareil, que de vilaines langues appellent « L’Ecole du Vice ».

Avant lui, Julien Dray pendant des années a manipulé Sos-Racisme et ceux qui y ont fait leurs premières armes.
Dans le même temps, Cambadélis, DSK, Le Guen, ont émargé à la Mutuelle Nationale des Etudiants de France (MNEF), qui après son naufrage scandaleux a donné naissance à La Mutuelle Des Etudiants (LMDE).

C’est à travers ce prisme de l’accès aux soins des étudiants que j’ai découvert l’intrication de tous ces gens qui, la main sur le coeur et Jaurès à la bouche, ont pendant des années vidé de son sens la notion de socialisme, jusqu’au bout de la trahison.

Pendant des années, la MNEF, puis la LMDE, ont servi à payer des permanents, des petites mains, finançant à l’UNEF ceux qui plus tard grimperaient dans l’organigramme socialiste. La raison d’être de ces « mutuelles étudiantes », garantir aux étudiants un meilleur accès aux soins, a été dévoyée. Les scandales sont quotidiens: des milliers d’étudiants jamais remboursés de leurs soins, des milliers de professionnels de santé, pharmaciens, médecins, dentistes, chirurgiens, jamais payés. En Juillet 2014, après des années d’immobilisme coupable, un coup de tonnerre survient: la LMDE est placée sous administration provisoire. La nouvelle tombe un 4 Juillet, juste au moment où, comme chaque année, les nouveaux bacheliers, leur Bac en poche, commencent à s’inscrire dans les facultés et se font démarcher par les mutuelles étudiantes. Panique à la LMDE, et par ricochet à l’UNEF, au MJS, et jusqu’à Solferino. Si les étudiants délaissent par prudence la LMDE, la pompe à fric se tarit…

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A cette époque, Laure Pollez, une journaliste de la société Premières Lignes, qui produit et réalise des documentaires pour Envoyé Spécial et Cash Investigation, m’a interviewé au sujet des mutuelles étudiantes, après que j’ai été confronté au cas d’une jeune femme nécessitant un lourd traitement pour une maladie auto-immune, et dont le dossier, et les remboursements, étaient en rade depuis dix mois. Ce qu’elle va mettre au jour lors de la réalisation de ce reportage est glaçant. Derrière le sempiternel discours sur la solidarité et la nécessité impérieuse pour les étudiants de « bénéficier » d’un régime autonome, une « infiltrée » en caméra cachée révèle l’envers du décor: une « mutuelle » dans les placards de laquelle s’entassent des milliers de dossiers en souffrance, parfois depuis des années.

Car la réalité est alors celle-là. Des milliers d’étudiants et leurs familles, des milliers de soignants, se heurtent à l’incompétence d’un système construit pour siphonner l’argent des étudiants. Etudiants et familles qui souvent, après deux ou trois ans de galères, laissent tomber au moment où la fin des études arrivée, le jeune entre dans la vie active et retrouve le régime obligatoire. Le système est parfait. Il suffit d’attendre qu'étudiants et parents se lassent, et passent par pertes et profits les remboursements dûs. Après des années d’inertie, certains parlementaires s’en sont émus. Et ce 4 Juillet 2014, deux ans après que la Cour des Comptes ait épinglé la gestion de la LMDE, et malgré une tentative de repêchage par la MGEN ( sans en informer ses cotisants, qui sont là pour éponger), la LMDE est mise sous administration provisoire. De la LMDE, l’émoi gagne le MJS, l’UNEF, Solférino.


Rappelons qu’en sept ans, ni Marisol Touraine, ni François Hollande, ni aucun des députés socialistes hier vient debout contre les insupportables franchises sur les soins de Nicolas Sarkozy n'a trouvé le temps de les abroger, ce qu'ils avaient tous promis de faire dès leur arrivée aux affaires.

Il ne faudra que trois jours pour que la même Marisol Touraine et deux éminents membres du gouvernement socialiste volent au secours de la très transparente LMDE, et réaffirment leur "attachement au régime étudiant de sécurité sociale." Je cite: "Ce régime définit l’étudiant comme un assuré social autonome et permet la prise en compte de spécificités de la population étudiante en matière de santé ».

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Miracle!!!! En moins de 72 heures, trois ministres socialistes et non des moindres viennent garantir « le remboursement des soins aux étudiants ». Mieux, ils écrivent que ce remboursement est « garanti et continuera à être assuré » comme si le rapport des la Cour des Comptes n’existait pas, comme si ils ignoraient, les uns et les autres, que des milliers de dossiers sont entassés dans des armoires, que des milliers d’étudiants sont spoliés chaque année. Ces trois ministres, qui tentent de rassurer faussement les étudiants et leurs familles pour laisser perdurer encore une année ce système pervers, sont Michel Sapin, Marisol Touraine, et l'Antisystème Benoît Hamon. Lequel est abondamment cité dans le documentaire « Mutuelles étudiantes, remboursez! », lorsque des étudiants venus discuter du dossier avec le ministre de l’Education qu’il est alors se heurtent à un refus définitif de régler ce problème. Comme le notent ses interlocuteurs, le conseiller du ministre à l’époque n’est autre qu’un ancien Président de l’UNEF.

Quelques années plus tard, la LMDE n’est plus qu’une coquille vide, adossée au régime général et à la Caisse Nationale d’Assurance-Maladie. Ses administrateurs, comme l’avait alors prévu un bon connaisseur du dossier, en sont réduits à choisir la couleur des préservatifs lors des manifestations autour de l’accès aux soins. Le dossier a été enterré, ainsi que les créances impayées. Depuis lors, comme par miracle, les soins des étudiants sont remboursés.

Lorsqu’ils signent ce communiqué de presse commun le 7 Juillet 2014, garantissant le remboursement des soins qui « continuera à être assuré », alors que toute personne un tant soit peu au fait du dossier sait que cela est totalement faux, Hamon, Touraine et Sapin le font-ils par incompétence, ou par malhonnêteté? Je vous en laisse juge.

 

Mais de grâce, ne faites pas l’erreur qu’a fait ma génération avec les Mosco, les Cambadélis, les Morelle, les DSK et les Cahuzac. De croire que malgré leurs casseroles, ces apparatchiks qui ont fait depuis cinq ans la preuve éclatante de leur nullité et de leur malhonnêteté, ont quoi que ce soit à voir avec l’idée du socialisme que portaient Jaurès ou Blum.

Benoît Hamon n’est pas le recours, Benoit Hamon n'est pas "AntiSystème". Il est juste le dernier apparatchik encore debout. Last Apparatchik Standing.

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15/01/2017

"On va tous mourir": Comment la com a tué la grippe...

 

 

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La grippe, sa vie, son oeuvre. Ce ne devrait même pas être un sujet de polémique, tant la pathologie est banale, récurrente, de retour chaque année… Et pourtant à chaque hiver, c’est la même chose: polémiques, accusations, reportages sur l’apocalypse dans les services d’urgence, mise en cause, ici des médecins, ici du ministère, là des « anti-vaccinaux » ou de Big Pharma. Avant d’aborder les causes du bordel ambiant, j’ai posé une question basique sur Twitter, la question que je pourrais poser aux patients dans ma salle d’attente:

 

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Je m’attendais à des questions « politiques »: A qui la faute? C’est quoi ce bordel? On nous enfume ou c’est vraiment la fin du monde? » Il y en a eu, mais il y eu aussi voire surtout des questions basiques sur les symptômes de la grippe, la nécessité de se vacciner, etc…

Je vais commencer par répondre à celles-là, en précisant d’où je parle. Je suis médecin généraliste en activité depuis trente-trois ans, je n’ai aucun lien d’intérêt avec un laboratoire pharmaceutique, aucune affiliation politique.

La grippe est une maladie virale. Le virus, ou plutôt les virus grippaux car il y en a plusieurs, évoluent, mutent, au fil des années. Le but d’une maladie virale n’est pas de tuer ses hôtes, mais d’en infecter le maximum. La plupart des personnes qui sont infectées par un virus grippal ont des symptômes similaires: une élévation souvent rapide et importante de la température, accompagnée de frissons, de douleurs: maux de tête liés à la fièvre, douleurs articulaires et musculaires liées à la réponse immunitaire de l’organisme. En résumé, en l’espace de deux-trois heures à peine, un sujet qui se sentait bien est brutalement terrassé: il est très fiévreux, il se sent très faible, il a la sensation d’avoir été roué de coups. Souvent des symptômes ORL et respiratoires apparaissent: le nez qui coule comme une fontaine, des éternuements, des maux de gorge, une toux.

L’évolution dépend des individus. La majorité des individus en bonne santé va vivre quelques jours plus ou moins inconfortables, puis peu à peu reprendre pied parce que son système immunitaire va combattre le virus en sécrétant des anticorps, plus ou moins adaptés à l’infection actuelle en fonction des « armes » que l’organisme a engrangées au fil des années, des vaccinations ou des épisodes infectieux précédents. Plus récemment on a rencontré un virus ayant des caractéristiques en partie similaires au virus en activité, ou plus récemment on a été vacciné avec un vaccin destiné à lutter contre ce virus en activité, plus on a de chance de lancer rapidement la contre-attaque en sécrétant suffisamment d’anticorps adaptés pour bloquer la progression du virus dans l’organisme.

Mais les individus ne sont pas tous égaux, ni devant la maladie, ni dans leur réponse immunitaire. Certains vont ressentir une phase d’invasion virale, frissons, fièvre, nez qui coule… mais leur réponse va être si rapide et efficace qu’en moins de 24 heures ils vont se sentir nettement mieux, au point de se demander même s’ils ont bien eu la grippe. D’autres vont être durablement affectés, et le virus va parfois provoquer des complications, le plus souvent parce que des bactéries vont « profiter » de l’affaiblissement de l’organisme pour « surinfecter » une muqueuse nasale ou respiratoire affaiblie. Le patient va developper une sinusite, ou une bronchite, voire une pneumopathie. D’autres enfin vont avoir des symptômes minimes, voire pas de symptômes du tout. ( En Septembre 2009, le ministère de la Santé anglais cherchait des cobayes pour le vaccin en fabrication. Parmi les volontaires, sains, un grand nombre avait des anticorps contre H1N1. Ils avaient été infectés par le virus pendant l’été et l’avaient surmonté, sans s’en apercevoir. Cette constatation fut d’ailleurs cruciale pour les médecins indépendants qui doutaient dès cette période de la communication catastrophiste de la ministre et de ses conseillers)

Les personnes fragiles, insuffisants cardiaques ou respiratoires, personnes âgées, ou souffrant de pathologies lourdes ou prenant des traitements diminuant la réponse immunitaire, sont les plus à risque. Mais il arrive aussi que des personnes jeunes en parfaite santé développent une grippe « maligne » avec en particulier une atteinte pulmonaire très sévère pouvant nécessiter ventilation par oxygène, réanimation, et pouvant mettre en jeu le pronostic vital. C’est le cas chaque année, même si c’est relativement rare, et ce fut apparemment le cas en 2009 lors de la grippe H1N1 qui vit de nombreux gouvernements dont le gouvernement français mettre en place un plan pandémique dont l’efficacité reste sujette à caution ( Nous y reviendrons. Les écrits restent, ceux qui voudraient se remémorer ce fiasco pourront remonter le temps sur ce blog).

En règle générale, la grippe est bénigne pour les sujets en bonne santé. Les symptômes qui doivent alerter sont: des troubles de conscience, une gêne respiratoire majeure. Des cas sont rapportés de médecins ou de services d’urgence à domicile poursuivis pour n’avoir pas réagi suffisamment rapidement, ou ne pas avoir revu suffisamment vite un patient vu la veille et s’aggravant le lendemain. Le problème est que ces aggravations chez des sujets jeunes sont heureusement très rares, et qu’en période d’épidémie les soignants peuvent être débordés et rechigner à revoir un patient déjà vu la veille « et qui ne va pas mieux, docteur ». Il ne faut pas déranger les soignants pour rien. Il est normal d’avoir encore de la fièvre, beaucoup de fièvre, dans les jours qui suivent la consultation. Ce qui doit alerter, c’est un patient qui présente des troubles de la conscience, ou qui respire très mal. Un des petits outils très utiles pour déterminer l’état d’un patient est l’oxymètre de pouls, qui permet de mesurer la quantité d’oxygène qui circule dans le sang artériel.

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Peu onéreux, utilisable par le médecin ou par une personne un peu expérimentée, il permet de savoir si une personne fragile s’aggrave au niveau respiratoire, ou pas. ( Et donc de fournir au téléphone une indication extrêmement utile si on appelle un service de secours… Un oxymètre de pouls coûte une vingtaine d’euros. Un instrument extrêmement utile, autrefois fréquemment retrouvé à domicile, mais étrangement de plus en plus rare, s’appelle un « thermomètre ». Oui, je sais, je suis une brute en blanc.)

La majorité des patients grippés est malade pendant 4 à 7 jours, et c’est la durée moyenne des arrêts de travail pour grippe. Beaucoup de gens rechignent à s’arrêter, veulent continuer à travailler sous médicament, mais c’est déconseillé. Ils se fatiguent, risquent de se surinfecter, lors des trajets en transport en commun par exemple, et surtout vont disséminer leur virus, lors des trajets comme sur leur lieu de travail. Travailler grippé, faire oeuvre de présentéisme, n’est pas recommandé. Sauf par les économistes de plateau et Laurent Wauquiez, probablement.

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Le vaccin antigrippal a une efficacité modérée. Certains sujets vaccinés font la grippe, certains sujets non vaccinés passent à travers l’épidémie. Le vaccin n’est qu’un élément de défense, comme le sont les mesures d’hygiène: le lavage fréquent des mains, le port d’un masque si l’on est atteint, le fait de ne pas laisser traîner des mouchoirs infectés ou de ne pas éternuer sur ses congénères.

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Le vaccin protège mieux ceux qui en ont le moins besoin… C’est-à-dire qu’il protège mieux les jeunes que les personnes âgées. C’est la raison pour laquelle on peut envisager des mesures-barrières, de vaccination « altruiste », et par exemple proposer de vacciner tous les membres d’une famille qui vivrait à domicile avec un aïeul âgé ou fragile. C’est aussi la raison pour laquelle on peut envisager de vacciner le personnel soignant, mais, et c’est là que le bât blesse, comme souvent dans ces histoires de grippe, d’épidémie, et de vaccin, il n’existe encore aujourd’hui aucune preuve scientifique que la vaccination des personnels soignants diminue la mortalité des personnes âgées en institution, par exemple. D’autres facteurs peuvent jouer, comme le respect de mesures d’hygiène, et la ventilation des chambres et des services de soins pour éviter que les patients « baignent » dans une atmosphère viciée par une grande quantité de virus.

 

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La décision de se vacciner ou non dépend de chaque individu, de son état de santé, de ses fragilités, de son âge, de son entourage, de ses traitements en cours.

Les vaccins homéopathiques (comme les traitements homéopathiques de la grippe) sont utiles… pour le chiffre d’affaires du laboratoire qui en inonde le marché. Mais cette belle arnaque reste, en France, populaire.

Le fait d’attraper la grippe et de développer une immunité naturelle contre le virus rencontré profère apparemment une défense croisée contre d’autres virus grippaux, de meilleure qualité, et de plus longue durée, que l’immunité artificielle développée par vaccination. Ceci complique le choix, évidemment. Vaut-il mieux courir le risque d’attraper la grippe ( mais ensuite d’être naturellement mieux immunisé pendant quelques années) ou vaut-il mieux se vacciner de manière répétée? Je n’en sais rien, et soyons clair, personne n’en sait rien, surtout pas les experts multicartes qui viennent gloser sur tous les plateaux en omettant à chaque fois de signaler qu’ils travaillent avec, et sont payés par, les laboratoires qui fabriquent et vendent les vaccins. Cela a été particulièrement flagrant pendant la grippe H1N1 de 2009, ou de grrrrands professeurs sont venus vous expliquer que si vous n’étiez pas vaccinés vous alliez tous mourir. Un grand ponte, au doigt mouillé, en se basant sur des calculs totalement approximatifs, avait prédit des millions de morts. Il continue à pavoiser sur les plateaux, sans le moindre mea culpa. Cette grippe H1N1, et la réponse politique qui fut apportée alors, est au centre de la polémique actuelle, car même sans être spécialistes de la question, un très grand nombre de gens a très mal vécu cette période: le ministère et les experts leur ont expliqué que la situation était très grave, les a incité à se vacciner dans des conditions très particulières, dans des vaccinodromes, avec des vaccins par lot de dizaine de doses, fabriqués dans des conditions de précipitation assez opaques, et en répétant à cette population que les médecins auxquels on leur demandait de confier leur santé ( et leurs autres vaccinations) tout au long de leur vie étaient soudain totalement incompétents et incapables de gérer la situation.

Si Roselyne Bachelot, après ce fiasco total, a réussi son relooking extrême en sexa sympa au rayon sexo et conso d’antennes de qualité comme D8 et RMC, si les experts de l’apocalypse ont finalement retrouvé le chemin des plateaux, la confiance des Français, déjà échaudés par d’autres campagnes vaccinales trop martiales ( hépatite B, papillomavirus) , a été durablement ébranlée.

Une personne qui a programmé un voyage, ou une intervention chirurgicale, ou doit passer un concours, pourra choisir de se faire vacciner afin de tenter d’éviter la grippe cette année-là. Le délai de création des anticorps est de deux à trois semaines après la vaccination. A ce titre, rappelons que le vaccin est disponible en pharmacie dès la fin Septembre. Et que si on a choisi de se vacciner, il est incohérent d’attendre pour le faire. L’épidémie débute parfois tôt, voire très tôt. Et soit le vaccin sera efficace cette année-là, soit il le sera moins ( parce qu’entre le moment où auront été choisies à la fin du printemps les souches incluses dans le vaccin en fonction des modélisations géographiques, et le moment où la grippe surviendra, le virus aura muté, ou bien une souche différente aura pris le dessus). Mais le vaccin de l’année ne perdra pas son efficacité en Mars parce qu’il aura été pratiqué en Octobre, comme semblent le croire beaucoup de patients. Si on a décidé de se faire vacciner, il n’y a pas de raison d’attendre… au risque de le faire trop tardivement.

Quelle est la mortalité de la grippe? On ne le sait pas. On ne sait pas combien de personnes meurent en France de la grippe chaque année. Mon bon camarade de fac Jean-Baptiste Blanc a écrit un très bel article à ce sujet.  
Pendant très longtemps on a parlé de plusieurs dizaines de milliers de morts par an, et puis lorsqu’on a compté en 2009 ( pendant la terrrrible pandémie Bachelot), de mémoire, on est arrivé à 488 décès. 421 cas en moyenne chaque année depuis 2005. Beaucoup de patients âgés meurent parce que la grippe, ou une autre infection hivernale vient fragiliser un organisme déjà fragile. Et après une canicule, ou une forte grippe un hiver, il y aura moins de morts l’hiver suivant…parce que la Faucheuse est déjà passée…

Que se passe-t’il dans les hôpitaux? J’ai posé la question à plusieurs confrères travaillant dans des services d’urgence, tant la situation qui est décrite à longueur d’articles et de journaux télévisés est discordante avec ce que voient un grand nombre des médecins généralistes du pays. En résumé, nos cabinets voient l’afflux hivernal habituel de rhinites, d’angines, de bronchites, d’infections virales orl et respiratoires, beaucoup de syndrômes grippaux, quelques rares grippes « cognées », et aussi le lot habituel de gens qui, du fait du tabagisme, de la pollution, de la mauvaise aération chronique de leurs maisons, traînent une toux désagréable et un mouchage irritant, des maux de gorge, pendant parfois plusieurs semaines. Dans le même temps, la situation décrite dans les hôpitaux, et en particulier dans les services d’urgence, est très difficile. Je laisse la parole à mes confrères hospitaliers, n’étant pas, à la différence de nombre d’éditorialistes, doué de la science infuse:

« On a actuellement des problèmes de place mais ça n'a rien à voir avec la grippe, juste une population âgée qui tombe malade mais sérieux j'ai eu un cas de grippe… un cas sur mes deux dernières gardes »

« En pratique, on hospitalise beaucoup de vieux en ce moment. Ils ont pas tous la grippe loin de la. Pneumopathies et insuffisance cardiaque. Le système est toujours à fond donc pas besoin de beaucoup plus de patients pour le dérégler, surtout sur les vieux, car personne n'en veut dans les services. Les lits soi disant disponibles ne le sont pas pour eux… »

«  Je vois ça indirectement au point hebdomadaire sur les lits. L'hôpital a 750 lits. Sur ces 750 tu as un UHCD de 15 lits et une unité post urgences (pas pareil) de 15 lits. Et tu as 24 lits qui sont distribués par 2 dans des services de médecine et qui ne sont pas ouverts. Quand il ne reste plus que 10 lits normaux disponibles dans l'hôpital, les gestionnaires de lits ont le droit d'ouvrir ces 24 lits. Ça c'est la période de tension. Quand il ne reste plus que 10 lits tout court dans tout l'établissement, les gestionnaires de lits peuvent utiliser des chambres non équipées (par exemple celles pour les examens de sommeil). C'est la période de surtension.Quand il n'y a plus rien, ils stockent les patients dans une vaste zone de transit non boxée. Ça c'est la période pas cool. Depuis mi septembre l'hôpital est en période de tension tous les jours et depuis les vacances des Noël et jusqu'à hier on a eu une quinzaine de jours de surtension. La grippe là dedans est apparue en même temps que la surtension. Ce qui est plus difficile avec la grippe, c'est que tous les patients d'un service où il y a deux cas sont isolés ( masque et gants partout tout le temps) et ça donne une impression que l'hôpital est face à une situation hors normes. »

Ce que disent ces hospitaliers, y compris des chefs de service d’urgence, c’est que la situation est en permanence tendue, que trouver des lits pour des personnes âgées est très difficile voire impossible ( et chronophage), alors que l’hôpital est régi par la tarification à l’activité qui sur le plan financier fait que pour un service il est plus avantageux de prendre en charge un infarctus chez un quadragénaire qu’une bronchite chez une vieille dame désorientée .( Merci Monsieur Xavier Bertrand, merci Madame Roselyne Bachelot, merci les économistes de la santé jamais malades).

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               (Magnifique illustration photographique d'un exemple assez rare de "LITHIASE DE COULOIR")

 

Ce qu’ils disent aussi, mais qui ne le dit pas, c’est que la ministre actuelle fonctionne uniquement en fonction de la com, sans écouter les soignants, ni ceux qui travaillent dans les hôpitaux, ni ceux qui travaillent en ville. Qu’il lui importe de « faire semblant » d’affronter une situation hors-norme, alors que seuls les soignants, au quotidien, l’affrontent, et que cette situation n’est pas « hors-norme », elle est en grande partie la conséquence de choix administratifs et financiers faits en amont. Pour incise, je noterai qu’actuellement la situation du National Health Service anglais est catastrophique, du fait des coupes budgétaires répétées des gouvernements conservateurs qui se sont succédés et de la débilité mentale du ministre qui ne cesse de désigner comme coupables de la catastrophe actuelle les jeunes internes et les généralistes.

Je n’ai pas abordé un sujet qui impacte fortement le quotidien des malades: la désertification médicale en cours, que nombre d’entre nous, médecins, avons prévu de longue date, pour laquelle nous n’avons eu de cesse de tenter de prévenir nos ministres de tutelle ou les ARS, sans que celles-ci ne se saisissent du problème, ou uniquement pour hurler qu’il faudra des mesures coercitives pour forcer à s’installer dans des zones désertes des médecins… qui n’existent pas. Très schématiquement, l’absence d’investissement sur les conditions d’exercice de la première ligne de soins: (médecins généralistes, infirmiers libéraux, kinésitherapeutes de ville) , amène à la disparition progressive de la médecine générale, et amène de nombreux patients supplémentaires à considérer « les urgences » comme leur premier recours (et je ne les en blâme pas).

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Au moment où l’Ordre des Médecins lui-même, par la bouche de son Président, le Docteur Bouet, un homme de qualité ( non non, je vous jure, je ne cherche pas un poste, je le pense vraiment), envisage de rendre la vaccination antigrippale des personnels de santé obligatoire, je conclurai cet article bien incomplet en signalant quatre études médicales canadiennes, mises en avant par un confrère, le Docteur Yvon Le Flohic… Ces études ont révélé que pendant la grippe pandémique H1N1 de 2009-2010, le fait d’avoir été vacciné l’année précédente ( 2008-2009) par le vaccin saisonnier annuel antigrippal AGGRAVAIT le risque de faire une grippe pandémique sévère. Les mécanismes restent inconnus, mais rappellent que nous en savons beaucoup moins que nous ne le voudrions sur la vaccination antigrippale . Le docteur Dominique Dupagne, pas opposé par principe à la vaccination, souligne les incertitudes sur ses bénéfices ou désavantages à long termeCela signifie que la décision ou non de se vacciner doit être prise par chaque individu en fonction d’informations indépendantes, honnêtes, en tenant compte des incertitudes. Les décisions autoritaires engendrent la méfiance. Le fiasco de 2009, dont, soignants comme patients, nous payons toujours le prix, vient de l’imposition par les politiques de conduites inadaptées décidées par des conseillers aux multiples casquettes.

La médecine, les soins, ne s’imposent pas.

 

12/12/2016

On ne trouve plus de petit personnel: émouvant drame de la bourgeoisie socialiste ( épisode 2)

 

 

( Une fois n'est pas coutume, ce post est un work-in-progress, qui reprend des réflexions disparates que je me suis fait depuis plus de quinze ans, au sujet du pouvoir politique, et d'une certaine "élite" socialiste)

 

                          Ségolène, la Khaleesi attitude ( épisode 2)

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En Avril 2007, à un mois de la présidentielle, la pétition contre les franchises « médicales » que j’avais lancée avec quelques confrères avait été signée en une dizaine de jours par 10.000 personnes( ce qui avant les smartphones et la banalisation des pétitions en ligne était un succès). Plusieurs candidats, dont José Bové, Dominique Voynet et Marie-Georges Buffet, l’avaient signée. Le 10 Avril, la candidate socialiste avait demandé à nous recevoir dans son quartier général de campagne, rue de l’Université, à deux pas du siège du Parti Socialiste rue de Solferino. Pour notre petit groupe, c’était l’assurance d’une plus large médiatisation de notre combat, et le moyen de faire connaître cette franchise que Nicolas Sarkozy appelait de ses voeux, livre après livre, depuis de nombreuses années, et dont j’avais décortiqué la genèse et les conséquences prévisibles dans « Les Fossoyeurs », sorti deux mois plus tôt. Le sujet était intéressant, me disaient les journalistes que je connaissais, « mais tu comprends, on ne peut pas en parler maintenant, les sujets de la campagne, c’est l’identité nationale et le drapeau ». De cet état de fait, la candidate du Parti Socialiste était en très grande partie responsable, elle qui avait, sur les conseils de son coach Bernard-Henri Lévy, axé sa campagne sur ces thèmes identitaires en faisant fi des questions sociales, avec, au final, le succès que l’on sait. La théorie de la triangulation, popularisée par Tony Blair ( utiliser les thèmes de l’adversaire pour lui couper l’herbe sous le pied) avait savamment été régurgitée par BHL, de son propre aveu « un peu sourd à la question sociale », et avalée par la candidate.

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Nous étions arrivés au quartier général à l’heure, et avions poireauté pendant une heure avec Jean-Louis Bianco et Jean-Marie Le Guen, Ségolène Royal étant retardée par le tournage d’un clip de campagne. Je n’avais jamais rencontré Bianco, qui se montra courtois et sembla s’intéresser à la problématique que nous abordions. Je connaissais Jean-Marie Le Guen depuis quelques années, l’ayant croisé dans des manifestations contre la réforme Douste-Blazy de Décembre 2004, qui avait mis à terre la médecine générale en ensevelissant les généralistes sous les charges administratives sans leur en donner les moyens. Le Guen était « strauss-kahnien », mais son champion ayant été éliminé à la primaire du PS en faveur de Ségolène Royal, il faisait partie des sherpas de la candidate, à qui il avait « vendu » cette rencontre. Avec une heure de retard, on vint nous chercher: « Madame Royal est arrivée, elle vous attend ».

 

Je me levai, suivis la secrétaire dans le couloir… où je fus accueilli par des flashs, et l’allumage simultané de lumières intenses, tandis qu’une douzaine de caméras se mettaient en route, pour s’éteindre rapidement. Suivi par le reste de notre petite troupe, je me frayai un chemin au milieu d’une forêt de micros. La pièce était bondée de journalistes, d’équipes de radio et de télévision dont certaines venaient d’Australie, de Chine, de Corée du Sud. Nous  fûmes guidés dans un corridor, et à l’entrée d’une petite salle de réunion se tenait Ségolène Royal, dans une robe de lin blanc qui fit défaillir derrière moi un confrère ex-soixante-huitard. Elle nous serra la main, s’assit du bout des fesses sur un siège. J’avais révisé les quelques éléments que je voulais lui faire passer, qu’il me semblait utile qu’elle entende « depuis le terrain ». Mais rien ne m’avait préparé à son entrée en matière, qui en moins de dix secondes m’ouvrit les yeux.

« Bon. Bien évidemment nous n’avons pas le temps d’aborder le fond ici. Comment procède-t’on avec les media? »

 

Dans mon souvenir, il y a eu un blanc, tant le cynisme décomplexé de ces deux phrases cueillit l’ensemble des présents. Même Jean-Marie Le Guen, qui n’était pas exactement né de la dernière pluie, eut un moment d’hésitation avant d’intervenir:

« C’est que… le docteur Lehmann et ses collègues pourraient rapidement t’expliquer le but de leur démarche et le caractère injuste de la franchise envisagée par Sarkozy… »

« Au second tour, lors du débat entre vous deux… » coupa mon confrère soixante-huitard, « ce sont des éléments très clivants qui peuvent vous permettre de marquer fortement votre différence. L’électorat âgé, les malades chroniques, seraient très sensibles… »

Elle ne le laissa pas finir: « Nous ne sommes pas au second tour »

Je n’avais rien dit. Je l’observais. Elle n’était pas désagréable, juste agacée de perdre du temps. Le Guen insista: « Christian est habitué. Il peut te faire le topo en deux minutes ».

« Soit », dit-elle, sans se caler dans sa chaise.

Je « fis le topo ». Je connaissais les faits, l’argumentation, par coeur, ayant décortiqué les textes, les interviews de Sarkozy et de ses sbires, dont François Fillon, Philippe Juvin, toute la clique. En deux minutes c’était plié.

Ségolène Royal se redressa, sans un commentaire:

«  Bon, je vais sortir en premier. Vous, docteur, vous vous placerez à ma droite, vous, Mr le directeur, à ma gauche… »

Elle désignait le président d’Aides, qui avait débarqué de Roissy et nous avait rejoint à l’instant, un certain Christian Saout.

« Vous direz quelques mots, docteur Lehmann, puis vous me remettrez les dix-mille signatures, et je m’exprimerai devant les caméras. »

Tout le monde se levait, se mettait en marche, un peu excité par la proximité des lumières de média.

«Excusez-moi…» ai-je murmuré, pas assez fort pour me faire entendre.

« Excusez-moi… » , un peu plus fort. Jean-Marie Le Guen vit qu’il y avait un problème, fit mine de se tourner vers moi, ralentissant un instant le flux vers la porte

« Excusez-moi, madame, mais je ne peux pas vous remettre les dix-mille signatures. »

Ségolène Royal me jeta un regard incrédule.

« Je ne peux pas vous les remettre parce que je ne les ai pas »

Elle baissa la tête vers la pochette de documents que je tenais dans mes mains:

« Mais qu’est-ce que c’est que ça? »

« Ce sont juste des notes, et les copies des communiqués de presse de la pétition. Et de toute façon même si j’avais les signatures je ne pourrais pas vous les remettre »

Tout le monde s’était arrêté.

« Je suis, nous sommes très reconnaissants que vous souteniez notre démarche, mais d’autres candidats l’ont fait, le feront encore. Et tous ces gens qui ont signé la pétition, qui nous ont fait confiance, je ne peux pas les instrumentaliser, ils sont libres de leur vote… »

La température dans la pièce baissa brutalement. Je venais de dire à Ségolène Royal que je n’étais pas son vassal, que nous n’étions pas les bourgeois de Calais, que je ne venais pas remettre à Jeanne d’Arc les clés de la ville et les signatures des manants. Je venais de lui dire qu’elle n’était qu’une candidate parmi d’autres, et que ce qu’elle m’avait demandé était une forfaiture, une trahison.

« Vous parlerez en premier, puis vous me donnerez vos papiers »

Elle se remit en route, tout son staff à sa suite, et entra dans la lumière.

 

J’ai dit quelques mots, puis j’ai tendu quelques feuilles qui ne contenaient aucune signature, aucune pétition, à Ségolène Royal. La supercherie ne la gêna en rien. Dès qu’elle eut parlé, et alors que d’autres intervenants annoncés devaient s’exprimer, elle tourna les talons et quitta la pièce, laissant tout le monde, invités et collaborateurs, en plan. Immédiatement les caméras s’éteignirent, les micros s’abaissèrent. Quelques journalistes vinrent m’interviewer, parce que j’étais l’initiateur identifié de la pétition, le-docteur-qui-avait-remis-les-signatures-mais-en-fait-non-à-la-candidate. Les autres invités en furent pour leurs frais.

Franchise: vidéo rencontre Ségolène Royal/médecins

 

Au final, les dépêches d’agence annoncèrent que:

« A l'issue d'une rencontre brève avec les initiateurs de la pétition, Ségolène Royal a fait une déclaration à son quartier général de campagne pour dénoncer la philosophie de la franchise et affirmer qu'elle serait "la présidente de la République qui garantira le modèle social, qui sauvera la sécurité sociale et qui la consolidera en prenant en charge au niveau de la sécurité sociale les questions du vieillissement et du handicap".   "Les déremboursements de soins correspondent à un risque, c'est dangereux et c'est brutal. La sécurité sociale est un des acquis du modèle social français, elle doit être préservée. En particulier, les Français doivent avoir la garantie de l'égalité d'accès aux soins. (...) Moi, je leur garantis le maintien de l'égalité d'accès à la santé".   "Dans une société moderne, le fait que les médecins se mobilisent (...) est un mouvement citoyen très important. Je voudrais dire que demain l'ensemble des réformes et des améliorations apportées au système de soins s'appuieront sur des mouvements citoyens et de médecins comme celui-ci qui s'est levé pour dire non à la privatisation de la sécurité sociale". APM

 

Pendant son discours, j’avais écouté Ségolène Royal reprendre les éléments de langage qu’elle avait mémorisé de mon bref topo. Elle les avait mis à sa sauce, se définissant comme celle qui sauverait la France des funestes visées de son adversaire principal, celle qui garantirait la Sécu, celle qui préserverait le pacte social, celle qui lutterait contre l’injustice. Je l’avais vu réceptionner cinq pages de notes griffonnées et de communiqués de presse comme si elle recevait les suppliques de toute l’humanité souffrante.

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Un mois plus tard, au cours du débat de l’entre-deux-tours, entre deux prises de bec sur l’identité nationale et le drapeau, elle ne dit pas un mot de la santé, des franchises, de la Sécurité Sociale. Devant un Nicolas Sarkozy qui se retenait de ne pas éclater de rire, l’illuminée poitevine expliqua que lors de son mandat, elle s’assurerait qu’aucune gardienne de la paix ne rentre chez elle tard le soir sans être raccompagnée à sa porte.

 

J’ai suivi la fin de la campagne sans illusion. En une phrase, la candidate s’était révélée. Le total désintérêt pour les sujets de fond, ou le fond des sujets « Bien évidemment nous n’avons pas le temps », l’obnubilation du paraître « Comment procède t’on avec les media? ». Et cette façon de considérer le peuple comme des manants, et ceux qui étaient censés le représenter, comme des vassaux, tout juste bons à venir déposer aux pieds de la Khaleesi leurs suppliques.

 

Ségolène Royal a enchaîné les meetings, prenant des poses de télévangéliste, et, ayant perdu l’élection, a appelé les électeurs « à d’autres victoires ». Quelques mois plus tard, en Novembre 2007, une fois Sarkozy installé, elle a à nouveau parlé des franchises, contre lesquelles elle a déclaré « partir en croisade ». « Je reçois énormément de courrier sur le sujet… les gens ne me parlent que de ça » Mieux vaut tard..  que tard. La croisade de Ségolène Royal dura vingt minutes, « une visite éclair », selon le Parisien. Cela ne m’étonna guère.

 
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