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12/02/2017

Un mois de lectures, dans le désordre...

Un mois de lectures, ça donne, dans le désordre…

Charlie Hebdo, le jour d’après, de Marie Bordet et Laurent Telo, chez Fayard

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Deux journalistes racontent une histoire interdite, l’histoire de Charlie Hebdo après les attentats. Un hebdomadaire au bord du gouffre financier, soudain transformé en icône de la liberté d’expression, et autour duquel s’agitent un gouvernement socialiste en mal d’image, des communicants spécialistes de la gestion de crise plus habitués à protéger des politiques corrompus que des dessinateurs bordéliques, des avocats d’affaires, des « militants » de la laïcité. Ceux qui ont lu « Mohicans » de Denis Robert connaissent déjà les dessous de la prise en main du journal par Philippe Val puis par ses successeurs, les mauvaise manières faites à Cavanna et à Siné, les rancoeurs cachées derrière l’image d’une joyeuse bande de potes toujours prêts à faire des conneries ensemble. Après les assassinats, refaire un journal tient de la gageure. Mais quand ce journal au bord de la faillite devient riche à millions, c’est une malédiction. Les deux auteurs sont plus mesurés dans leur jugement que ne l’est Denis Robert. Il n’empêche. Ce qui se dit de la comédie humaine est glaçant.

 

L’histoire secrète de Twin Peaks, de Mark Frost, chez Michel Lafon

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Dans l’attente de la nouvelle saison de Twin Peaks, le scénariste Mark Frost réalise cet objet geek bizarre, compilation hétéroclite de documents censés nous rappeler l’intrigue passée, et élargir sur de nouveaux mystères: terres sacrées indiennes profanées, esprit de la forêt, objets volants non identifiés, rien ne manque à la panoplie de David Lynch. C’est à la fois totalement barré, intriguant, et parfaitement dispensable.

 

L’illusion nationale, de Valérie Igounet et Vincent Jarousseau, chez les Arènes

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Valérie Igounet ne s’était pas fait que des amis en publiant en 2000 « Histoire du négationnisme en France », une formidable somme qui aujourd’hui encore lui vaut la haine des révisionnistes. Ici, elle publie un roman-photo vrai. Avec Vincent Jarousseau, elle a arpenté les rues de Beaucaire, de Hénin-Beaumont, d’Hayange, pendant deux ans. Deux ans d’enquête dans les villes tenues par un FN bleu-marinisé, par un FN dédiabolisé. Elle enregistre les conversations, et c’est tout un peuple de gens abandonnés, désabusés, trahis, qui s’exprime, et retranscrit les « réinformations » dont le FN l’a abreuvé: « Pour un bon nombre de ses électeurs », conclut-elle, « le FN symbolise un espoir, une autre vie, plus sûre… sans immigrés. Le parti d’extrême-droite leur vend un rêve: leur rendre une fierté qu’on leur aurait retirée. Il leur fait espérer une meilleure justice sociale, du travail pour tous, une ville sans migrants, comme si quelques fleurs, quelques coups de balai et une police municipale renforcée était une réponse à leur maux et leurs désillusions ». Les auteurs ne se moquent pas, ils retranscrivent les propos des exclus, des sans-grade, des oubliés de la mondialisation capitaliste, leurs divergences aussi. Jean-Marie, le père, c’est à la fois l’ancien qu’il faut respecter mais aussi un type qui disait des trucs infréquentables. La fille, par contre, c’est autre chose. On fait des selfies avec, elle rassure.
Il y a dans « L’illusion nationale » quelque chose de l’attention donnée par un François Ruffin aux oubliés de la classe politique actuelle, mais le constat est beaucoup plus sombre que celui de l’auteur de "Merci Patron"

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Santé, le trésor menacé, d’Antoine Vial, chez l’Atalante

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Antoine Vial a longtemps travaillé et milité pour un système de santé plus juste. Proche de La Revue Prescrire, membre de collectifs prônant une meilleure régulation du marché du médicament, ancien producteur de magazines santé sur France-Culture, il livre ici un constat, et des propositions. Père d’un jeune homme handicapé dans un accident de voiture, il dépeint particulièrement bien la double peine qui touche ceux qui vivent avec un handicap, et leurs aidants. Ce chapitre, comme le chapitre sur la fin de vie, est de nature à ébranler toute personne douée d’un minimum d’empathie, et jusqu’au médecin blanchi sous le harnais que je suis. Je ne suis pas d’accord avec tous les constats, franchement en désaccord avec certaines facilités: Le gentil médecin ne reçoit pas les labos (yes) et se préoccupe de sa cessation d’activité au point de s’investir dans la création d’une maison de santé (est-ce de son ressort?), le mauvais médecin mange dans la gamelle des labos ( yes) et se moque bien de ce qu’après lui, le déluge. ( non, juste non) Et le couplet éculé sur les prétendues zones surdotées en médecins, et les devoirs des étudiants en médecine dont les études sont payées par la communauté, est indigent. ( Pitié, trouvez quelques chose de plus crédible. Les étudiants en médecine font tourner les services hospitaliers pendant des années dans des conditions merdiques, pour de salaires indécents)
Mais un livre qui étrille en les nommant Guy Vallancien , Roselyne Bachelot ou Agnès Buzyn ne peut être intrinsèquement mauvais… Le premier, défenseur des franchises sur les soins et de Big Pharma, lobbyiste sans relâche contre les « aboyeurs… » du Formindep et d’ailleurs, la seconde pour son refus d’étudier la question de l’assistance sexuelle eux handicapés, la dernière, oncologue, nouvelle présidente de la Haute Autorité de Santé, pour ses déclarations alambiquées sur la nécessité pour les experts de travailler en lien avec les firmes, malgré les attaques des « vociférants ».
Vial plaide pour la mise en place d’un site internet d’information sur la santé réellement indépendant de toute puissance extérieure, y compris celle du ministère de la santé.
Il plaide avec vigueur et une foi communicative pour les living labs, où tous, soignants, patients, techniciens, s’unissent autour de projets participatifs clairement définis. ( Vial donne des exemples, que ceux qui se mettent en Position Latérale de Sécurité dès qu’ils entendent ces mots valises cent fois ressassés par des télévangélistes comme Ségolène Royal, Emmanuel Macron ou Luc Ferry se rassurent). Son site: www.participation-sante.fr
La démarche d’Antoine Vial est intéressante, son livre en apprendra beaucoup à ceux qui ne connaissent pas le monde de la santé mais sont conscients qu’un système solidaire bascule insensiblement dans l’incohérence hyper-administrée et la tyrannie des lobbys. Il n’est, paraît-il, pas nécessaire d’espérer pour entreprendre. Du moins l’ai-je cru moi aussi, un temps. Je recommande ce livre, parfois irritant, intelligent, sensible, beaucoup plus utile que les compilations de souvenirs et d’anecdotes grandiloquentes d’urgentistes médiatiques.

 

Polarama, de David Gordon, chez Babel Noir

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Un serial killer reconnu coupable du meurtre de quatre femmes qu’il a dépecées et arrangées en « tableaux artistiques » accepte se se confier à un nègre de romans vampiriques de supermarché. Ce pourrait être, comme l’annonce la quatrième de couverture, « un polar satirique, une enquête littéraire », c’est juste un polar mal écrit, qui tombe des mains, un pavé indigeste de 400 pages écrit par un protagoniste infantile, une réserve d’urgence de papier toilette en cas d’apocalypse zombie.

 

Vie de ma voisine, de Geneviève Brisac, chez Grasset

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Geneviève Brisac a été mon éditrice. Elle a écrit beaucoup de livres, que je n’ai pas tous lus. J’ai acheté celui-ci par curiosité et j’ai fini ma lecture les yeux embués, essuyant mes lunettes à plusieurs reprises pour aller jusqu’au bout. Geneviève Brisac déménage, arrive dans un nouvel appartement, est abordée, maladroitement, par une voisine âgée, Jenny, qui peu à peu lui révèlera sa vie, sa vie d’avant le Vel d’Hiv, et sa vie d’après. On croit avoir tout lu sur ces sujets, comme Geneviève Brisac l’écrit très bien, d’ailleurs: « Oui, on connaît, ne nous cassez pas la tête à radoter toujours sur la même chose. On sait tout ça, on sait tout sur vous. Les Juifs. Les Polonais. Les Athées ».

Geneviève Brisac a pas mal radoté sur ces sujets. Moi aussi. D’autres encore. D’où vient que nous radotons toujours? D’où vient que des noms, disparus, nous les psalmodions encore, afin que tout à fait ils ne disparaissent pas encore? Vie de ma voisine évoque Charlotte Delbo, Rosa Luxemburg assassinée et jetée à la rivière, Maurice Rajsfus, le frère de « la voisine », que j’ai un peu connu et qui maudissait tous les flics délateurs, tous les Français complices des rafles, quand sa soeur, Jenny, veut toujours et encore croire, aujourd’hui, que les hommes ne sont pas tous sourds, tous aveugles. Il y a aussi « ceux qui comprennent », le soldat allemand qui a un geste d’humanité, les gens qui aident, qui cachent, qui protègent. Et pas seulement les concierges qui pillent les appartements vides, les flics délateurs qui vivent bien et intègrent ensuite le Parti Communiste pour se faire une vertu, les membres éloignés de la famille qui viennent voler les grands draps blancs du lit des parents raflés, puisque de toute façon ils n’en auront plus besoin. Mention spéciale, parmi « ceux qui comprennent », à ce cheminot inconnu qui sur le côté d’une voie de chemin de fer a ramassé un petit bout de papier chiffonné sur lequel le père de Jenny et Maurice avait griffonné au crayon les derniers mots adressés à ses enfants, et jetés comme une bouteille à la mer.

Je me posais beaucoup de questions sur les livres et la littérature, ces derniers temps. Je vois certains de mes livres disparaître des rayons, ne pas être réédités, moi qui ai eu la chance de voir tous mes livres disponibles pendant plus de vingt-cinq ans. Je vois mes éditeurs, mes éditrices, évincés pour faire place à de nouvelles exigences de rentabilité immédiate, par des élèves d’école de commerce nourris aux préceptes du marketing et de la culture de masse. Je vois, il me semble voir, Farenheit 451 se jouer au ralenti devant nous. Pourtant des gens écrivent des livres et gardent vivante la mémoire de ceux qui ne sont plus. Quand j’écrivais de la fiction, il me semblait que c’était le but ultime de toute littérature, et en fait, lisant « Vie de ma voisine », je réalise que ça n’a pas changé.

« Call me Ishmael… »

 

26/01/2017

Benoit Hamon: LAST APPARATCHIK STANDING

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Depuis des années, le Parti Socialiste agonise. Pas d’idées, pas de souffle, une succession de reniements. Dans une petite bande dessinée très acide, "Un odieux connard" avait imaginé en 2014 ce qui se passerait si Jaurès revenait de nos jours rue de Solferino, et découvrait, entre autre, le système mortifère des motions, qui travestit les ambitions des diverses écuries présidentielles en courants de pensée, et a servi pendant des années à organiser le statu-quo et la stagnation.

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Des années que les prétendants au trône se déchirent, se rabibochent. Des années que l’on nous présente, d'un côté des partisans d’une gauche d’ordre et de gouvernement, et de l'autre des frondeurs rebelles, le cheveu fou et l'oeil brillant, prêts à toutes les aventures révolutionnaires, quand au final le fonctionnement du Parti fige tout ça dans l’immobilisme le plus total, voire les compromissions même plus cachées avec « La Finance ».

 

 Ainsi tandis que Hollande s’entoure au gouvernement d’anciens banquiers aux dents longues et de fraudeurs fiscaux, à l’Assemblée nationale les « frondeurs » jouent les trublions de pacotille, menaçant... de menacer, mais échouant systématiquement, à UNE ou DEUX voix près, c’est ballot, à renverser le gouvernement… et à remettre en jeu leur propre mandat. Jusqu’à l’ultime pantalonnade avant liquidation.

Mais qu’est-ce qui pouvait clocher, franchement, dans cette Primaire de la Belle Alliance Populaire?

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Cette tripotée d’anciens ministres de Hollande, avec quelques parjures écologistes et autres radicaux pour donner l’illusion d’un rassemblement de gauche, et auxquels manquaient seulement Denis Baupin et Jean-Vincent Placé pour parfaire le tableau…

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Ce Premier Secrétaire repris de justesse, condamné pour emploi fictif...

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Ce grand Chambellan de la Primaire, magouilleur reconnu de toutes les investitures depuis des années…

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Benoit Hamon a donc remporté le premier tour de la Primaire de la Belle Alliance Populaire, et le droit de se vautrer comme une merde à la Présidentielle. Le droit, surtout, de tenter de peser lors du prochain Congrès du Parti Socialiste, cette entité fictive en décomposition avancée.

 

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Et un vent d’espoir se lève chez certains. Face à Valls, l’énervé identitaire qui voit des musulmans partout, Hamon entonne le chant des Partisans, parle « social », parle « solidarité », parle « renouveau ». Une « vraie gauche » à la « puissante imagination » appelle tous les militants à la Résistance. Un apparatchik vieilli sous le harnais, qui a soutenu Valls puis Cazeneuve, a refusé de voter la censure contre la loi El Khomry...

Alors, je voudrais vous parler de Benoit Hamon. Vous rappeler quelques trucs. Parce que si je comprends l’appétit des plus jeunes pour un candidat « vraiment de gauche », je m’en voudrais de ne pas rappeler que pour beaucoup d’hommes et de femmes de ma génération, les noms de Moscovici, Dray, Cambadélis, Morelle, Hollande, etc, etc, etc, nous ont longtemps été vantés comme représentant un véritable espoir, vite douché quand ces types sont enfin arrivés au pouvoir et ont révélé leur incompétence et leur malhonnêteté intellectuelle (et pas que). 

Hamon, apparatchik maintes fois parachuté, a terminé sa carrière dans les Yvelines. Il y tient la fédération du PS, à l’ancienne, comme ses grands aînés avant lui. La Fédé décide de tout, les petits arrangements entre amis du moment priment sur le vote des militants, on se voudrait Jaurès et on rejoue Baron Noir.

 

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Ceux qui connaissent le parcours de Hamon savent qu’il fut le premier Président du Mouvement des Jeunes Socialistes, et a gardé la main-mise sur cet appareil, que de vilaines langues appellent « L’Ecole du Vice ».

Avant lui, Julien Dray pendant des années a manipulé Sos-Racisme et ceux qui y ont fait leurs premières armes.
Dans le même temps, Cambadélis, DSK, Le Guen, ont émargé à la Mutuelle Nationale des Etudiants de France (MNEF), qui après son naufrage scandaleux a donné naissance à La Mutuelle Des Etudiants (LMDE).

C’est à travers ce prisme de l’accès aux soins des étudiants que j’ai découvert l’intrication de tous ces gens qui, la main sur le coeur et Jaurès à la bouche, ont pendant des années vidé de son sens la notion de socialisme, jusqu’au bout de la trahison.

Pendant des années, la MNEF, puis la LMDE, ont servi à payer des permanents, des petites mains, finançant à l’UNEF ceux qui plus tard grimperaient dans l’organigramme socialiste. La raison d’être de ces « mutuelles étudiantes », garantir aux étudiants un meilleur accès aux soins, a été dévoyée. Les scandales sont quotidiens: des milliers d’étudiants jamais remboursés de leurs soins, des milliers de professionnels de santé, pharmaciens, médecins, dentistes, chirurgiens, jamais payés. En Juillet 2014, après des années d’immobilisme coupable, un coup de tonnerre survient: la LMDE est placée sous administration provisoire. La nouvelle tombe un 4 Juillet, juste au moment où, comme chaque année, les nouveaux bacheliers, leur Bac en poche, commencent à s’inscrire dans les facultés et se font démarcher par les mutuelles étudiantes. Panique à la LMDE, et par ricochet à l’UNEF, au MJS, et jusqu’à Solferino. Si les étudiants délaissent par prudence la LMDE, la pompe à fric se tarit…

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A cette époque, Laure Pollez, une journaliste de la société Premières Lignes, qui produit et réalise des documentaires pour Envoyé Spécial et Cash Investigation, m’a interviewé au sujet des mutuelles étudiantes, après que j’ai été confronté au cas d’une jeune femme nécessitant un lourd traitement pour une maladie auto-immune, et dont le dossier, et les remboursements, étaient en rade depuis dix mois. Ce qu’elle va mettre au jour lors de la réalisation de ce reportage est glaçant. Derrière le sempiternel discours sur la solidarité et la nécessité impérieuse pour les étudiants de « bénéficier » d’un régime autonome, une « infiltrée » en caméra cachée révèle l’envers du décor: une « mutuelle » dans les placards de laquelle s’entassent des milliers de dossiers en souffrance, parfois depuis des années.

Car la réalité est alors celle-là. Des milliers d’étudiants et leurs familles, des milliers de soignants, se heurtent à l’incompétence d’un système construit pour siphonner l’argent des étudiants. Etudiants et familles qui souvent, après deux ou trois ans de galères, laissent tomber au moment où la fin des études arrivée, le jeune entre dans la vie active et retrouve le régime obligatoire. Le système est parfait. Il suffit d’attendre qu'étudiants et parents se lassent, et passent par pertes et profits les remboursements dûs. Après des années d’inertie, certains parlementaires s’en sont émus. Et ce 4 Juillet 2014, deux ans après que la Cour des Comptes ait épinglé la gestion de la LMDE, et malgré une tentative de repêchage par la MGEN ( sans en informer ses cotisants, qui sont là pour éponger), la LMDE est mise sous administration provisoire. De la LMDE, l’émoi gagne le MJS, l’UNEF, Solférino.


Rappelons qu’en sept ans, ni Marisol Touraine, ni François Hollande, ni aucun des députés socialistes hier vient debout contre les insupportables franchises sur les soins de Nicolas Sarkozy n'a trouvé le temps de les abroger, ce qu'ils avaient tous promis de faire dès leur arrivée aux affaires.

Il ne faudra que trois jours pour que la même Marisol Touraine et deux éminents membres du gouvernement socialiste volent au secours de la très transparente LMDE, et réaffirment leur "attachement au régime étudiant de sécurité sociale." Je cite: "Ce régime définit l’étudiant comme un assuré social autonome et permet la prise en compte de spécificités de la population étudiante en matière de santé ».

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Miracle!!!! En moins de 72 heures, trois ministres socialistes et non des moindres viennent garantir « le remboursement des soins aux étudiants ». Mieux, ils écrivent que ce remboursement est « garanti et continuera à être assuré » comme si le rapport des la Cour des Comptes n’existait pas, comme si ils ignoraient, les uns et les autres, que des milliers de dossiers sont entassés dans des armoires, que des milliers d’étudiants sont spoliés chaque année. Ces trois ministres, qui tentent de rassurer faussement les étudiants et leurs familles pour laisser perdurer encore une année ce système pervers, sont Michel Sapin, Marisol Touraine, et l'Antisystème Benoît Hamon. Lequel est abondamment cité dans le documentaire « Mutuelles étudiantes, remboursez! », lorsque des étudiants venus discuter du dossier avec le ministre de l’Education qu’il est alors se heurtent à un refus définitif de régler ce problème. Comme le notent ses interlocuteurs, le conseiller du ministre à l’époque n’est autre qu’un ancien Président de l’UNEF.

Quelques années plus tard, la LMDE n’est plus qu’une coquille vide, adossée au régime général et à la Caisse Nationale d’Assurance-Maladie. Ses administrateurs, comme l’avait alors prévu un bon connaisseur du dossier, en sont réduits à choisir la couleur des préservatifs lors des manifestations autour de l’accès aux soins. Le dossier a été enterré, ainsi que les créances impayées. Depuis lors, comme par miracle, les soins des étudiants sont remboursés.

Lorsqu’ils signent ce communiqué de presse commun le 7 Juillet 2014, garantissant le remboursement des soins qui « continuera à être assuré », alors que toute personne un tant soit peu au fait du dossier sait que cela est totalement faux, Hamon, Touraine et Sapin le font-ils par incompétence, ou par malhonnêteté? Je vous en laisse juge.

 

Mais de grâce, ne faites pas l’erreur qu’a fait ma génération avec les Mosco, les Cambadélis, les Morelle, les DSK et les Cahuzac. De croire que malgré leurs casseroles, ces apparatchiks qui ont fait depuis cinq ans la preuve éclatante de leur nullité et de leur malhonnêteté, ont quoi que ce soit à voir avec l’idée du socialisme que portaient Jaurès ou Blum.

Benoît Hamon n’est pas le recours, Benoit Hamon n'est pas "AntiSystème". Il est juste le dernier apparatchik encore debout. Last Apparatchik Standing.

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15/01/2017

"On va tous mourir": Comment la com a tué la grippe...

 

 

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La grippe, sa vie, son oeuvre. Ce ne devrait même pas être un sujet de polémique, tant la pathologie est banale, récurrente, de retour chaque année… Et pourtant à chaque hiver, c’est la même chose: polémiques, accusations, reportages sur l’apocalypse dans les services d’urgence, mise en cause, ici des médecins, ici du ministère, là des « anti-vaccinaux » ou de Big Pharma. Avant d’aborder les causes du bordel ambiant, j’ai posé une question basique sur Twitter, la question que je pourrais poser aux patients dans ma salle d’attente:

 

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Je m’attendais à des questions « politiques »: A qui la faute? C’est quoi ce bordel? On nous enfume ou c’est vraiment la fin du monde? » Il y en a eu, mais il y eu aussi voire surtout des questions basiques sur les symptômes de la grippe, la nécessité de se vacciner, etc…

Je vais commencer par répondre à celles-là, en précisant d’où je parle. Je suis médecin généraliste en activité depuis trente-trois ans, je n’ai aucun lien d’intérêt avec un laboratoire pharmaceutique, aucune affiliation politique.

La grippe est une maladie virale. Le virus, ou plutôt les virus grippaux car il y en a plusieurs, évoluent, mutent, au fil des années. Le but d’une maladie virale n’est pas de tuer ses hôtes, mais d’en infecter le maximum. La plupart des personnes qui sont infectées par un virus grippal ont des symptômes similaires: une élévation souvent rapide et importante de la température, accompagnée de frissons, de douleurs: maux de tête liés à la fièvre, douleurs articulaires et musculaires liées à la réponse immunitaire de l’organisme. En résumé, en l’espace de deux-trois heures à peine, un sujet qui se sentait bien est brutalement terrassé: il est très fiévreux, il se sent très faible, il a la sensation d’avoir été roué de coups. Souvent des symptômes ORL et respiratoires apparaissent: le nez qui coule comme une fontaine, des éternuements, des maux de gorge, une toux.

L’évolution dépend des individus. La majorité des individus en bonne santé va vivre quelques jours plus ou moins inconfortables, puis peu à peu reprendre pied parce que son système immunitaire va combattre le virus en sécrétant des anticorps, plus ou moins adaptés à l’infection actuelle en fonction des « armes » que l’organisme a engrangées au fil des années, des vaccinations ou des épisodes infectieux précédents. Plus récemment on a rencontré un virus ayant des caractéristiques en partie similaires au virus en activité, ou plus récemment on a été vacciné avec un vaccin destiné à lutter contre ce virus en activité, plus on a de chance de lancer rapidement la contre-attaque en sécrétant suffisamment d’anticorps adaptés pour bloquer la progression du virus dans l’organisme.

Mais les individus ne sont pas tous égaux, ni devant la maladie, ni dans leur réponse immunitaire. Certains vont ressentir une phase d’invasion virale, frissons, fièvre, nez qui coule… mais leur réponse va être si rapide et efficace qu’en moins de 24 heures ils vont se sentir nettement mieux, au point de se demander même s’ils ont bien eu la grippe. D’autres vont être durablement affectés, et le virus va parfois provoquer des complications, le plus souvent parce que des bactéries vont « profiter » de l’affaiblissement de l’organisme pour « surinfecter » une muqueuse nasale ou respiratoire affaiblie. Le patient va developper une sinusite, ou une bronchite, voire une pneumopathie. D’autres enfin vont avoir des symptômes minimes, voire pas de symptômes du tout. ( En Septembre 2009, le ministère de la Santé anglais cherchait des cobayes pour le vaccin en fabrication. Parmi les volontaires, sains, un grand nombre avait des anticorps contre H1N1. Ils avaient été infectés par le virus pendant l’été et l’avaient surmonté, sans s’en apercevoir. Cette constatation fut d’ailleurs cruciale pour les médecins indépendants qui doutaient dès cette période de la communication catastrophiste de la ministre et de ses conseillers)

Les personnes fragiles, insuffisants cardiaques ou respiratoires, personnes âgées, ou souffrant de pathologies lourdes ou prenant des traitements diminuant la réponse immunitaire, sont les plus à risque. Mais il arrive aussi que des personnes jeunes en parfaite santé développent une grippe « maligne » avec en particulier une atteinte pulmonaire très sévère pouvant nécessiter ventilation par oxygène, réanimation, et pouvant mettre en jeu le pronostic vital. C’est le cas chaque année, même si c’est relativement rare, et ce fut apparemment le cas en 2009 lors de la grippe H1N1 qui vit de nombreux gouvernements dont le gouvernement français mettre en place un plan pandémique dont l’efficacité reste sujette à caution ( Nous y reviendrons. Les écrits restent, ceux qui voudraient se remémorer ce fiasco pourront remonter le temps sur ce blog).

En règle générale, la grippe est bénigne pour les sujets en bonne santé. Les symptômes qui doivent alerter sont: des troubles de conscience, une gêne respiratoire majeure. Des cas sont rapportés de médecins ou de services d’urgence à domicile poursuivis pour n’avoir pas réagi suffisamment rapidement, ou ne pas avoir revu suffisamment vite un patient vu la veille et s’aggravant le lendemain. Le problème est que ces aggravations chez des sujets jeunes sont heureusement très rares, et qu’en période d’épidémie les soignants peuvent être débordés et rechigner à revoir un patient déjà vu la veille « et qui ne va pas mieux, docteur ». Il ne faut pas déranger les soignants pour rien. Il est normal d’avoir encore de la fièvre, beaucoup de fièvre, dans les jours qui suivent la consultation. Ce qui doit alerter, c’est un patient qui présente des troubles de la conscience, ou qui respire très mal. Un des petits outils très utiles pour déterminer l’état d’un patient est l’oxymètre de pouls, qui permet de mesurer la quantité d’oxygène qui circule dans le sang artériel.

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Peu onéreux, utilisable par le médecin ou par une personne un peu expérimentée, il permet de savoir si une personne fragile s’aggrave au niveau respiratoire, ou pas. ( Et donc de fournir au téléphone une indication extrêmement utile si on appelle un service de secours… Un oxymètre de pouls coûte une vingtaine d’euros. Un instrument extrêmement utile, autrefois fréquemment retrouvé à domicile, mais étrangement de plus en plus rare, s’appelle un « thermomètre ». Oui, je sais, je suis une brute en blanc.)

La majorité des patients grippés est malade pendant 4 à 7 jours, et c’est la durée moyenne des arrêts de travail pour grippe. Beaucoup de gens rechignent à s’arrêter, veulent continuer à travailler sous médicament, mais c’est déconseillé. Ils se fatiguent, risquent de se surinfecter, lors des trajets en transport en commun par exemple, et surtout vont disséminer leur virus, lors des trajets comme sur leur lieu de travail. Travailler grippé, faire oeuvre de présentéisme, n’est pas recommandé. Sauf par les économistes de plateau et Laurent Wauquiez, probablement.

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Le vaccin antigrippal a une efficacité modérée. Certains sujets vaccinés font la grippe, certains sujets non vaccinés passent à travers l’épidémie. Le vaccin n’est qu’un élément de défense, comme le sont les mesures d’hygiène: le lavage fréquent des mains, le port d’un masque si l’on est atteint, le fait de ne pas laisser traîner des mouchoirs infectés ou de ne pas éternuer sur ses congénères.

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Le vaccin protège mieux ceux qui en ont le moins besoin… C’est-à-dire qu’il protège mieux les jeunes que les personnes âgées. C’est la raison pour laquelle on peut envisager des mesures-barrières, de vaccination « altruiste », et par exemple proposer de vacciner tous les membres d’une famille qui vivrait à domicile avec un aïeul âgé ou fragile. C’est aussi la raison pour laquelle on peut envisager de vacciner le personnel soignant, mais, et c’est là que le bât blesse, comme souvent dans ces histoires de grippe, d’épidémie, et de vaccin, il n’existe encore aujourd’hui aucune preuve scientifique que la vaccination des personnels soignants diminue la mortalité des personnes âgées en institution, par exemple. D’autres facteurs peuvent jouer, comme le respect de mesures d’hygiène, et la ventilation des chambres et des services de soins pour éviter que les patients « baignent » dans une atmosphère viciée par une grande quantité de virus.

 

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La décision de se vacciner ou non dépend de chaque individu, de son état de santé, de ses fragilités, de son âge, de son entourage, de ses traitements en cours.

Les vaccins homéopathiques (comme les traitements homéopathiques de la grippe) sont utiles… pour le chiffre d’affaires du laboratoire qui en inonde le marché. Mais cette belle arnaque reste, en France, populaire.

Le fait d’attraper la grippe et de développer une immunité naturelle contre le virus rencontré profère apparemment une défense croisée contre d’autres virus grippaux, de meilleure qualité, et de plus longue durée, que l’immunité artificielle développée par vaccination. Ceci complique le choix, évidemment. Vaut-il mieux courir le risque d’attraper la grippe ( mais ensuite d’être naturellement mieux immunisé pendant quelques années) ou vaut-il mieux se vacciner de manière répétée? Je n’en sais rien, et soyons clair, personne n’en sait rien, surtout pas les experts multicartes qui viennent gloser sur tous les plateaux en omettant à chaque fois de signaler qu’ils travaillent avec, et sont payés par, les laboratoires qui fabriquent et vendent les vaccins. Cela a été particulièrement flagrant pendant la grippe H1N1 de 2009, ou de grrrrands professeurs sont venus vous expliquer que si vous n’étiez pas vaccinés vous alliez tous mourir. Un grand ponte, au doigt mouillé, en se basant sur des calculs totalement approximatifs, avait prédit des millions de morts. Il continue à pavoiser sur les plateaux, sans le moindre mea culpa. Cette grippe H1N1, et la réponse politique qui fut apportée alors, est au centre de la polémique actuelle, car même sans être spécialistes de la question, un très grand nombre de gens a très mal vécu cette période: le ministère et les experts leur ont expliqué que la situation était très grave, les a incité à se vacciner dans des conditions très particulières, dans des vaccinodromes, avec des vaccins par lot de dizaine de doses, fabriqués dans des conditions de précipitation assez opaques, et en répétant à cette population que les médecins auxquels on leur demandait de confier leur santé ( et leurs autres vaccinations) tout au long de leur vie étaient soudain totalement incompétents et incapables de gérer la situation.

Si Roselyne Bachelot, après ce fiasco total, a réussi son relooking extrême en sexa sympa au rayon sexo et conso d’antennes de qualité comme D8 et RMC, si les experts de l’apocalypse ont finalement retrouvé le chemin des plateaux, la confiance des Français, déjà échaudés par d’autres campagnes vaccinales trop martiales ( hépatite B, papillomavirus) , a été durablement ébranlée.

Une personne qui a programmé un voyage, ou une intervention chirurgicale, ou doit passer un concours, pourra choisir de se faire vacciner afin de tenter d’éviter la grippe cette année-là. Le délai de création des anticorps est de deux à trois semaines après la vaccination. A ce titre, rappelons que le vaccin est disponible en pharmacie dès la fin Septembre. Et que si on a choisi de se vacciner, il est incohérent d’attendre pour le faire. L’épidémie débute parfois tôt, voire très tôt. Et soit le vaccin sera efficace cette année-là, soit il le sera moins ( parce qu’entre le moment où auront été choisies à la fin du printemps les souches incluses dans le vaccin en fonction des modélisations géographiques, et le moment où la grippe surviendra, le virus aura muté, ou bien une souche différente aura pris le dessus). Mais le vaccin de l’année ne perdra pas son efficacité en Mars parce qu’il aura été pratiqué en Octobre, comme semblent le croire beaucoup de patients. Si on a décidé de se faire vacciner, il n’y a pas de raison d’attendre… au risque de le faire trop tardivement.

Quelle est la mortalité de la grippe? On ne le sait pas. On ne sait pas combien de personnes meurent en France de la grippe chaque année. Mon bon camarade de fac Jean-Baptiste Blanc a écrit un très bel article à ce sujet.  
Pendant très longtemps on a parlé de plusieurs dizaines de milliers de morts par an, et puis lorsqu’on a compté en 2009 ( pendant la terrrrible pandémie Bachelot), de mémoire, on est arrivé à 488 décès. 421 cas en moyenne chaque année depuis 2005. Beaucoup de patients âgés meurent parce que la grippe, ou une autre infection hivernale vient fragiliser un organisme déjà fragile. Et après une canicule, ou une forte grippe un hiver, il y aura moins de morts l’hiver suivant…parce que la Faucheuse est déjà passée…

Que se passe-t’il dans les hôpitaux? J’ai posé la question à plusieurs confrères travaillant dans des services d’urgence, tant la situation qui est décrite à longueur d’articles et de journaux télévisés est discordante avec ce que voient un grand nombre des médecins généralistes du pays. En résumé, nos cabinets voient l’afflux hivernal habituel de rhinites, d’angines, de bronchites, d’infections virales orl et respiratoires, beaucoup de syndrômes grippaux, quelques rares grippes « cognées », et aussi le lot habituel de gens qui, du fait du tabagisme, de la pollution, de la mauvaise aération chronique de leurs maisons, traînent une toux désagréable et un mouchage irritant, des maux de gorge, pendant parfois plusieurs semaines. Dans le même temps, la situation décrite dans les hôpitaux, et en particulier dans les services d’urgence, est très difficile. Je laisse la parole à mes confrères hospitaliers, n’étant pas, à la différence de nombre d’éditorialistes, doué de la science infuse:

« On a actuellement des problèmes de place mais ça n'a rien à voir avec la grippe, juste une population âgée qui tombe malade mais sérieux j'ai eu un cas de grippe… un cas sur mes deux dernières gardes »

« En pratique, on hospitalise beaucoup de vieux en ce moment. Ils ont pas tous la grippe loin de la. Pneumopathies et insuffisance cardiaque. Le système est toujours à fond donc pas besoin de beaucoup plus de patients pour le dérégler, surtout sur les vieux, car personne n'en veut dans les services. Les lits soi disant disponibles ne le sont pas pour eux… »

«  Je vois ça indirectement au point hebdomadaire sur les lits. L'hôpital a 750 lits. Sur ces 750 tu as un UHCD de 15 lits et une unité post urgences (pas pareil) de 15 lits. Et tu as 24 lits qui sont distribués par 2 dans des services de médecine et qui ne sont pas ouverts. Quand il ne reste plus que 10 lits normaux disponibles dans l'hôpital, les gestionnaires de lits ont le droit d'ouvrir ces 24 lits. Ça c'est la période de tension. Quand il ne reste plus que 10 lits tout court dans tout l'établissement, les gestionnaires de lits peuvent utiliser des chambres non équipées (par exemple celles pour les examens de sommeil). C'est la période de surtension.Quand il n'y a plus rien, ils stockent les patients dans une vaste zone de transit non boxée. Ça c'est la période pas cool. Depuis mi septembre l'hôpital est en période de tension tous les jours et depuis les vacances des Noël et jusqu'à hier on a eu une quinzaine de jours de surtension. La grippe là dedans est apparue en même temps que la surtension. Ce qui est plus difficile avec la grippe, c'est que tous les patients d'un service où il y a deux cas sont isolés ( masque et gants partout tout le temps) et ça donne une impression que l'hôpital est face à une situation hors normes. »

Ce que disent ces hospitaliers, y compris des chefs de service d’urgence, c’est que la situation est en permanence tendue, que trouver des lits pour des personnes âgées est très difficile voire impossible ( et chronophage), alors que l’hôpital est régi par la tarification à l’activité qui sur le plan financier fait que pour un service il est plus avantageux de prendre en charge un infarctus chez un quadragénaire qu’une bronchite chez une vieille dame désorientée .( Merci Monsieur Xavier Bertrand, merci Madame Roselyne Bachelot, merci les économistes de la santé jamais malades).

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               (Magnifique illustration photographique d'un exemple assez rare de "LITHIASE DE COULOIR")

 

Ce qu’ils disent aussi, mais qui ne le dit pas, c’est que la ministre actuelle fonctionne uniquement en fonction de la com, sans écouter les soignants, ni ceux qui travaillent dans les hôpitaux, ni ceux qui travaillent en ville. Qu’il lui importe de « faire semblant » d’affronter une situation hors-norme, alors que seuls les soignants, au quotidien, l’affrontent, et que cette situation n’est pas « hors-norme », elle est en grande partie la conséquence de choix administratifs et financiers faits en amont. Pour incise, je noterai qu’actuellement la situation du National Health Service anglais est catastrophique, du fait des coupes budgétaires répétées des gouvernements conservateurs qui se sont succédés et de la débilité mentale du ministre qui ne cesse de désigner comme coupables de la catastrophe actuelle les jeunes internes et les généralistes.

Je n’ai pas abordé un sujet qui impacte fortement le quotidien des malades: la désertification médicale en cours, que nombre d’entre nous, médecins, avons prévu de longue date, pour laquelle nous n’avons eu de cesse de tenter de prévenir nos ministres de tutelle ou les ARS, sans que celles-ci ne se saisissent du problème, ou uniquement pour hurler qu’il faudra des mesures coercitives pour forcer à s’installer dans des zones désertes des médecins… qui n’existent pas. Très schématiquement, l’absence d’investissement sur les conditions d’exercice de la première ligne de soins: (médecins généralistes, infirmiers libéraux, kinésitherapeutes de ville) , amène à la disparition progressive de la médecine générale, et amène de nombreux patients supplémentaires à considérer « les urgences » comme leur premier recours (et je ne les en blâme pas).

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Au moment où l’Ordre des Médecins lui-même, par la bouche de son Président, le Docteur Bouet, un homme de qualité ( non non, je vous jure, je ne cherche pas un poste, je le pense vraiment), envisage de rendre la vaccination antigrippale des personnels de santé obligatoire, je conclurai cet article bien incomplet en signalant quatre études médicales canadiennes, mises en avant par un confrère, le Docteur Yvon Le Flohic… Ces études ont révélé que pendant la grippe pandémique H1N1 de 2009-2010, le fait d’avoir été vacciné l’année précédente ( 2008-2009) par le vaccin saisonnier annuel antigrippal AGGRAVAIT le risque de faire une grippe pandémique sévère. Les mécanismes restent inconnus, mais rappellent que nous en savons beaucoup moins que nous ne le voudrions sur la vaccination antigrippale . Le docteur Dominique Dupagne, pas opposé par principe à la vaccination, souligne les incertitudes sur ses bénéfices ou désavantages à long termeCela signifie que la décision ou non de se vacciner doit être prise par chaque individu en fonction d’informations indépendantes, honnêtes, en tenant compte des incertitudes. Les décisions autoritaires engendrent la méfiance. Le fiasco de 2009, dont, soignants comme patients, nous payons toujours le prix, vient de l’imposition par les politiques de conduites inadaptées décidées par des conseillers aux multiples casquettes.

La médecine, les soins, ne s’imposent pas.

 

12/12/2016

On ne trouve plus de petit personnel: émouvant drame de la bourgeoisie socialiste ( épisode 2)

 

 

( Une fois n'est pas coutume, ce post est un work-in-progress, qui reprend des réflexions disparates que je me suis fait depuis plus de quinze ans, au sujet du pouvoir politique, et d'une certaine "élite" socialiste)

 

                          Ségolène, la Khaleesi attitude ( épisode 2)

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En Avril 2007, à un mois de la présidentielle, la pétition contre les franchises « médicales » que j’avais lancée avec quelques confrères avait été signée en une dizaine de jours par 10.000 personnes( ce qui avant les smartphones et la banalisation des pétitions en ligne était un succès). Plusieurs candidats, dont José Bové, Dominique Voynet et Marie-Georges Buffet, l’avaient signée. Le 10 Avril, la candidate socialiste avait demandé à nous recevoir dans son quartier général de campagne, rue de l’Université, à deux pas du siège du Parti Socialiste rue de Solferino. Pour notre petit groupe, c’était l’assurance d’une plus large médiatisation de notre combat, et le moyen de faire connaître cette franchise que Nicolas Sarkozy appelait de ses voeux, livre après livre, depuis de nombreuses années, et dont j’avais décortiqué la genèse et les conséquences prévisibles dans « Les Fossoyeurs », sorti deux mois plus tôt. Le sujet était intéressant, me disaient les journalistes que je connaissais, « mais tu comprends, on ne peut pas en parler maintenant, les sujets de la campagne, c’est l’identité nationale et le drapeau ». De cet état de fait, la candidate du Parti Socialiste était en très grande partie responsable, elle qui avait, sur les conseils de son coach Bernard-Henri Lévy, axé sa campagne sur ces thèmes identitaires en faisant fi des questions sociales, avec, au final, le succès que l’on sait. La théorie de la triangulation, popularisée par Tony Blair ( utiliser les thèmes de l’adversaire pour lui couper l’herbe sous le pied) avait savamment été régurgitée par BHL, de son propre aveu « un peu sourd à la question sociale », et avalée par la candidate.

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Nous étions arrivés au quartier général à l’heure, et avions poireauté pendant une heure avec Jean-Louis Bianco et Jean-Marie Le Guen, Ségolène Royal étant retardée par le tournage d’un clip de campagne. Je n’avais jamais rencontré Bianco, qui se montra courtois et sembla s’intéresser à la problématique que nous abordions. Je connaissais Jean-Marie Le Guen depuis quelques années, l’ayant croisé dans des manifestations contre la réforme Douste-Blazy de Décembre 2004, qui avait mis à terre la médecine générale en ensevelissant les généralistes sous les charges administratives sans leur en donner les moyens. Le Guen était « strauss-kahnien », mais son champion ayant été éliminé à la primaire du PS en faveur de Ségolène Royal, il faisait partie des sherpas de la candidate, à qui il avait « vendu » cette rencontre. Avec une heure de retard, on vint nous chercher: « Madame Royal est arrivée, elle vous attend ».

 

Je me levai, suivis la secrétaire dans le couloir… où je fus accueilli par des flashs, et l’allumage simultané de lumières intenses, tandis qu’une douzaine de caméras se mettaient en route, pour s’éteindre rapidement. Suivi par le reste de notre petite troupe, je me frayai un chemin au milieu d’une forêt de micros. La pièce était bondée de journalistes, d’équipes de radio et de télévision dont certaines venaient d’Australie, de Chine, de Corée du Sud. Nous  fûmes guidés dans un corridor, et à l’entrée d’une petite salle de réunion se tenait Ségolène Royal, dans une robe de lin blanc qui fit défaillir derrière moi un confrère ex-soixante-huitard. Elle nous serra la main, s’assit du bout des fesses sur un siège. J’avais révisé les quelques éléments que je voulais lui faire passer, qu’il me semblait utile qu’elle entende « depuis le terrain ». Mais rien ne m’avait préparé à son entrée en matière, qui en moins de dix secondes m’ouvrit les yeux.

« Bon. Bien évidemment nous n’avons pas le temps d’aborder le fond ici. Comment procède-t’on avec les media? »

 

Dans mon souvenir, il y a eu un blanc, tant le cynisme décomplexé de ces deux phrases cueillit l’ensemble des présents. Même Jean-Marie Le Guen, qui n’était pas exactement né de la dernière pluie, eut un moment d’hésitation avant d’intervenir:

« C’est que… le docteur Lehmann et ses collègues pourraient rapidement t’expliquer le but de leur démarche et le caractère injuste de la franchise envisagée par Sarkozy… »

« Au second tour, lors du débat entre vous deux… » coupa mon confrère soixante-huitard, « ce sont des éléments très clivants qui peuvent vous permettre de marquer fortement votre différence. L’électorat âgé, les malades chroniques, seraient très sensibles… »

Elle ne le laissa pas finir: « Nous ne sommes pas au second tour »

Je n’avais rien dit. Je l’observais. Elle n’était pas désagréable, juste agacée de perdre du temps. Le Guen insista: « Christian est habitué. Il peut te faire le topo en deux minutes ».

« Soit », dit-elle, sans se caler dans sa chaise.

Je « fis le topo ». Je connaissais les faits, l’argumentation, par coeur, ayant décortiqué les textes, les interviews de Sarkozy et de ses sbires, dont François Fillon, Philippe Juvin, toute la clique. En deux minutes c’était plié.

Ségolène Royal se redressa, sans un commentaire:

«  Bon, je vais sortir en premier. Vous, docteur, vous vous placerez à ma droite, vous, Mr le directeur, à ma gauche… »

Elle désignait le président d’Aides, qui avait débarqué de Roissy et nous avait rejoint à l’instant, un certain Christian Saout.

« Vous direz quelques mots, docteur Lehmann, puis vous me remettrez les dix-mille signatures, et je m’exprimerai devant les caméras. »

Tout le monde se levait, se mettait en marche, un peu excité par la proximité des lumières de média.

«Excusez-moi…» ai-je murmuré, pas assez fort pour me faire entendre.

« Excusez-moi… » , un peu plus fort. Jean-Marie Le Guen vit qu’il y avait un problème, fit mine de se tourner vers moi, ralentissant un instant le flux vers la porte

« Excusez-moi, madame, mais je ne peux pas vous remettre les dix-mille signatures. »

Ségolène Royal me jeta un regard incrédule.

« Je ne peux pas vous les remettre parce que je ne les ai pas »

Elle baissa la tête vers la pochette de documents que je tenais dans mes mains:

« Mais qu’est-ce que c’est que ça? »

« Ce sont juste des notes, et les copies des communiqués de presse de la pétition. Et de toute façon même si j’avais les signatures je ne pourrais pas vous les remettre »

Tout le monde s’était arrêté.

« Je suis, nous sommes très reconnaissants que vous souteniez notre démarche, mais d’autres candidats l’ont fait, le feront encore. Et tous ces gens qui ont signé la pétition, qui nous ont fait confiance, je ne peux pas les instrumentaliser, ils sont libres de leur vote… »

La température dans la pièce baissa brutalement. Je venais de dire à Ségolène Royal que je n’étais pas son vassal, que nous n’étions pas les bourgeois de Calais, que je ne venais pas remettre à Jeanne d’Arc les clés de la ville et les signatures des manants. Je venais de lui dire qu’elle n’était qu’une candidate parmi d’autres, et que ce qu’elle m’avait demandé était une forfaiture, une trahison.

« Vous parlerez en premier, puis vous me donnerez vos papiers »

Elle se remit en route, tout son staff à sa suite, et entra dans la lumière.

 

J’ai dit quelques mots, puis j’ai tendu quelques feuilles qui ne contenaient aucune signature, aucune pétition, à Ségolène Royal. La supercherie ne la gêna en rien. Dès qu’elle eut parlé, et alors que d’autres intervenants annoncés devaient s’exprimer, elle tourna les talons et quitta la pièce, laissant tout le monde, invités et collaborateurs, en plan. Immédiatement les caméras s’éteignirent, les micros s’abaissèrent. Quelques journalistes vinrent m’interviewer, parce que j’étais l’initiateur identifié de la pétition, le-docteur-qui-avait-remis-les-signatures-mais-en-fait-non-à-la-candidate. Les autres invités en furent pour leurs frais.

Franchise: vidéo rencontre Ségolène Royal/médecins

 

Au final, les dépêches d’agence annoncèrent que:

« A l'issue d'une rencontre brève avec les initiateurs de la pétition, Ségolène Royal a fait une déclaration à son quartier général de campagne pour dénoncer la philosophie de la franchise et affirmer qu'elle serait "la présidente de la République qui garantira le modèle social, qui sauvera la sécurité sociale et qui la consolidera en prenant en charge au niveau de la sécurité sociale les questions du vieillissement et du handicap".   "Les déremboursements de soins correspondent à un risque, c'est dangereux et c'est brutal. La sécurité sociale est un des acquis du modèle social français, elle doit être préservée. En particulier, les Français doivent avoir la garantie de l'égalité d'accès aux soins. (...) Moi, je leur garantis le maintien de l'égalité d'accès à la santé".   "Dans une société moderne, le fait que les médecins se mobilisent (...) est un mouvement citoyen très important. Je voudrais dire que demain l'ensemble des réformes et des améliorations apportées au système de soins s'appuieront sur des mouvements citoyens et de médecins comme celui-ci qui s'est levé pour dire non à la privatisation de la sécurité sociale". APM

 

Pendant son discours, j’avais écouté Ségolène Royal reprendre les éléments de langage qu’elle avait mémorisé de mon bref topo. Elle les avait mis à sa sauce, se définissant comme celle qui sauverait la France des funestes visées de son adversaire principal, celle qui garantirait la Sécu, celle qui préserverait le pacte social, celle qui lutterait contre l’injustice. Je l’avais vu réceptionner cinq pages de notes griffonnées et de communiqués de presse comme si elle recevait les suppliques de toute l’humanité souffrante.

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Un mois plus tard, au cours du débat de l’entre-deux-tours, entre deux prises de bec sur l’identité nationale et le drapeau, elle ne dit pas un mot de la santé, des franchises, de la Sécurité Sociale. Devant un Nicolas Sarkozy qui se retenait de ne pas éclater de rire, l’illuminée poitevine expliqua que lors de son mandat, elle s’assurerait qu’aucune gardienne de la paix ne rentre chez elle tard le soir sans être raccompagnée à sa porte.

 

J’ai suivi la fin de la campagne sans illusion. En une phrase, la candidate s’était révélée. Le total désintérêt pour les sujets de fond, ou le fond des sujets « Bien évidemment nous n’avons pas le temps », l’obnubilation du paraître « Comment procède t’on avec les media? ». Et cette façon de considérer le peuple comme des manants, et ceux qui étaient censés le représenter, comme des vassaux, tout juste bons à venir déposer aux pieds de la Khaleesi leurs suppliques.

 

Ségolène Royal a enchaîné les meetings, prenant des poses de télévangéliste, et, ayant perdu l’élection, a appelé les électeurs « à d’autres victoires ». Quelques mois plus tard, en Novembre 2007, une fois Sarkozy installé, elle a à nouveau parlé des franchises, contre lesquelles elle a déclaré « partir en croisade ». « Je reçois énormément de courrier sur le sujet… les gens ne me parlent que de ça » Mieux vaut tard..  que tard. La croisade de Ségolène Royal dura vingt minutes, « une visite éclair », selon le Parisien. Cela ne m’étonna guère.

22/11/2016

François Fillon: Avis de tempête sur la Sécurité Sociale

 

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Fillon. Le châtelain, le catho, le réac. Le taiseux, le pessimiste, l’austéritaire. Ce sera ( très probablement) Fillon. Hier moqué, il est aujourd’hui la coqueluche des média. Les ondes bruissent de tous ses conseillers, tous ses supporters libéraux venus vanter ses réformes à venir, ses réformes d’avenir : Thatcher, le retour.

Fillon, je le vois venir depuis longtemps. Il était premier ministre de Nicolas Sarkozy quand celui-ci a mis en place les franchises sur les soins, que j’ai combattues à l’époque aux côtés de Martin Winckler puis de Bruno-Pascal Chevalier. La pétition contre les franchises sur les soins a été relayée partout, a été signée par plus de 350.000 personnes. Avec le succès que l’on sait… Il n’empêche. Il n’est pas nécessaire d’espérer pour combattre. Cela permet de se compter, de faire reculer en partie l’adversaire, de le forcer à se dévoiler.

Et c’est ce que fit Fillon à l’époque, Fillon qui soutenait totalement Sarkozy sur ce dossier. L’agité du bocal alignait les vannes foireuses sur les patients irresponsables qu’il fallait pénaliser, en anonnant son bréviaire d’assureur de mobylettes : « Nous parlons d’assurance-maladie… Y  a-t-il une seule assurance sans franchise ? »  Escamotant le mot « solidaire », Sarkozy traitait la protection sociale comme une simple question d’assurance commerciale. Fillon n’était  pas en reste : « Comment comprendre que le paiement d’une franchise soit insupportable dans le domaine de la santé alors qu’une charge de plusieurs centaines d’euros par an pour la téléphonie mobile ou l’abonnement internet ne pose pas de question ? »

Pour Fillon, la téléphonie mobile et la santé, même combat. Et sa proposition était plus radicale encore que celle finalement retenue par Sarkozy : il s’agissait de mettre en place une franchise globale, universelle, sur l’ensemble des dépenses de santé, un seuil en-dessous duquel l’assurance-maladie ne rembourserait rien du tout ( à la différence du complexe système actuel ou un euro est retenu sur chaque consultation, et 50 centimes d’euro sur chaque boîte de médicament, à hauteur de 50 euros).

Un tel système, toujours envisagé par François Fillon aujourd’hui, revient à écarter du remboursement par l’Assurance-Maladie une forte proportion de Français dont les dépenses n’atteignent pas 200 euros par an. Les inconvénients socio-économiques de cette mesure sautent aux yeux : les jeunes, les bien portants, continueraient à se voir ponctionner des cotisations d’assurance-maladie sur leurs revenus… sans bénéficier du moindre remboursement. Quel meilleur moyen pour détruire complètement l’adhésion déjà fragilisée à un système d’assurance-maladie solidaire, pour pousser les Français dans les bras de l’assurance privée. Sous la pression de l’opinion publique, Sarkozy avait reculé, mais ses lieutenants expliquaient bien que ce ne serait que partie remise.

Et revoilà Fillon en selle, et revoilà sa franchise médicale universelle. Interviewé dans le Quotidien du médecin en novembre 2015 sur les avantages de cette mesure, il répond :

 « D’abord, cela simplifierait le labyrinthe actuel des tickets modérateurs de taux différents, de la participation forfaitaire de un euro ou des franchises qui existent. Ensuite, ce système contribuerait à la responsabilisation des assurés. »

Et il enchaîne :

« Je propose aussi de centrer l’assurance-maladie sur un panier de soins de base. Il ne s’agit pas de faire une médecine à deux vitesses mais de bien répartir les rôles entre ce qui doit être couvert par la solidarité et l’assurance-maladie et ce qui incombe aux choix individuels et aux organismes complémentaires. »

Plus récemment, dans son programme 2017, Fillon précise : il s’agit de réserver l’assurance-maladie solidaire à la prise en charge des affections de longue durée et des hospitalisations, et de laisser « le petit risque », les « consultations courantes », aux mains de l’assurance privée.

 

A ce stade, un petit rappel. En 2007, dans le magazine Challenges, Denis Kessler, ancien vice-président du MEDEF, ancien président du Siècle et ex-directeur chez AXA, avait salué le programme de Nicolas Sarkozy dans une chronique révélatrice et incendiaire aujourd’hui disparue du site du magazine très libéral, dont je cite le plus éclairant :

«  Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. (…) Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…
A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

 

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Défaire le programme du Conseil National de la Résistance, c’est détruire le droit du travail, mais détruire aussi l’Assurance-Maladie solidaire, dont l’existence met à mal l’appétit de gain des assureurs. Pour Kessler, inventeur des concepts de « riscophilie » et de « riscophobie », la peur de la maladie peut générer des dividendes conséquents pour les assureurs si et seulement si, les Français vivent dans la terreur des conséquences financières d’un problème de santé. Le programme de François Fillon va dans ce sens. En diminuant la part des dépenses de santé prises en charge par la solidarité nationale à travers la « Sécurité Sociale », il offre les soins médicaux et paramédicaux courants aux assurances complémentaires, et augmente la compétitivité de la France à l’international en diminuant fictivement les charges sociales.

( Fictivement, parce que les Français se retrouvent contraints de cotiser à une complémentaire, voire à une surcomplémentaire)

Qui plus est, pour diminuer encore le coût de la protection solidaire, il suffit de restreindre petit à petit le périmètre des affections de longue durée. C’est ce que fit Nicolas Sarkozy pendant son quinquennat, en faisant disparaître de la liste des affections de longue durée prises en charge à 100% l’hypertension sévère.

Du jour au lendemain, au prétexte que l’hypertension artérielle sévère n’était pas une maladie mais un facteur de risque de maladie, les soins, les examens complémentaires, les médicaments de l’hypertension artérielle sévère ne furent plus pris en charge. En clair, cela signifie que les patients hypertendus sévères doivent assurer la charge de leurs soins tant que ne sont pas survenues les complications quasiment inéluctables d’une maladie insuffisamment soignée.

Autrement dit : vous ne serez pris en charge qu’une fois que sera survenu l’infarctus du myocarde ou l’accident vasculaire cérébral. Dans un pays où l’espérance de vie d’un ouvrier est de 7 ans inférieure à celle d’un cadre, cela revient à aggraver le risque de ceux qui, pour cause de contraintes financières, ne pourront payer l’intégralité des soins de prévention nécessaire. Au-delà du caractère choquant de cette mesure, sa débilité saute aux yeux sur le plan financier. Le coût pour la collectivité de la prise en charge d’un accident vasculaire cérébral étant largement supérieur à celui de la prise en charge préventive.

A ce stade, je voudrais faire une incise. Nous ne vivons pas le deuxième quinquennat de Nicolas Sarkozy, mais le premier ( et unique) quinquennat de François Hollande, adversaire auto-proclamé de la Finance. Parmi les innombrables réformes du Président Normal, j’avais raté la dépénalisation du cannabis, seule explication possible à la pétition proprement stupéfiante signée récemment par une soixantaine d’artistes proches des communicants de l’Elysée. Alors que le Président recueille 96% d’insatisfaits ( soit, d’après un calcul au doigt levé, plus de 49.3 millions de mécontents), les artistes hollandolâtres s’élèvent contre le « Hollande-bashing » en énumérant une liste de Prévert de magnifiques réformes du quinquennat, parmi lesquelles, en santé : «  la complémentaire santé pour tous, la généralisation du tiers payant ». Il est intéressant que les deux « réformes » soient liées, tant elles découlent, sous un vocabulaire orwellien, du même objectif : vendre la santé aux assureurs, en mettant les soignants sous leur dépendance financière et en forçant les salariés à cotiser à une complémentaire aux acquets. Si la complémentaire pour tous a été mise en place, avec d’amères surprises au final pour les assurés, le tiers-payant généralisé est une annonce vide de sens, dans la mesure où le projet totalement virtuel s’est heurté dès le départ à une impossibilité technique : les assureurs désiraient être en lien informatique direct avec les professionnels de santé sans passer par l’Assurance-maladie, et les solutions informatiques bancales promises à de multiples reprises par leurs représentants de commerce proches du pouvoir socialiste ( autrefois affublés du doux nom de « mutualistes ») se sont révélées poudre aux yeux et élixir d’huile de serpent.

Rappelons que du temps où ils étaient dans l’opposition, Hollande et sa clique ( Marisol Touraine, Catherine Lemorton, etc…) n’avaient pas eu de mots assez durs à l’encontre du bilan santé de Nicolas Sarkozy : ses franchises sur les soins étaient intolérables, son détricotage des ALDs était une honte et un non-sens médical. Une fois au pouvoir, faut-il le rappeler, les socialistes ont maintenu les franchises sur les soins ( allant jusqu’à projeter de les prélever directement sur le compte bancaire des assurés), la pénalisation des diabétiques, la responsabilisation des cancéreux. Marisol Touraine n’est jamais revenue sur la sortie de l’hypertension artérielle sévère du périmètre des ALD.

En un mot comme en cent, le cap est resté le même. La révolution voulue par Kessler, la destruction des acquis sociaux du pacte de 45 voulue par les Maîtres des Forges, s’est poursuivie, portée par d’autres visages malhonnêtes, parée d’éléments de langage différents. Mais elle s’est poursuivie. Et arrivant demain au pouvoir, Fillon n’aurait qu’à reprendre la suite, qu’à accélérer le mouvement, sans dévier.

Qui  plus est, nul doute qu’il saura s’adresser aux médecins, aux soignants meurtris par le désaveu constant et le mépris affiché de Marisol Touraine et de son cabinet pour trouver les paroles de réassurance nécessaires.

« La loi HPST était une loi nécessaire, notamment pour l’hôpital et l’association des cliniques au service public. Je ne regrette pas la création des ARS. Mais leur mise en œuvre s’est accompagnée d’une intervention administrative tatillonne et trop centralisée. Je veux faire des ARS un outil de modernisation associant étroitement les professionnels de santé, dans l’esprit de liberté et de responsabilité qui est le cœur de la réforme que je propose. »

Ou encore :

« Mon objectif est de garantir aux médecins de ville une juste rémunération à laquelle ils ont droit du fait de leurs études, de leurs responsabilités et de leur dévouement. Ne restons pas figés sur le paiement à l’acte mais développons en complément des modes de rémunération correspondant à des objectifs partagés en termes de santé publique. Je redis qu’un système de nature à garantir l’équilibre financier de l’assurance-maladie est le plus à même d’offrir aux médecins cette juste rémunération. »

Il parlera du joug croissant d’une administration que son camp a contribué à mettre en place, il promettra des améliorations des conditions de travail des médecins en échange d’une main de fer sur les dépenses de santé. Et certains de ceux qui ont hurlé le plus fort contre les réseaux de soins que voulaient mettre en place le pouvoir socialiste et les « mutuelles », se retrouveront demain invités à contracter avec les mêmes assureurs pour obtenir le règlement des soins de leurs patients.

Hollande aura été le trait d’union entre Sarkozy et Fillon, le concierge à qui on laisse les clés le temps d’une course. En toute franchise : un quinquennat pour rien.

 

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Christian Lehmann

 
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